Macky Sall sur ses Rails accepte l’Alternative

Le Président Macky Sall a été fidèle à lui-même lors de son adresse à la nation à l’occasion de la fête de l’indépendance et a délivré un bon discours qui correspond à sa personnalité et à ses valeurs de socio-démocrate. Il a réaffirmé son voeu d’un « Sénégal de tous et un Sénégal pour tous ». De ce point de vue, il promet de réorienter le budget de l’état dans le sens des besoins des populations (santé, éducation, infrastructures de base) et surtout de la jeunesse à travers des filets sociaux et de réduire les dépenses en infrastructures lourdes.
Comme nous le disions à la veille du groupe Consultatif de Paris, les bailleurs ne sont pas les Sénégalais https://www.cefdel.net/2018/12/19/macky-sall-les-bailleurs-ne-sont-pas-les-senegalais/. Le Président Macky Sall semble l’avoir compris avec un Conseil Présidentiel de la Jeunesse en perspective sur la base de Consultations Territoriales et un discours nous appelant à prendre notre destin en main seul. Ceci ne veut pas dire que l’aide d’autres n’est pas la bienvenue, mais ne devra plus orienter notre destin.

Ce qu’il a déclaré est tout ce qu’il peut réellement faire dans son cadre institutionnel actuel, nous le disions évaluant son plan de relance dans un contexte d’ajustement (https://www.cefdel.net/2020/10/01/plan-dajustement-et-de-developpement-et-non-de-relance/.). De ce fait, les trois prochaines années seront bien utilisées s’il se colle à ce discours.

En perspective cependant, il nous dit qu’il adhère à notre doctrine « Moom Sa Bopp, Mënël Sa Bopp ». Nous en sommes très heureux. La matérialisation de cette vision devra être à moyen et long terme soit avec « un seul bloc » centralisé et déconcentré comme il le dit ou en plusieurs blocs décentralisés mais solidaires avec tous les instruments de gestion économique pour réussir. Ces options ne correspondent pas à sa vision antérieure https://www.cefdel.net/2018/12/06/macky-sall-a-choisi-socialisme-et-capital-etranger/ . .Sa préférence était l’émergence sous le leadership du capital étranger ou sous leadership d’états (Chine, Turquie, etc…) et une redistribution des fruits de la croissance qui en découleraient.

Librement

Dr. Abdourahmane Sarr

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Triple Scrutin: Consultation Unique en Fevrier 2022

Le peuple sénégalais, représenté par sa jeunesse dont c’est l’avenir qui est en jeu, est sorti en mars 2021 pour réaffirmer qu’il est un peuple démocrate à plusieurs égards. Non seulement il tient à ses libertés civiles et politiques mais également à une gouvernance qui corresponde à sa culture démocratique. Il a ainsi démontré à la classe politique que lorsqu’il doit sortir pour affirmer sa souveraineté, il le fait et remet les choses à l’endroit. Il s’agit donc d’un grand peuple qui préfère le dialogue à la confrontation certes, fait jouer ses régulateurs sociaux pour exprimer cette préférence, mais devant la nécessité, il ne fait pas dans l’indifférence. La classe politique doit donc se hisser au niveau de ce peuple. Le faire de la manière la plus noble et non politicienne est de le consulter par le biais d’élections libres, transparentes, et non contestées dans le cadre de règles du jeu consensuelles et faire reparler la majorité silencieuse qui ne manque pas les grands rendez-vous (voir Démocratie Sénégalaise Debout).

Nous disions en 2014 dans notre contribution intitulée « les élections locales sont-elles en fait nationales ? » qu’une « fois de plus, nous nous acheminons vers des élections locales qui ne sont locales que de nom. Les maires des communes du Sénégal n’ont pas les moyens de fournir les services publics auxquels les citoyens s’attendent car ces derniers n’ont pas les moyens de financer les services publics qu’ils désirent. De ce fait, les maires ne peuvent pas faire grand-chose sans l’état central…Le problème est que l’État central non plus n’a pas les moyens d’offrir aux citoyens ce qu’ils désirent. Il lui faut de ce fait être sélectif dans la distribution de ses moyens limités et transférables à la base. Dans cette sélectivité, l’État doit satisfaire en priorité ceux qui sont prêts à le soutenir politiquement. C’est de ce point de vue que nos élections locales sont véritablement nationales. Il s’agira pour les Sénégalais qui participeront au vote de choisir ceux qui pourront obtenir les privilèges du pouvoir central ou de sanctionner le pouvoir à travers ceux qui aspirent à le représenter dans les localités. Dans l’éventualité d’une forte abstention des citoyens indépendants, les élections locales seront une compétition entre politiciens pour marquer leur territoire en vue de joutes électorales futures et de positions dans l’appareil d’État ».

De ce fait, les prochaines élections locales devraient être couplées aux législatives et à la présidentielle pour un rendez-vous unique entre le peuple et sa classe politique le 27 février 2022. En effet, ce rendez-vous pourrait également être, nous l’avons dit, celui du respect de la parole donnée par le Président Macky Sall qui démissionnerait au 31 Décembre 2021 pour que des élections présidentielles puissent se tenir le 27 février 2022. Ceci ne l’empêcherait pas de diriger sa coalition aux législatives. Ce triple scrutin serait à 3/4 bulletins uniques (Présidentielle, Législatives, et Locales). Des députés élus en février 2022 prendraient fonction à l’expiration de la législature en cours 3 mois plus tard en juillet 2022. Le champ politique bipolarisé aura une année pleine pour expliquer ses visions alternatives sous l’œil vigilant des citoyens indépendants engagés. Nous nous remettrions au travail pendant 5 ans sans élection et en perspective de défis majeurs liés notamment au pétrole et au gaz mais également à la gestion macroéconomique post-Covid-19.

