Idrissa Seck Candidat Sans Vision Nouvelle

Une vision doit pouvoir se résumer en une seule phrase. Idrissa Seck aura peut-être une autre chance de se rattraper n’ayant pas lui-même présenté sa vision qu’on nous a annoncée patriotique mais en 15 versions différentes et pas particulièrement patriotiques. Ses 3 axes stratégiques (gouvernance, économie, et sécurité) qui sont trop généraux devaient naturellement découler de cette vision claire et permettre une compréhension d’ensemble qui a fait défaut lors de la déclinaison de son programme avec le détail de 45 mesures de mise en oeuvre. Il avait cependant lui-même annoncé ces 3 trois axes stratégiques sans vision clairement énoncée lors de son investiture, ce qui nous pousse à conclure qu’il n’a pas de vision nouvelle. Ces axes stratégiques peuvent néanmoins se résumer en un seul : «une meilleure gouvernance» dans la mise en œuvre de la vision du statu quo, «Yorinwi» selon ses propres termes. S’il ne propose qu’un axe stratégique d’un «Sénégal dans une gouvernance plus efficace, plus juste, et plus solidaire», cela explique la batterie de mesures d’ordre technique qui ont été présentées et qui sonnent comme des contributions à Macky Sall.

En effet, après avoir écouté l’exposé du programme du candidat Idrissa Seck, nous avons retenu des mesures sectorielles dans le style du candidat Bougane Gueye Dani sans fil conducteur, ce qui les place dans le même registre du management et de la gestion (la gouvernance) et moins du leadership. Une meilleure allocation des ressources et une meilleure gouvernance de nos institutions et secteurs seront toujours possibles, mais il est nécessaire de décliner la vision qui justifie la pertinence des choix. De ce point de vue, le candidat Idrissa Seck ne nous a pas présenté un lendemain véritablement nouveau vers lequel il veut nous amener pour justifier une alternance à son profit. Il est comme beaucoup de nos hommes politiques dans une logique de réforme de nos institutions qui fonctionnent relativement bien et du renouvellement de leurs animateurs. Il est également dans une logique d’une meilleure (juste, équitable, efficace, et solidaire) allocation sectorielle du budget de l’état et de nos capacités d’endettement et leur déploiement comme moyens nous dit-il d’impulsion de l’activité économique. C’est cette dernière façon de faire que nous avons caractérisée comme celle d’un état socialisant et développementaliste digne de bons socialistes que le Sénégal doit alterner ou maintenir Macky Sall en poste. Malheureusement, bien que se disant libéral, Idrissa Seck n’a pas dérogé au socialisme congénital sénégalais qui voit l’état comme solution à nos problèmes économiques sectoriels bien que n’ayant pas changé nos conditions de vie en 60 ans d’indépendance.

De ce fait, Idrissa Seck est passé à côté de ce qui pour nous est l’enjeu véritable de l’élection présidentielle de 2019 et que nous avons exposé dans une récente contribution (Libéralisme Patriotique ou Socialisme) et par rapport auquel le Président Macky Sall joue sur deux tableaux. Il s’agit de soit libérer et responsabiliser les nationaux avec l’appui de l’état dans leur propre développement avec un environnement économique nouveau d’accompagnement ou dans notre environnement économique actuel diriger le développement et socialiser les décisions en mettant l’état au cœur du processus avec l’appui du capital étranger et sous leadership d’états (Chine, Turquie, etc..). Macky Sall dit être à la fois pour l’un et pour l’autre mais ses choix le placent résolument dans la deuxième option. Nous l’avons expliqué dans une contribution intitulée (Macky Sall a Choisi : Socialisme et Capital Etranger). Il dit que le secteur privé national doit prendre le relais de la croissance mais crée les conditions du leadership du secteur privé international dans le cadre de la CEDEAO ou de l’UEMOA avec une monnaie unique dont le taux de change sera nécessairement fixe sans une politique monétaire propre, ce qui favorisera le capital étranger. En effet, notre environnement économique actuel est principalement notre appartenance à ces ensembles sous-régionaux qui limitent notre souveraineté économique comme moyen devant nous permettre de mener des politiques économiques libérales au profit du secteur privé national.

Par ailleurs, Idrissa Seck promet une décentralisation plus approfondie avec des transferts de ressources aux collectivités locales. Macky Sall est également pour la responsabilisation des élus locaux (décentralisation) mais tous ses programmes sont mis en œuvre dans une logique de relais locaux de l’état (déconcentration). Dans un prochain mandat, il a promis aux quelques 500 maires qui le soutiennent qu’il va abandonner cette façon de faire dans le cadre de pôles régionaux qu’il avait annoncés il y a 7 ans et qui sont promis par presque tous les candidats à la Présidence de la République. Les pôles régionaux ne peuvent cependant pas être responsabilisés sans un système monétaire et financier d’accompagnement étant donnés les moyens limités de l’état central et la faible inclusion financière des collectivités locales et des populations.

De ce fait, en proposant de garder le FCFA en l’état et d’œuvrer pour une monnaie unique CEDEAO à moyen et long terme, et de renégocier les APE dans ces contraintes, Idrissa Seck ne se différencie pas de Macky Sall et des autres candidats. Nous pouvons donc conclure que ses mesures de meilleure gouvernance économique, institutionnelle, et sectorielle ne produiront pas de résultats significativement différents de ceux des 60 dernières années et ne pourront pas être patriotiques car non localement finançables. L’emploi sous le leadership du secteur privé national ne pourra pas non plus être réalisable et ne sera donc pas patriotique pour garantir un pouvoir d’achat local. Les propositions de meilleure gouvernance quoi que potentiellement valables ne justifient donc pas une alternance dans un contexte où le choix le plus important est celui de notre modèle économique. En effet, des mesures telles qu’une justice plus indépendante, une décentralisation plus autonomisante, une meilleure santé et une meilleure éducation, et un audit juridique des contrats d’exploitation de nos ressources naturelles, etc…peuvent faire l’objet de consensus de toute la classe politique. Le candidat Idrissa Seck prépare-t-il un deuxième tour dans une position défavorable ? L’avenir nous le dira.

Nous affirmons à l’endroit de tous les candidats à la Présidence de la République que tout programme qui n’a pas en son sein le décrochage de notre monnaie et sa flexibilisation pour accompagner une politique économique libérale au profit du secteur privé national ne peut être que le statu quo. Ce statu quo sera une croissance impulsée par l’état et le capital étranger pour, à travers le budget, améliorer les conditions sociales des populations plutôt que de les autonomiser vis-à-vis de l’état et du capital étranger. C’est l’option du Président Macky Sall et il n’y a qu’une alternative à cet état de fait: Le libéralisme Patriotique qui est impossible sans un système monétaire et financier national et souverain d’accompagnement ou tout au moins au niveau de l’UEMOA pour éviter un abus de l’instrument monétaire et de change.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp  

Macky SALL: Les Bailleurs ne sont pas les Sénégalais

Un plan quel qu’il soit doit d’abord être présenté aux sénégalais avant de rechercher son financement, sinon nous renforçons la culture d’irresponsabilité des sénégalais dans leur propre développement. Le problème de l’Afrique et du Sénégal est une culture de plan de développement avec des projets à présenter à des bailleurs comme le ferait un individu ou une entreprise puisque nous n’avons pas les moyens de nos politiques. Le Sénégal n’est pas une entreprise ou un individu et n’a en réalité plus de gap de financement (déficit non finançable sur le marché intérieur ou extérieur aux conditions du marché). La crédibilité du Sénégal permet de financer son déficit budgétaire (y compris pour participer à des PPP viables), en partie sur le marché régional (en FCFA), chez les bailleurs bilatéraux et multilatéraux (s’ils veulent), ou sur les marchés internationaux si le taux de croissance précède par le secteur privé. Cette croissance ne doit pas être le résultat d’un endettement qui en réalité va financer au bout du compte la demande dans le secteur des services comme dans la phase une du PSE. Les réalisations physiques ainsi financées ne sont que la contrepartie de l’endettement sans contribuer à une croissance durable.

De ce point de vue, ce qui importe c’est le niveau d’endettement limite que nous nous fixons, de même que le déficit budgétaire pour avoir une croissance fiscalement soutenable. Le reste relève du secteur privé et du capital étranger et sous leadership d’états (Chine etc…). A 3% du PIB de déficit budgétaire à financer sur 2019-2023, le Sénégal n’a pas de gap de financement non finançable par le marché, ce qui rend un groupe consultatif en réalité inutile. C’est comme les 10 milliards que les marchés financiers ont proposé quand nous demandions 2 milliards d’eurobonds. Nous n’avons pas pris les 10 milliards d’offres parce que nous n’en avions pas besoin et ça ne correspondait pas à une stratégie d’endettement responsable et soutenable et à notre cible de déficit budgétaire et à ce que nous recherchions. La déclaration du FMI au groupe consultatif est à méditer de ce point de vue car dans son langage diplomatique habituel, il a un fort contenu en messages.

Le gap que le Sénégal s’impose et qu’il demande aux bailleurs est du fait de ses propres préférences de financement (dettes concessionnelles et dons) et de dépenses publiques au-delà de ses capacités dans la logique d’une entreprise qui finance des projets de développement. C’est cette approche socialiste du développement dans le contexte d’une monnaie trop forte qui fait que tout argent injecté se retrouve en importations avec comme résultat que nous demeurons le 25ieme pays le plus pauvre du monde.