Une telle consultation permettrait, tôt plutôt que tard suite à la révolte de mars 2021, de clarifier la volonté du peuple quant à son leadership politique au niveau le plus élevé de notre régime présidentiel. Dans ce régime, le parlement est censé accompagner l’exécutif élu pour lui permettre de gouverner tout en le contrôlant et en permettant à l’opposition représentée de faire entendre sa voix. Ce régime nous est préférable car nous avons besoin d’un leadership transformationnel et ce dernier ne peut être pluriel bien qu’accompagné.

A moins que nous n’autonomisions nos collectivités locales en pôles régionaux par des transferts de ressources conséquentes de l’État central, il ne sert pas à grand-chose d’organiser des élections locales et législatives en marge de la présidentielle qui n’ont un caractère local que de nom.

Enfin, un triple scrutin le 27 février 2022 pourrait permettre d’éviter une potentielle cohabitation de bords différents entre un Président élu en 2024 et une assemblée élue en 2022 ou une reprise d’élections législatives en 2024 pour demander au peuple de clarifier des choix ambigus entre 2022 et 2024.

Librement

Liberté Politique Oui, Liberté Economique Surtout

Les Sénégalais s’émeuvent de la régression d’un point sur l’indice de Freedom House (www.freedomhouse.org) qui a changé la représentation du pays du vert (libre, score de 71) à la couleur jaune (partiellement libre, score de 70), mais nous demeurons dans le peloton de tête des pays libres sur le plan de la démocratie.

Nous sommes cependant en queue de peloton quand il s’agit de l’indice de liberté économique de Heritage Foundation (www.heritage.org). Les baisses de score sur cet indice ne dérangent personne surtout si on se compare aux performances de la Côte d’Ivoire qui s’aligne désormais sur la moyenne mondiale alors que nous avons régressé depuis l’alternance de 2000 en dessous alors que nous étions bien au-dessus.

L’indice de liberté économique évalue l’État de droit qui protège la propriété privée, l’efficacité réglementaire qui facilite les affaires notamment le marché du travail, la taille de l’État et le fardeau fiscal qui politisent l’allocation des ressources, l’ouverture des marchés qui facilite les échanges et la concurrence notamment à travers l’inclusion financière et le développement des marchés financiers. Notre libéralisme semble donc s’être arrêté au niveau politique. Notre manque de liberté économique peut être corrélé à notre pauvreté si on nous compare au monde. Les pays ayant les meilleurs scores dans l’indice de liberté économique sont également les pays les plus riches du monde, y compris émergents. Cette corrélation devrait au moins nous amener à nous poser des questions sur nos options. Tout n’est pas politique et démocratie seulement.

Le Sénégal est un paradoxe où règne la confusion. Avant l’alternance de 2000, nous étions sur une lancée de libéralisme économique après avoir constaté l’échec de toutes les variantes essayées du socialisme. En 1999, après la période des ajustements et la libéralisation, nous étions au même score que la moyenne européenne sur l’indice de liberté économique (60.6) et au-dessus de la moyenne mondiale (57.6). Une période de libéralisme économique allait alors s’ouvrir dans la durée suite à la dévaluation qui avait donné un second souffle à notre économie. Le peuple était cependant déjà à bout de souffle, et n’étant pas toujours au fait des enjeux, a réalisé l’alternance pour faire renaître l’espoir. Notre démocratie en est sortie renforcée. La direction du pays avait cependant déjà changé et devait être maintenue avec des réformes notamment monétaires qui étaient déjà dans les tiroirs d’après les protagonistes de l’époque. Ceci devait se faire dans le cadre d’une gestion budgétaire et d’endettement saine pour le bénéfice des populations. Ça n’a pas été le cas.

Nous sommes supposés être dirigés depuis 2000 par des libéraux qui se disent du libéralisme social et qui nous ont fait régresser dans tous les principaux domaines des libertés pour nous aligner sur la moyenne africaine (55.7) de l’indice de liberté économique. Nous sommes désormais en dessous des moyennes mondiales (61.6) et des pays d’Asie (60.2) plus libres qu’en 2000 alors que nous étions au-dessus en 2000. La Côte d’Ivoire, l’autre locomotive de l’UEMOA, semble prendre le chemin contraire (50.2 en 1999) se hissant bien au-dessus de la moyenne africaine pour se situer à la moyenne mondiale (61.6) en 2021. Tous ces signaux sont désormais au vert pour une renaissance suite à des législatives inclusives et des indicateurs macroéconomiques (dette surtout et déficit) meilleurs que les nôtres malgré la Covid. Il lui reste à mieux s’occuper de sa population et prendre le leadership de la réforme monétaire nécessaire. Une croissance élevée, une volonté de redistribution, et des infrastructures par l’endettement en devises ne sont pas synonymes de bonne gestion. Nous en payons les pots cassés.

Librement.

L’Heure est à l’Apaisement pour Raison d’Etat

Il semble que le Sénégal opère une rupture tous les 20 ans environ au premier trimestre de l’année marquant cette étape (1960-1980, 1980-2000, 2000-2020). L’année 2021 ne fera pas exception et la rupture nécessaire est entre les mains du président Macky Sall pour une renaissance dans une nouvelle direction. Il peut encore honorer son contrat moral avec les Sénégalais en organisant des élections présidentielles en 2022. Ces élections seraient suivies de législatives déjà prévues la même année pour confirmer le choix des électeurs.