L’alternative à ce que nous faisons depuis 60 ans, c’est d’avoir un plan de dépenses à moyen terme pour financer l’éducation, la santé, les infrastructures de base et d’appui au secteur privé dans un budget et une stratégie d’endettement soutenables et financés par les sénégalais eux-mêmes. Les capitaux étrangers et du marché viendraient en compléments et principalement en monnaie nationale. Il faut donc attirer les investisseurs dans le marché sous régional et faire les réformes nécessaires pour permettre au secteur privé sénégalais aussi faible qu’il soit de prendre son destin en main. C’est ça la rupture et la dignité. La déclaration de la représentante de l’Allemagne au groupe consultatif est à méditer de ce point de vue. Elle nous a appelé à faire confiance à notre secteur privé national avant de compter sur les investisseurs allemands car ce secteur privé national, aussi petit qu’il soit, fait 98% de nos entreprises. Il faut donc faire les réformes nécessaires pour mener ce secteur privé vers sa formalisation car il est notre seul avenir.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Macky Sall a Choisi: Socialisme et Capital Etranger

Le Président Macky Sall avait élaboré sa vision du développement au contact des populations pauvres du fond du Sénégal et avait décidé de leur venir directement en aide s’il arrivait au pouvoir. Sa volonté est sincère, mais sa méthode qui découle également d’un désir sincère de redistribution n’est pas la bonne pour le Sénégal car elle le conduit à faire des choix malheureux. Macky Sall veut créer de la richesse pour la redistribuer. La bonne méthode, à notre avis, est de faire en sorte que les Sénégalais puissent se prendre en charge eux-mêmes, ce qui n’exclut pas une redistribution soutenable et souhaitable pour réduire les inégalités sans être le principal objectif. Par ailleurs, ce désir de solidarité s’organise le mieux à l’échelle locale puisque mieux ciblée.

En effet, il y a une différence entre la formule «Un Sénégal sans exclusion, où tous les citoyens bénéficient des mêmes chances et des mêmes opportunités pour réaliser leur potentiel et prendre en main leur destin» et la formule «Un Sénégal de tous et un Sénégal pour tous». La première est libérale car elle permet de réduire les inégalités pour que chacun puisse prendre son destin en main et se réaliser. La deuxième est socialiste car elle suppose au-delà du Sénégal «pour» tous, de bâtir un Sénégal «de» tous plutôt que «par» tous. Cette dernière volonté fait que Macky Sall assigne à l’état un rôle développementaliste et/ou externalise ce rôle au capital étranger pour pouvoir redistribuer les retombées puisque ne pouvant pas compter sur son privé national. Ces deux formules étaient toutes les deux dans la dernière déclaration de politique générale du Premier Ministre. La distinction que nous venons de faire n’y était pas très importante dans la mesure où le gouvernement semblait s’éloigner de ses ambitions développementalistes en annonçant une année sociale face à l’échec constaté de ses ambitions de transformation structurelle de la Phase 1 du PSE. Nous disions alors que l’appel de l’état au secteur privé pour qu’il prenne le relai de la croissance était une bonne décision mais ce dernier ne le pouvait pas puisque n’ayant pas un système financier d’accompagnement. L’état devait donc se confiner aux services sociaux et aux infrastructures de base et d’appui à la compétitivité du secteur privé au vu de ses moyens limités, ce que le programme de 2019 de Macky Sall a bien incorporé. Les ressources pétrolières et gazières ne doivent pas changer cette option.

Nous disions aussi que lorsqu’on ne peut pas exporter des biens et services à cause d’une monnaie forte, on se retrouve à exporter des êtres humains, c’est-à-dire notre jeunesse éduquée ou non, formée ou non, pour tenir l’équilibre de notre balance des paiements. Les transferts de migrants qui se substituent ainsi à des recettes d’exportations, ainsi que les fonds d’entreprenariat (DER), ne pourront pas favoriser des emplois locaux car ils resteront des filets sociaux (comme les bourses familiales) qui ne feront qu’alimenter les importations. Nous disions donc qu’il fallait une autonomie monétaire avec un taux de change flexible et une décentralisation autonomisante et responsabilisante autour de nos pôles urbains pour aider le secteur privé national à financer son rôle de leader avec l’appui complémentaire de capitaux étrangers. Le rôle de l’état pourrait ainsi s’étendre au-delà du social à l’échelle de pôles régionaux mais sous la responsabilité de ces derniers.

Mais en définitive, après maintes hésitations, le Président Macky Sall n’a pas choisi le libéralisme patriotique pour faire confiance aux citoyens sénégalais eux-mêmes et le privé national dans la prise en main de leurs propres destins. Il a choisi le leadership d’état à cause des ressources pétrolières en perspective et les gaspillera donc puisqu’elles permettront de financer le besoin en devises de nos dépenses en importations qui rendront notre économie plus rentière. Son programme dont la plupart des initiatives comptent sur le budget de l’état central reflète ses options socialistes et socialisantes.

Il a également choisi d’aller à l’assaut de la CEDEAO avec l’aide du capital étranger (privé et sous leadership d’états-Chine, Turquie) par le biais de zones économiques spéciales et d’agropoles pour, par la sous-traitance, tirer le privé sénégalais dans la direction que ce capital et l’état auront choisie. Pour conforter ce capital, il a choisi l’option de la monnaie de la CEDEAO dont le régime de change sera nécessairement fixe à ancrage potentiellement multiple (euro, dollar, yuan) pour que ce capital puisse se déployer à cette échelle sans souci, car les pays de la CEDEAO n’ont pas de convergence macroéconomique et structurelle. Il espère ainsi créer les emplois nécessaires pour éviter l’émigration des jeunes par les exportations d’entreprises essentiellement étrangères. A environnements macroéconomique et monétaire inchangés (union douanière et monnaie fixe), ces exportations alimenteront également des importations que nous aurions pu produire si les secteurs d’exportations n’avaient pas été choisis par l’état et le capital étranger.

Macky Sall a donc choisi de prêter son sol à la compétition des puissances mondiales en Afrique qui déterminera le destin des entreprises sénégalaises par l’exportation en orientant les activités et la formation vers des domaines spécifiques choisis. Avec la zone de libre-échange continentale, qui ne pourra être efficace qu’avec une monnaie africaine, le destin des sénégalais et de leurs entreprises leur échappera ainsi davantage pour bâtir de nouvelles dépendances après celles de la colonisation et de l’aide.

Dans ce contexte, Macky Sall promet la protection de l’état par des programmes sociaux et de redistribution (zéro bidonvilles, zéro déchets, fonds solidaires, et infrastructures de base). Ce choix n’est pas patriotique à l’échelle du Sénégal ou de l’UEMOA car il ne permettra pas aux sénégalais de choisir leurs propres voies dont les erreurs pourraient être corrigées par une monnaie flexible à ces échelles. Dans ce dernier cadre, l’économie aurait été plus résiliente car plus diversifiée et financerait les programmes sociaux et les infrastructures. L’état aurait ainsi attiré l’investissement direct étranger de façon plus neutre en mettant en place les fondements d’une économie plus dynamique capable d’encourager la substitution aux importations et la promotion des exportations que les sénégalais auront choisies. Une monnaie flexible de l’UEMOA pour accompagner plus de liberté économique (nous l’avons expliqué dans notre précédente contribution) aurait permis d’aller à l’assaut de l’Afrique et du Monde avec des champions nationaux qui se seront fait la main dans cet espace communautaire. En effet, nous ne sommes pas obligés d’offrir notre territoire à la compétition entre nations étrangères seulement, bien que l’Afrique soit l’avenir pour ces nations et ne leur sera pas fermée.

Ainsi, à la place d’un plan national de développement (PSE) à présenter à des groupes consultatifs en France, nous aurions eu des programmes locaux d’appui au secteur privé (PLASP) qui dessert les débouchés urbains. Dans cette perspective, les zones d’artisanat ainsi que les marchés locaux modernes permettraient d’accompagner notre secteur privé local vers leur formalisation y compris par leur inclusion financière avec la cryptomonnaie envisagée. Avec des infrastructures de transport et une électricité compétitive comme envisagé, le pari de l’industrialisation sera gagné sans le capitalisme d’état. L’état et le capital étranger en choisissant les voies vers lesquelles les ressources du pays vont être orientées, accompagnées par les formations nécessaires de la main œuvre, imposent une structure à l’économie qui peut ne pas avoir la résilience nécessaire car insuffisamment diversifiée. Nous pensons que cette option n’est pas la meilleure pour le Sénégal. Les petites et moyennes entreprises du secteur informel du Sénégal qui font 98% du tissu économique doivent pouvoir découvrir leurs propres voies vers le développement avec l’environnement nécessaire. Cet environnement nécessite d’abord un secteur financier d’accompagnement, et des consensus multiples au niveau de pôles économiques locaux sous le leadership du privé local.

Macky Sall se sera ainsi éloigné du libéralisme pour «Un Sénégal où nul n’est assez fort pour prétendre s’y établir tout seul, et nul n’est trop faible pour y être privé de sa place». Ce déni de la responsabilité individuelle même lorsqu’on prend en compte la solidarité renvoie à l’aile protectrice de l’état, à la responsabilité collective, et donc au socialisme d’un Sénégal «de» tous et non «par» tous. Les luttes contre les injustices et inégalités sociales par l’éducation, la formation, et la santé sont particulièrement nécessaires, mais chaque citoyen et communauté de citoyens doit pouvoir choisir sa propre voie. Les citoyens auraient ainsi les moyens d’avoir un habitat décent sans les subventions envisagées par l’état pour les bidonvilles seulement.