Au-delà du respect de la parole donnée, la transmission du pouvoir après 10 ans entre d’autres mains (2 mandats de 5 ans maximum) permet à un pays d’avancer et d’éviter de passer 20 années dans une mauvaise direction potentielle avec les mêmes personnes qui se proposent de corriger leurs erreurs humaines. Ceci nous est arrivé de 1960 à 1980 (socialisme démocratique à la Senghor sans tous les instruments de gestion macroéconomique) 20 ans de Diouf 1980-2000 (ajustement, libéralisation et ou socio-libéralisme toujours sans tous les instruments de gestion macroéconomique) 20 ans de la même chose 2000-2020 (plan après plan de libéralisme social) toujours sans les instruments et dilapidant toujours nos marges d’endettement après que nous les ayons reconstituées par ajustements ou annulations de dette ou revalorisation de PIB. Le Sénégal a été dans la continuité entre 2000 et 2020 suivie d’un dialogue entre socialisants et l’endettement en devises en échange d’infrastructures.

Pour la stabilité du pays, l’opposant Ousmane Sonko et tous les détenus suite aux récentes tensions doivent être libérés, L’affaire Adji Sarr et ses ambiguités devrait désormais être enterrée pour raison d’Etat. Le président Macky Sall, s’il doit rester au pouvoir jusqu’en 2024 par respect à la Constitution devrait le faire dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale y compris avec l’opposition radicale tout en annonçant clairement qu’il ne sera pas candidat en 2024. Le leadership de cette opposition est désormais clarifié. C’est le prix à payer pour l’apaisement du climat politique et social.

Librement

Scandale au Sénégal, Macky Sall n’est plus la Cible

Le président Macky Sall ne peut pas être candidat à l’élection présidentielle de 2024 et nous ne pensons pas qu’il le sera. Sa personne ne doit donc plus être la cible de l’opposition partisane. En revanche, le succès du vainqueur de la primaire de sa coalition au pouvoir suite à un deuxième tour de scrutin dépendra du bilan à cette échéance. Ceci nécessite que tous ceux qui veulent se prévaloir de ce bilan soient avec lui. Naturellement tous ceux qui prédisent son échec doivent être contre lui. Nous l’avons argumenté dans notre contribution intitulée «Macky Sall, Libéral, Socialiste, ou Souverainiste ?»

Dès lors, à qui profite le crime ? Nous avons appelé à un rassemblement de l’opposition autour d’Ousmane Sonko et à la définition d’un projet alternatif compris par les citoyens pour que cette opposition soit compétitive. Ce projet alternatif ne tourne pas autour de questions éthiques ou de gouvernance. Que les partisans d’Ousmane Sonko ou de la coalition au pouvoir aient été derrière cette sortie médiatisée dans un salon de massage ou pas, le résultat est le suivant : il faut accepter ou faire accepter le fait qu’il n’y a que deux forces politiques partisanes au Sénégal. Le pouvoir autour du président Macky Sall et l’opposition autour d’Ousmane Sonko.

L’immunité parlementaire de ce dernier doit être levée au plus vite pour qu’il puisse réaffirmer, par la force des arguments devant qui de droit, qu’il n’a rien à voir avec les accusations portées contre lui et que la plaignante, qu’il ne poursuit pas par ailleurs, puisse soutenir sa thèse aidée en cela par ceux dont c’est le rôle. Au résultat, l’ambiguïté déjà distillée dans la presse et la politique politicienne auront servi de moyens, comme d’habitude, de nous mettre devant les choix véritables que nous devions faire par nous-mêmes et par la raison.

Cette expérience de choix à faire et non assumés nous l’avons vécue avec Khalifa Sall, Karim Wade, le PS et le PDS. L’héritier du PDS c’est Macky Sall, qu’Abdoulaye Wade et Idrissa Seck l’aient accepté ou pas, la réalité des urnes l’ayant démontré à maintes reprises jusqu’à ce qu’il ne puisse plus être candidat. Le choix du PS et de l’AFP de s’agripper à Macky Sall après que les sénégalais l’aient choisi pour qu’il ne retourne pas chez ses anciens frères qui n’avaient pas encore ruminé ce statut était également logique. Ils l’ont donc aidé à combattre ses anciens frères et à réaffirmer son statut d’héritier. Ça leur a également permis d’exister politiquement et d’aider le président Macky Sall par la justice, le parrainage, et les vulnérabilités des dissidents (Khalifa Sall) et opposants (Karim Wade) de confirmer le choix du peuple sénégalais réaffirmé lors de multiples scrutins depuis 2012. Nous avons argumenté cette thèse dans notre tribune intitulée « La démocratie sénégalaise debout ».

De ce fait, la classe politique et les Sénégalais en sont encore à devoir faire des choix réfléchis. Pour nous, la grande question est de savoir dans quelle direction le Sénégal doit aller pour emprunter le chemin du développement pour ses enfants. La réponse à cette question de notre point de vue n’est pas dans la stratégie du pouvoir et ne l’est pas encore dans celle de l’opposition. Ousmane Sonko que nous avons soutenu à la dernière présidentielle en a exposé des éléments structurels, notamment sur la question monétaire, mais de façon non achevée et non clairement argumentée. Nous l’avons invité à le faire et à davantage épouser le libéralisme.