Enfin, le «commun vouloir de vie commune» s’organise de la façon la plus efficace au niveau local d’où la nécessité d’une décentralisation responsabilisante et autonomisante où les décisions y compris de plans se prennent à la base. La solidarité nationale au bénéfice de tous se fera ainsi entre entités ayant déjà bâti des consensus locaux forts. Notre «commun vouloir de vie commune» s’arrête au niveau des biens et services publics que nous ne pouvons pas nous procurer nous-mêmes à l’échelle locale ou nationale. Les programmes de redistribution envisagés (PUDC, PUMA, PROMOVILLES, Zero-déchets, Zéro Bidonvilles, Fonds Solidaires et de Garantie, etc….) sont également mieux élaborés dans la diversité et mis en œuvre par des pôles régionaux forts et autonomes.

L’Acte III de la décentralisation ne devrait donc pas juste se limiter à la promotion de la ruralité et de l’équité territoriale entre pôles régionaux. Ces pôles devraient être responsabilisés et dotés d’exécutifs forts dirigés par des personnalités politiques majeures qui toutes aujourd’hui cherchent le fauteuil du Président de la République à cause de notre approche centralisée de gouvernance de notre économie, ce qui en fait des transhumants dans leur presque totalité. De ce fait, pour avoir un pays prospère, le Sénégal n’a pas besoin d’«un idéal commun de prospérité partagée» pour générer des ressources qui par la redistribution prendraient en charge les inégalités et injustices sociales. Nous n’avons pas besoin d’un Sénégal «baobab qui serait la sève nourricière qui irrigue et nourrit toutes ses composantes». Nous disons Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp.

Cette volonté de redistribution des richesses a poussé Macky Sall à réduire les dépenses courantes durant son septennat ce qui a été une bonne chose. Il a utilisé les économies pour augmenter les subventions (intrants et équipements à l’agriculture et la pêche, programmes sociaux etc…), mais il s’est rendu compte que la richesse n’était pas suffisante, ce qui a limité l’ajustement budgétaire qu’il devait opérer durant la période. Le niveau de croissance atteint ces 5 dernières années n’est pas fiscalement et socialement durable car financé par une redistribution inefficace des zones urbaines aux zones rurales et l’endettement. Ce n’est pas compatible avec le libéralisme dont il se réclame car ce n’est pas justice sociale.

Allié à des socialistes, Macky Sall aura ainsi réussi la prouesse d’organiser le 62ieme congrès de l’internationale libérale, inscrire le manifeste de cette organisation dans les statuts de son parti, pour ensuite leur dire qu’il est un socio-libéral. Il sera soutenu dans cette option par le Président Ouattara également allié à des socialistes, malgré les corrections du Président de l’internationale libérale leur rappelant que leurs préoccupations sociales sont déjà prises en compte dans le libéralisme classique. Le coup de maître était déjà parti. En effet, le libéralisme classique soutient l’égalité des chances pour que chacun puisse réaliser son potentiel, et l’état a un rôle à jouer dans cet objectif. Un jour après, Macky Sall présentera son programme on ne peut plus socialiste et socialisant, le tout sous leadership d’état et du capital étranger pour lequel il œuvrera par la diplomatie pour obtenir une monnaie unique CEDEAO ou même Africaine qui ne sont pas souhaitables. Le Président Abdoulaye Wade avait donc raison de boycotter le congrès. Il nous faut prendre notre destin en main avec l’UEMOA ou seul (SENEXIT) si la Côte d’Ivoire préfère l’option socialiste, celle de la CEDEAO et de l’Afrique sans monnaie et fédéralisme africain à court terme. Notre option n’empêchera pas que nous travaillions à l’unité Africaine mais par la base car plus résiliente.

Librement

Dr Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa bopp Mënél Sa Bopp

SENEXIT : Emergence Libérale et Patriotique

Un des enjeux de la Présidentielle du 24 Février 2019 sera de savoir si les sénégalais auront le courage de prendre leur destin en main dans une perspective libérale et patriotique ou rester dans une UEMOA libérée de la France dans une perspective libérale internationalisée. Il est intéressant de ce point de vue qu’à la veille de la présidentielle, le congrès de l’internationale libérale se tienne au Sénégal, un pays congénitalement socialiste qui l’est resté dans son mode de gouvernance. Quoi de plus normal alors que le Président Macky Sall soit le candidat des socialistes du Sénégal. Dans ce double contexte, nous faisons cette contribution qui résume la rétrospective macroéconomique que nous venons de publier «Sénégal: Bilan Socialiste et Perspective Libérale Patriotique (www.cefdel.net)».

Le Sénégal est en principe dirigé par des libéraux depuis l’alternance politique de 2000, mais nous continuons de régresser dans l’indice de liberté économique du Heritage Foundation depuis 2000. Cet indice évalue l’état de droit qui protège la propriété privée, l’efficacité réglementaire qui facilite les affaires, la taille de l’état et le fardeau fiscal qui politisent l’allocation des ressources, et l’ouverture des marchés qui facilite les échanges et la concurrence. Nous occupons le 126ieme rang mondial sur 180 pays, soit une baisse de 6 rangs depuis 2012, et le 21ieme rang sur 47 pays en Afrique. La Cote d’Ivoire, plus libérale, occupe le 85ieme rang ayant gagné 41 places depuis 2012. Par contre, nous faisons partie des pays les plus libres du monde du point de vue des libertés démocratiques selon la Freedom House. Notre libéralisme semble donc s’être arrêté au niveau politique. Les pays ayant les meilleurs scores dans l’indice de liberté économique sont également les pays les plus riches du monde, y compris émergents. Cette corrélation devrait au moins nous amener à nous poser des questions sur nos options socialistes et socialisantes des 60 dernières années.

Dans le rapport que nous venons de publier, nous montrons que le bilan macroéconomique du septennat du Président Macky Sall a été socialiste avec des tensions de trésorerie en fin de mandat du fait de politiques redistributives insoutenables et un endettement extérieur qu’on aurait pu éviter. Les analyses de la croissance, des finances publiques, et de la monnaie, convergent toutes vers le rôle central que l’état et son budget ont joué au détriment du secteur privé durant la période 2012-2017. La croissance s’est tertiairisée par l’endettement public, socialisée par les réallocations budgétaires en faveur du secteur primaire et du social, et désindustrialisée par une substitution des travaux publics aux industries dans un contexte international favorable qui est en train de changer. Ce n’est que grâce à la revalorisation de notre PIB de 30% que les ratios de nos déficits budgétaires et de notre endettement se sont considérablement réduits en 2017.

Nous avons donc une nouvelle occasion de tourner le dos à notre socialisme congénital par une renaissance doctrinale. Nous avons effectivement essayé toutes les formules du leadership d’état pour réaliser notre développement dans un ensemble ouest africain que nous a imposé les termes de cette indépendance. Ces termes ont été la non disponibilité du taux de change pour absorber les chocs extérieurs et pour soutenir les actions d’un état entrepreneur et socialiste qui avait d’abord mené une politique d’industrialisation par le protectionnisme et la substitution aux importations. Cette gouvernance avait également été caractérisée par une culture de plans de développement par le budget et à travers lui l’aide et l’endettement extérieurs ou par le crédit dirigé à travers la banque centrale et les banques publiques ou privées. Ce modèle économique ne nous a jamais réussi. Le Président Diouf a réussi l’ajustement macroéconomique et structurel au prix de grands sacrifices sur le plan social. Ce régime qu’il a progressivement mis en place pouvait déjà être qualifié de libéral social ou de social libéral puisque de culture socialiste. Cette culture est celle d’un état qui n’est pas essentiellement confiné à planifier ses dépenses en termes de biens et services publics purs, qui suppléent aux défaillances du marché, et qui n’intervient qu’exceptionnellement en appui au secteur privé leader dans la découverte des voies de notre développement. Cette culture socialiste de planification du développement découle de notre dépendance vis-à-vis de bailleurs extérieurs d’où les groupes consultatifs que notre état centralisé doit convaincre de ses plans de transformation structurelle de nos économies, n’ayant pas les moyens de sa politique.

Le Président Wade a trouvé ce libéralisme social déjà en place et l’a poursuivi, utilisant les marges de manœuvre créées en 20 années d’ajustement pour réduire notre déficit en infrastructures. Il nous aura cependant démontré que le leadership d’état et la croissance par l’investissement public et l’endettement, surtout avec une monnaie forte et figée et une administration inefficace, n’étaient pas la voie. Le Président Macky Sall, héritier d’Abdoulaye Wade, a essentiellement poursuivi la politique de ce dernier tout en augmentant le rôle redistributif de l’état, notamment en ne répercutant pas totalement la baisse des prix des produits pétroliers à la pompe, et en continuant le même niveau d’investissement et de subventions en pourcentage du PIB, alors que son budget devait être en ajustement. Le PSE n’aura ainsi pas réussi à déclencher la transformation structurelle qu’il annonçait. L’accélération de la croissance n’aura été que grâce au rattrapage du secteur tertiaire de ses performances d’avant la crise de 2008-2009, et aux politiques redistributives dans l’agriculture.