Nous avons proposé la stratégie que nous pensons que le Sénégal devrait adopter pour se mettre sur le chemin du développement dans la liberté et le patriotisme (Senexit : Emergence Libérale et Patriotique ou Socialisme ?). Nous n’allons pas y revenir en détail. Cette stratégie, de notre point de vue, devrait davantage aller dans le sens de responsabiliser les Sénégalais dans leur propre développement par la liberté économique véritable, la décentralisation du pouvoir, et par leur inclusion financière pour qu’ils puissent réaliser leurs propres plans et non ceux du capital étranger principalement. Ce changement est celui que devrait adopter les forces progressistes sénégalaises qui ont jadis été socialisantes.  Nous continuerons de porter cet idéal de rupture par le libéralisme patriotique progressiste nous-mêmes et si nécessaire politiquement et de façon indépendante et/ou de soutenir tous ceux qui auront la même vision.

Librement

Le FCFA Mort, Responsabilisons-Nous!

Le parlement français a ratifié la réforme du FCFA qui met définitivement fin aux malentendus, permettant, comme nous le disions dans notre tribune « FCFA : Débat Clarifié, Victoire d’Etape », d’entrer dans les débats de fond intra-africains. C’est-à-dire, quelle parité nous voulons pour notre monnaie, car il ne reste dans notre coopération avec la France qu’une parité fixe sur l’euro du fait de notre propre choix et si et seulement si nous ratifions à notre tour cet accord.

A présent donc, pour les opposants au FCFA, il ne reste qu’un seul sujet de débat, celui de la parité. La libre convertibilité du compte courant de notre balance des paiements est universelle à tous les pays, la libre convertibilité du compte capital de la balance des paiements de l’UEMOA n’existe avec aucun pays y compris la France, nos réserves de change ne seront plus au trésor français, et nous n’aurons plus de représentant français dans nos instances de politique monétaire. Nous devrons élaborer un cadre de coopération et d’échange d’information du fait de la parité fixe si et seulement si nous ratifions l’accord approuvé par le parlement français.

Cela veut essentiellement dire que si nos Assemblées nationales ne retiennent pas ce que la France a ratifié, notre relation de parité monétaire avec la France sera terminée. La garantie hypothétique de notre parité par un accord entre la France et notre banque centrale peut ne pas être actée dans la mesure où nos réserves de change suffisent à garantir notre parité. Nous demandons donc aux partisans de la réforme monétaire de tourner le débat vers nos propres dirigeants car la France elle n’est plus dans le débat.

De facto, le mutisme de nos autorités est en soi un acte. Si aucun de nos parlements ne bouge, le FCFA tel que nous l’avons connu est totalement mort dans la forme et dans le fond, la France n’y étant plus. Les symboles qui restaient n’ont jamais été importants, mais en les enlevant, rien n’empêche nos états de tracer leur propre voie. A défaut, ce sera l’esclave libéré qui ne veut pas partir.  J’imagine qu’il n’en sera rien puisque nous parions et soutenons un ECO flexibilisé de l’UEMOA qui devrait exister dans un avenir proche.

Librement.

Perspective 2024: Macky Sall Chef de l’Opposition

Le président Macky Sall vient de baisser les rideaux du théâtre qui se jouait devant nous depuis la veille de la présidentielle de 2019 avec un gouvernement encore pléthorique. De nos analyses, il était ressorti que le peuple sénégalais avait fini de consacrer Macky Sall comme héritier d’Abdoulaye Wade et leader de la classe politique sénégalaise socialisante (La Démocratie Sénégalaise Debout). Les urnes avaient effectivement révélé aux législatives de 2017 que les frustrés du pouvoir qui avaient quitté le pouvoir après avoir élu le président de la République en 2012 devaient rester à ses côtés et qu’Abdoulaye Wade incarnait l’opposition mais pas au profit de son fils. Idrissa Seck ne s’y était pas trompé et avait calibré son programme présidentiel pour asseoir les bases d’une participation à la gestion du pouvoir afin de légitimement prétendre assurer sa continuité sans remettre en cause la vision (Idrissa Seck : candidat sans vision nouvelle). La bipolarisation du champ politique sénégalais était alors consacrée (Macky la continuité, Sonko la rupture).

De notre point de vue, le président Macky Sall sachant qu’il ne peut prétendre à un troisième mandat, prépare son statut de chef de l’opposition en perspective de 2024 sans contestation de son leadership dans son parti et sa coalition. Pour ce faire, il lui suffira de gagner les locales et les législatives prochaines pour contrôler son appareil politique et l’Assemblée nationale pendant une transition qu’il espérera de 5 ans après 2024 s’il ne peut être candidat. L’alternative sera de changer le régime politique pour qu’il soit parlementaire et poursuivre la mise en œuvre du PSE. La sortie du gouvernement de son état-major politique pourrait le justifier.

Nous disions que Macky Sall n’était effectivement plus la cible, mais que c’était lui qui tenait le pouvoir jusqu’en 2024 et pouvait aider à le transmettre par la réussite ou l’échec de la politique qu’il mettra en œuvre (Macky Sall : Socialiste, Libéral ou Souverainiste). Nous disions aussi que le dialogue politique était une nécessité dans un pays où les populations et même beaucoup dans la classe politique ne savent pas faire la distinction entre les visions alternatives qui sont proposées. Dans ce contexte, le dialogue politique post-électoral était utile pour dégager une synthèse parmi ceux qui sont supposés savoir et clarifier l’opposition (Du Dialogue : Clarifier le Consensus et l’Opposition).