Nous avons besoin d’une renaissance doctrinale au sommet de l’état. Cette renaissance doctrinale doit considérer le budget de l’état non pas comme un instrument de planification du développement ou de transformation structurelle de l’économie, mais un instrument de planification du financement des besoins en biens et services publics en appui aux dynamiques privées en cours objets de consensus locaux et multiples. Le Président Macky Sall a affirmé en conseil des ministres le rôle désormais moteur du secteur privé qu’il souhaitait dans la conception, le financement, et l’exécution des projets de la phase 2 du Plan Sénégal Emergent. Il est cependant toujours dans une logique de plan et de projets spécifiques pour une industrialisation par le secteur privé. C’est une approche socialisante.

La question centrale que les sénégalais doivent donc se poser dans cette perspective libérale socialisante annoncée est de savoir de quel secteur privé leader il s’agira, et comment ce dernier va financer son nouveau leadership. Par ailleurs, dans la mesure où l’absence du taux de change propre comme amortisseur de chocs a été une des causes de nos échecs des 60 dernières années, nous devons décider dans quel cadre cette nouvelle voie vers le libéralisme sera empruntée. Ce cadre doit-il être celui des ensembles sous-régionaux de l’UEMOA et de la CEDEAO sans instrument de change propre au Sénégal, ou dans le cadre d’un Sénégal économiquement souverain et pour quelles raisons ? Là est l’enjeu politique majeur des élections présidentielles de 2019 au Sénégal. La contrainte d’absence d’instrument monétaire au service du budget au niveau sous-régional ne sera pas un handicap en autant que les citoyens (de l’UEMOA ou de la CEDEAO) soient inclus financièrement et en mesure de financer leurs propres plans. A défaut, nous aurons créé les conditions dans l’UEMOA ou la CEDEAO de la prise en main par des capitaux essentiellement étrangers de nos économies, le secteur privé national n’ayant pas les moyens de financer ses projets. La question de savoir de quel secteur privé leader il s’agira dans la perspective libérale trouverait ainsi sa réponse.

De ce fait, si l’inclusion financière des citoyens ne peut pas être réalisée à court terme, le rôle de l’état pour faciliter le financement du secteur privé national leader par le secteur financier national et international en complément sera nécessaire. Dans ce cas, une politique monétaire autonome et de change flexible et sénégalaise propre serait utile. Elle serait utile pour que nous puissions réussir notre transition maitrisée vers le libéralisme et éviter les échecs de nos 60 dernières années de culture de plans sans l’exutoire du taux de change pour corriger nos erreurs de choix économiques et absorber nos chocs extérieurs propres. Nous aurons ainsi fait l’option d’un libéralisme patriotique et souverain qui préserve les intérêts des communautés locales par opposition à un libéralisme internationalisé qui pourrait entrainer une oligopolisation du capital par ceux étrangers. Nous aurions également tourné le dos au libéralisme social ou socialisme tout court qui est plus sélectif et moins neutre car centralisé dans les choix de secteurs économiques à développer. La décentralisation et la multiplicité de plans locaux de développement mettant en partenariat les élus locaux et leur secteur privé local aurait plus de chances de réussir dans cette dernière option y compris dans ses politiques sociales. Le groupe consultatif de Paris aurait ainsi dû être des groupes consultatifs locaux.

Enfin, si nous craignons que la politique politicienne prenne le dessus sur une gestion rigoureuse d’une monnaie nationale, alors il serait préférable d’emprunter notre chemin vers le libéralisme dans l’UEMOA où nous avons des solidarités institutionnelles établies. Cet ensemble sera plus gérable dans la perspective d’une concurrence dans une CEDEAO libéralisée avec le Nigéria disposant de son autonomie monétaire, ainsi qu’avec le Ghana disposant des mêmes leviers. Il faudra cependant que les deux locomotives de l’UEMOA que sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal s’engagent dans cette voie du libéralisme. La gouvernance de la banque centrale serait réformée pour qu’elle soit davantage responsabilisée avec un collège de gouverneurs et une autonomie d’objectif sur un taux de change flexible. La France ne garantira plus le taux de change de notre monnaie qui n’aura plus d’ancrage prédéterminé comme nous l’avons défendu dans une précédente contribution «Macky Sall, le Libéralisme, et la BCEAO». Dans ce contexte, notre monnaie pourra être progressivement convertible au sens que les résidents et non-résidents pourront librement acheter et vendre la monnaie nationale sur le marché pour des biens, services, ou actifs financiers. Ceci facilitera notre endettement en monnaie locale en évitant aux investisseurs une dévaluation surprise. Nous l’avons également expliqué dans notre contribution «Eurobonds, la Côte d’Ivoire et le Sénégal au secours de la BCEAO et des Banques».