Le Dialogue a produit ce que nous pensions, c’est-à-dire, par la « pensée de groupe », une continuité dans la vision socialisante de notre développement (Plan d’Ajustement et de Développement, pas de Relance) ; (Décentralisation : Equité Territoriale ou Autonomisation). Le PS et le PDS historiques reconstitués, c’est-à-dire le système, sont ensemble au pouvoir. Cette vision met l’Etat central au cœur du processus de développement sans en avoir les instruments macroéconomiques. Cet Etat est aidé en cela par un lobby privé national et international au détriment de la majorité qui se contentera de la redistribution des fruits de la croissance. Nous le répétons, c’est ce que nous avons appelé le libéralisme internationalisé socialisant qui ne réussira pas dans notre contexte. Le système échouera donc à nouveau, échec que le pétrole et le gaz masqueront, et nos enfants continueront de prendre la mer.

L’alternative à cette vision, nous l’avons dit, est de faire en sorte que les Sénégalais puissent prendre leur propre destin en main là où ils vivent : Un Sénégal de tous, un Sénégal par tous. Cette alternative véritablement libérale et patriotique est l’alternance idéologique, doctrinale, et de leadership transformationnel dont le Sénégal a besoin et qu’il n’arrive pas à réaliser. Elle ne peut se faire sans une réforme monétaire et la décentralisation véritable du pays en plusieurs pôles de décision, la vraie démocratie. La répétition est pédagogique. Nous nous engageons à œuvrer pour son avènement (Relance Post Covid Comment ?).

Librement.

Dr. Abdourahmane Sarr président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Décentralisation: Equité Territoriale ou Autonomisation?

La Journée de la décentralisation de ce 22 octobre 2020 était une bonne initiative mais elle a encore été une rencontre de «Group Think» ou «Pensée de Groupe». Elle s’est inscrite dans la continuité de notre Etat centralisé, au plus déconcentré, fédérant autour de programmes de l’Etat à territorialiser (Pudc, Pacasen, Promovilles, Bourses familiales etc..). La vision de la décentralisation du Président Macky Sall se résume à l’équité territoriale, à la justice sociale et à la territorialisation du Plan de Relance pour un Etat financièrement faible et en ajustement : «Un Sénégal de tous, un Sénégal pour tous.» Un Etat essentiellement socialisant.

L’esprit de la décentralisation pour un Etat financièrement faible doit être une décentralisation autonomisante et responsabilisante sans exclure la solidarité. Pour ce faire, il faut que nos territoires puissent se développer d’eux-mêmes en faisant en sorte que leur production possible rencontre une demande exprimée sous une forme monétaire. Il ne s’agirait pas de plans de développement de l’Etat central pour des pôles territoires sur la base de supposés avantages éco-géographiques comparatifs locaux mais d’accompagner des dynamiques locales en cours par le financement local autonome. Nous avons déjà développé cette thèse dans notre contribution intitulée : «Relance Post-Covid : Comment ?»

Puisque notre Etat n’a pas les moyens de financer sa politique centralisée et socialisante, et a atteint les limites d’endettement extérieur, les collectivités territoriales doivent être autonomisées pour se développer d’elles-mêmes. Cela n’empêchera pas une solidarité nationale. Dans ce contexte, l’Etat en perspective, s’occuperait de ce qui nous est réellement commun : Un Sénégal de tous, Un Sénégal par tous. Un Etat au libéralisme patriotique.

Il est donc dommage que la journée de la décentralisation n’ait pas été une journée de réflexion sur l’autonomisation de pôles régionaux annoncés, depuis, dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation. Ces pôles régionaux devaient se passer des départements et consacrer l’intercommunalité et le renforcement de villes épicentres dans le contexte d’une urbanisation croissante. L’urbanisation est une opportunité qui, conjuguée à la digitalisation des échanges, permettra aux collectivités locales de mobiliser des ressources locales sur les transactions digitales si celles-ci sont adoptées par le secteur informel. Ceci est bien possible et sera le cas dans le cadre du projet sofadel www.sofadel.com que nous nous apprêtons à lancer et qui fera que 1% de toutes les transactions digitales sera volontairement reversé aux collectivités locales.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR
Président Cefdel
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Plan d’Ajustement et de Développement et Non de Relance

Le gouvernement du Sénégal vient de nous présenter son plan d’ajustement à la suite d’une riposte budgétaire contracyclique conjoncturelle qui se justifiait par la nécessité qu’il y avait de substituer la demande publique à la demande privée en repli du fait de la pandémie et du ralentissement de la production. Nous l’avons soutenu dans notre tribune intitulée « Sénégal : Organiser la Résilience Systémique à la Crise».  De ce point de vue, le déficit budgétaire de 6% du PIB de 2020 sera progressivement ramené à 3% à l’horizon 2022 selon les engagements de nos autorités avec le Fonds Monétaire International. Ceci non pas parce que c’est ce qu’il faut, mais parce que nous n’avons pas les moyens de faire autrement. Cette impulsion budgétaire négative sur la période 2021-2022 s’appelle ajustement puisque la relance est le contraire sur le plan macroéconomique. Dans la mesure où l’annulation de la dette publique que nous souhaitions n’arrivera pas, la relance comprise au sens macroéconomique, ne sera pas possible puisque non finançable de façon soutenable selon notre façon habituelle de faire.

La Banque Centrale a bien campé le message invoquant la nécessité de préserver la stabilité macroéconomique, les équilibres extérieurs, et le bon niveau de réserves de change pour faire face à des chocs externes et temporaires et non pour une relance. Les banques, sans une relance monétaire, ne pourront pas non plus financer une relance sous le leadership d’un secteur privé national. Les ressources ne seront pas disponibles puisque le refinancement de la banque centrale ne suivra pas. Ces contraintes réelles découlent de notre cadre institutionnel monétaire. Des fonds de garantie ou des banques publiques ne changeront pas cette donne puisqu’il s’agira de mécanismes quasi budgétaires qui ne seront pas suivis par les banques, la banque centrale, ou nos bailleurs traditionnels.

Dans le cadre de cet ajustement, nos autorités ont donc développé un nouveau plan de développement (et non de relance) qui ne correspond pas aux orientations initiales du PSE mais qui, se servant de la pandémie, remet la transformation structurelle par le secteur privé national et le volontarisme d’état au cœur. En y ajoutant l’importance de l’humain au centre de tout développement, Il se conforme ainsi aux appels de l’opposition sénégalaise et de la société civile. C’est donc contraints et forcés que nous allons enfin investir dans la santé, l’éducation, et les infrastructures de base.

Comme nous l’avons déjà documenté ailleurs, le Sénégal n’a pas amorcé l’objectif de transformation structurelle du PSE initial dans la période 2014-2019 et allait droit au mur avec des arriérés au secteur privé remboursés en partie grâce au FMI. Le nouveau plan de développement (et non de relance), comme le PSE initial, ne produira pas les résultats de croissance escomptés puisque l’endettement ne sera plus possible. La part du secteur privé qui a été augmentée, puisque le secteur public sera en ajustement, n’arrivera pas si les réformes nécessaires ne sont pas faites. Une loi de Partenariat Public-Privé ne sera pas suffisante. Les projets PPP nécessitent un pouvoir d’achat des populations puisque la rentabilité y est toujours nécessaire ou prise en charge par l’état qui lui n’a pas de moyens.

Le Président de la République a insisté sur les réformes qui n’arrivent pas et le Ministère de l’Economie compte sur la productivité pour augmenter la croissance. Cette productivité ne viendra pas car la croissance endogène voulue sera impossible sans un système monétaire et de change d’accompagnement. La productivité qu’il nous faut doit venir d’une demande intérieure ou extérieure que nous ne sommes pas en mesure de stimuler. Une réallocation budgétaire vers l’agriculture et des secteurs choisis pourrait donner de la croissance dans ces secteurs, mais sur le plan macroéconomique le résultat systémique sera nul. Nous reviendrons à notre tendance habituelle de croissance (pétrole et gaz exclus).

Il reste alors à notre état une seule voie. Faire ce que la Représentante de l’Union Européenne a suggéré : « Orienter le budget vers les besoins humains, éducation, santé, infrastructure de base, environnement et préserver la stabilité macro-économique ». C’était la déclaration de Politique Générale 2 de Aminata Touré que nous avions positivement évaluée. Les programmes sociaux tels que le PUDC, et même des programmes agricoles qui quant-au fond sont des programmes sociaux sont tout ce que l’état peut réellement faire dans son cadre institutionnel actuel et ses moyens. La révolution agricole quant à elle ne pourra se réaliser au Sénégal que lorsqu’une réforme foncière permettant l’investissement de vrais professionnels dans l’agribusiness sera faite. Le Président de la république l’a dit. Le développement des territoires quant à lui n’arrivera que lorsque l’état lui-même se dessaisira de leurs plans de développement. Un plan de développement est plus approprié au niveau local qu’au niveau de l’état central.

De notre point de vue, tant que notre pays ira de plan en plan sans changer notre cadre institutionnel et monétaire l’histoire se répétera toujours. L’illusion d’une croissance forte en 2023 du fait d’investissements dans le secteur des hydrocarbures et l’exploitation de cette richesse naturelle ne changera pas le fait que nous ne créons pas de la richesse. La pensée de groupe (group think) est nuisible pour un pays et c’est ce qui s’est passé à Diamniadio le 29 Septembre 2020.

L’alternance au pouvoir permet la respiration démocratique et le changement de cap. Il est difficile pour les mêmes acteurs de dire à leurs concitoyens qu’ils ont changé de cap lorsqu’ils font face à un mur. Le nom des plans reste le même et le contenu change toujours car on ne veut pas admettre ses échecs antérieurs. Ceci est mauvais pour un pays. Nous avons eu 20 ans de socialisme démocratique avec Senghor, 20 ans de libéralisme social avec Abdou Diouf, et 20 ans de la même chose avec Abdoulaye Wade et Macky Sall. Les prochaines 20 années ne doivent pas être la même chose avec le plan qui vient de nous être présenté et qui ne produira pas de résultats puisqu’il sera mis en œuvre dans le même cadre institutionnel et monétaire sans endettement soutenable possible.  La seule issue est le secteur privé étranger qui voudra bien partager avec nous le fruit de la croissance qu’il aura produite. C’est ce que j’ai appelé le Libéralisme Internationalisé Socialisant. Nous lui préférons le Libéralisme Patriotique impossible dans notre contexte sans une architecture monétaire d’accompagnement et une véritable décentralisation en pôles régionaux autonomisés et finançables.

 

Librement

 

Dr. Abdourahmane Sarr

Président du CEFDEL

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Relance Post Covid Endogène : Comment ?

Au Sénégal, pouvoir comme opposition, et les sénégalais de manière générale souhaitent « une croissance endogène, inclusive, et équitable grâce à une valorisation du contenu local et l’ancrage durable d’une culture du produire et consommer sénégalais ». Toutefois, nos économies rurales de subsistance et celles urbaines peu monétisées ne peuvent produire ce résultat sans une politique monétaire, de crédit, et de change d’accompagnement adéquate qui nous libérerait de la dépendance extérieure. Nos villes épicentres de pôles régionaux et polarisatrices de leurs zones rurales sont une opportunité d’exode rural et de spécialisation à la suite d’une réforme foncière pour une agriculture marchande et une industrie plus productive pour satisfaire ces villes. Cependant, une telle articulation entre les villes et les localités qu’elles polarisent a besoin d’une architecture monétaire conçue pour valoriser les ressources locales sous-utilisées et les échanges entre localités nationales.

Malheureusement, tout en clamant l’objectif d’endogénéisation de la croissance, nos pays ont récemment décidé de maintenir la parité fixe de l’ECO à venir sur l’euro et peut être plus tard à un panier de devises. Sans ressources fiscales et face aux contraintes de financement monétaire de la relance post Covid-19 dans ce régime, nos états se sont résignés à s’endetter davantage, empirant le fardeau de la dette, et/ou à solliciter la coopération pour des annulations de dettes, moratoires, ou dons. Ainsi, notre destin ne semble plus être entre nos mains pendant que les pays avancés, à coups de milliards de dollars ou d’euros, financent sans compter la demande pour stimuler leurs productions à pleines capacités. Le pétrole et le gaz à venir aideront pour un temps, mais leur apport sera limité pour les objectifs que nous nous sommes fixés.

L’absence ou l’insuffisance d’un moyen d’échange pour maximiser l’utilisation des capacités de production et d’échange est un problème bien connu des économistes. A l’échelle internationale, l’insuffisance de devises dépendant des politiques monétaires de certains pays avait justifié en 1969 la création et l’allocation gratuite de Droits de Tirages Spéciaux (DTS) du Fonds Monétaire International pour faciliter le commerce international. La même chose a été faite en 2009. Une banque centrale allocataire peut ainsi échanger ses DTS contre des devises d’une autre banque centrale pour le règlement d’importations, ce qui favorise le commerce international par l’émission des devises nécessaires. Ce moyen d’échange n’ayant cours légal et libératoire nulle part, mais échangeable contre devises, est émis sur décision du FMI afin de satisfaire une demande de devises pour payer une production et un commerce international possibles. Les allocations par pays dépendent ainsi principalement de leurs poids dans les exportations internationales quand il est jugé que le commerce international a besoin de DTS supplémentaires. L’allocation de DTS de cette manière bénéficie essentiellement aux grands pays et exportateurs.

Pour nous, cette même logique à l’échelle du monde s’applique à l’échelle de la communauté de base. Le développement de l’Afrique dans l’autonomie et la liberté se fera par le développement de ses communautés de base. Mais cette liberté et cette autonomie passeront par la maitrise du rôle de la monnaie dans le financement du développement local afin d’établir le lien entre une demande locale et une production possible que nos monnaies officielles n’arrivent pas à établir. D’abord, parce que les populations ne sont pas financièrement incluses en ces monnaies, ensuite parce que nos économies ne sont pas compétitives à l’international, ce qui favorise les importations. La production locale pour une consommation locale se trouve ainsi désavantagée par rapport aux matières premières seules capables de générer des recettes en devises pour payer dettes ou demandes liées dans le cadre d’un commerce international essentiellement libre. Au regard de l’absence de volonté politique d’affranchir l’ECO de son arrimage sur l’euro, est-il possible d’innover de sorte à réconcilier les points de vue des adeptes du statu quo et ceux des défenseurs de son abandon qui veulent que les états puissent plus librement disposer de l’outil monétaire et de change dans la stabilité des prix pour accompagner leur développement ?

Nous avons soutenu que OUI dans un article en 2016 dont les principaux éléments sont reproduits ci-dessous dans ce contexte post-Covid 19. En mettant en place des monnaies nationales complémentaires à la monnaie commune ECO ou FCFA, nous pourrions favoriser l’inclusion financière des populations dans un moyen d’échange plus compétitif qui pourra stimuler la production locale qui trouvera également sa demande localement. Cette économie sera complémentaire à celle que nous connaissons et pourra par ailleurs renforcer et formaliser le secteur dit informel. Pour comprendre, il faut d’abord savoir qu’il n’y a que trois sources d’injection d’argent dans une économie monétaire pour lier la demande à la production : (i) la banque centrale (ii) les banques commerciales (iii) et l’argent de l’extérieur (dettes, exportations, investissements) dont l’origine est également les deux premières sources dans ces pays. Dans notre cas, ni l’Etat, ni les banques commerciales, n’arrivent à jouer ce rôle efficacement pour la majorité de la population exclue du système financier et du crédit. Cette situation s’est aggravée avec la Covid-19. Le seul lien que nos populations financièrement exclues ont avec le système financier classique est la monnaie émise par la banque centrale entre leurs mains ou en portefeuille électronique. Cette émission est elle-même rendue possible principalement par les réserves de change en devises en zone UEMOA, qui elles dépendent de l’endettement, d’exportations de matières premières et de l’émigration. En effet, nos réserves de change couvrent une bonne partie de l’émission monétaire de notre banque centrale.

De ce fait, si un Fiduciaire qui représenterait des populations et des entreprises qui auront acheté avec le FCFA un moyen d’échange appelé SEN pouvait émettre, par effet de levier sur ces FCFA, ce même moyen d’échange sous forme de crédit en leur nom, le problème serait réglé. Ce moyen d’échange, comme les DTS, n’aurait pas cours légal et libératoire, attributs exclusifs du Franc CFA. Il ne serait qu’un moyen d’échange (de troc de biens et services) et d’octroi de crédit des entreprises membres (leurs biens et services) à leurs clients qui circulerait solidairement entre membres et dont la gestion serait déléguée à ce Fiduciaire.  Comme les DTS, le SEN ne serait utile que parce qu’il y a des biens et services disponibles ou productibles que les membres de l’écosystème pourraient ne pas produire en l’absence d’un moyen d’échange adéquat recirculant. Le crédit SEN circulant ne serait pas convertible jusqu’à ce qu’il soit remboursé en FCFA, c’est-à-dire que les bénéficiaires aient eu des FCFA pour les rembourser. Ce crédit circulant entre membres serait l’équivalent des crédits (comptes clients) que les commerces font tous les jours à leurs clients mais sous forme non digitale et non transférable et que le système bancaire classique n’arrive pas non plus à liquéfier. Si ce crédit SEN digital et transférable stimule la production et les échanges, la quantité de FCFA à émettre par la banque centrale pour soutenir une économie plus large devra suivre sans inflation établissant ainsi le lien avec l’extérieur.

Le SEN que les populations et les entreprises achèteraient avec des FCFA comme biens et services prépayés transférables permettra de conserver la monnaie officielle dans un fonds de recettes des entreprises comme des réserves. Il s’agira d’un Fonds Commun d’Investissement et de Garantie (FONCIG) qui pourrait saisir des opportunités d’investissements actuellement accessibles qu’à ceux qui ont accès au crédit bancaire classique et aux investisseurs étrangers. Mis en place dans le contexte d’une décentralisation autonomisante et d’un Etat qui se dessaisit au profit de pôles régionaux, le Fiduciaire pourrait financer un processus d’émergence à partir de la base.

La conversion des SEN ayant une contrepartie en Franc CFA se ferait à un taux de change convenu entre les membres du Fiduciaire mais initialement de 1. Cependant, en émettant ce moyen d’échange acheté ou obtenu à crédit à un taux de change plus faible (2 SEN pour 1 FCFA par exemple) dès le départ et même plus tard flottant, ce moyen d’échange serait dévalué par rapport au FCFA et pourrait ainsi favoriser la jonction entre les capacités locales sous-utilisées et les besoins locaux dans des conditions de stabilité des prix. Le FCFA serait dans ce schéma une unité de compte et une monnaie commune accompagnée dans chaque pays de l’équivalent du SEN comme monnaie nationale complémentaire citoyenne et compétitive sous le contrôle de citoyens financièrement inclus et solidaires. Nous monétiserions ainsi nos économies locales en complétant ce que le système monétaire officiel n’arrive pas à réussir tout en le laissant jouer son rôle de relais par rapport aux circuits nationaux et internationaux. Il s’agirait là d’un compromis patriotique et progressiste qui dépasse le statu quo et fédère les positions.

Nous avons la chance dans l’UEMOA d’avoir une banque centrale commune, une unité de compte commune, et des réserves de change totalement centralisées mais nous n’avons pas de complément à ce système pour nos communautés de base. C’est-à-dire, des monnaies et des systèmes financiers nationaux au service des économies nationales, la majorité de nos populations étant hors circuit. Les expériences de monnaies complémentaires à travers le monde (WIR Bank, Britol Pound etc…), et l’expérience de l’Irlande et de l’Ecosse où la monnaie physique qui circule n’est visuellement pas la livre sterling, nous démontrent qu’on peut avoir une monnaie nationale complémentaire à côté d’une monnaie officielle en y ajoutant notre propre touche. Notre propre touche serait de faire de cette monnaie complémentaire, une monnaie nationale citoyenne solidaire mais institutionalisée comme les DTS n’ayant pas cours légal et libératoire afin de faciliter les échanges nationaux comme les DTS facilitent les échanges internationaux. A défaut, il faudra que chacun de nos pays ait sa propre monnaie pour accompagner l’émergence et le progrès social à travers l’état si les citoyens ne sont pas financièrement inclus ou si seuls les étrangers ont accès au capital en monnaie officielle ou en devises.

La BCEAO, allant dans le sens des autres banques centrales semble ouverte depuis 2020 à aménager des espaces d’innovation pour les FINTECH qui ne peuvent être régies par la réglementation existante. Ce n’est qu’en sortant des sentiers battus qu’on pourra asseoir « une culture du produire et du consommer local » que nous n’avons pas réussi depuis 1960 dans notre architecture économique et monétaire actuelle handicapée.

C’est cette vision de rupture qui accompagnerait une nouvelle politique de décentralisation que l’ancien Premier Ministre Mamadou Lamine LOUM avait appréciée ainsi qui suit : «Le projet CEFDEL/MRLD prolonge la préoccupation et les orientations des conclusions des Assises Nationales du Sénégal privilégiant une rupture des paradigmes de gestion économique, la priorité d’une décentralisation plus approfondie et plus développementale, l’exigence d’un équilibre territorial autour de pôles économiques dynamiques, le ressourcement par nos valeurs propres valorisant l’autonomie, l’éthique et l’équité, le culte de l’effort et du dépassement » . Nous nous proposons de relever ce défi avec les sénégalais et la classe politique opposition comme pouvoir avec une nouvelle FINTECH prête pour expérimentation à l’échelle de villes sous peu (www.sofadel.com)

 

Librement

 

Dr. Abdourahmane Sarr

Président CEFDEL/MRLD

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