Une monnaie flexible plus faible (Sénégal ou UEMOA) permettrait aussi de réduire nos tarifs douaniers sans affecter nos recettes nominales et notre protection extérieure. Les activistes anti APE et libéralisation du commerce y verront une neutralité budgétaire. Il s’agira de réduire la composante taxe des prix, formaliser l’économie sénégalaise, réduire la corruption, et stimuler l’investissement privé. Un état essentiellement orienté vers la fourniture décentralisée de services publics de qualité avec des taux d’imposition faibles et consentis fera moins l’objet de convoitises corruptrices au niveau central. Il sera également plus à même d’instaurer au niveau décentralisé une culture de performance et de résultats directement contrôlables, mesurables et comparables entre localités. Un pouvoir d’achat plus important du privé dans une monnaie plus faible et flexible augmentera la demande privée pour des produits locaux sans forcer le consommer local face à la concurrence étrangère. Une flexibilité du taux de change par une monnaie plus faible dans notre économie de rente actuelle pourra palier au coût élevé des salaires vis-à-vis de l’extérieur et promouvoir le développement d’activités nouvelles et compétitives. Des améliorations dans tous ces aspects nous donneront un indice de liberté économique plus favorable à la croissance.

Nous invitons la classe politique sénégalaise à opter pour un Sénégal de liberté économique. Nous ne sommes pas obligés de perdre le temps que les pays autrefois communistes ou socialistes ont perdu avec des zones économiques spéciales ou vont perdre dans leur marche progressive vers la libéralisation de leurs économies, la démocratie, et la responsabilisation des citoyens. Cette liberté économique, si elle doit être patriotique, nécessitera que nous sortions de l’UEMOA (SENEXIT) à moins que cette dernière n’épouse elle-même la liberté économique avec une monnaie flexible. La Côte d’Ivoire pourrait y être ouverte au vu de ses progrès dans l’indice de liberté économique. Une autonomie monétaire nationale ne nous sera cependant pas aussi utile si l’utilisation que nous voulons en faire est de perpétuer notre socialisme congénital par le financement monétaire de plans de développement. Dans ce dernier cas, une autonomie monétaire au niveau de l’UEMOA seulement serait alors préférable.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Abdoul Mbaye Dilemme sur le Bilan Socialiste Partagé

La réalité de la gestion d’un pays peut mettre à nu au grand jour l’inadéquation des visions présentées avec sincérité par des personnalités politiques aspirant à diriger notre pays. Peu sont les hommes politiques qui accepteraient de s’être trompés pour justifier une seconde chance que pourrait mériter Abdoul Mbaye. La vision qui sous-tend ses propositions est celle de Yonu Yokuté abandonnée car inadaptée au contexte et théorisée par Macky Sall au contact de l’extrême pauvreté lors de ses tournées dans les profondeurs du Sénégal. Cette vision se résumait ainsi: «Un Sénégal où les injustices et inégalités sociales sont réduites au minimum» comme base de l’émergence et d’une croissance forte. Abdoul Mbaye en réaffirmant la justesse de cette vision pour honorer sa parole donnée aux sénégalais s’est enfermé dans un dilemme face à l’échec constaté de cette vision dans un contexte de pauvreté généralisée sans ressources centrales à redistribuer y compris dans l’agriculture. Cette situation l’oblige à théoriser un développement par la base sans modèle de financement local adapté face à la pauvreté des populations locales. Macky Sall en nous donnant rendez-vous en 2019 pour évaluer son bilan a préféré renier la parole donnée pour être jugé aux résultats qu’il espérait bons après avoir essayé plusieurs visions. Il a donc correctement appliqué l’éthique de la responsabilité et sera jugé.

Abdoul Mbaye aura donc été rigidement fidèle à sa déclaration de politique générale dans son discours programme et dont le principal axe stratégique que nous résumions ainsi qui suit en 2012 n’a pas changé: «La décentralisation et la territorialisation des politiques comme moyens de réaliser la bonne gouvernance démocratique et le développement économique et social». Nous invitions alors le gouvernement à réaliser cette vision stratégique en adhérant aux valeurs d’autonomie et de liberté ce qui devait revenir à territorialiser la définition même des politiques publiques et à revoir notre architecture institutionnelle sur cette base. Abdoul Mbaye nous retrouve donc sur ce terrain dans son discours programme. Le développement à la base se heurte cependant à la nécessité d’un modèle d’autofinancement local adapté. C’est ce qui explique l’absence criard de détails sur la question dans le discours d’Abdoul Mbaye malgré ses propositions intéressantes et détaillées notamment sur l’artisanat et la décentralisation sous leadership d’état.

Abdoul Mbaye semble donc nous proposer de poursuivre la mise en œuvre de sa déclaration de politique générale prématurément interrompue tout en conservant la vision qui la sous-tendait et qui a produit des échecs constatés. Cette déclaration essayait de faire la synthèse de la vision socialiste des assises nationales et de celle du programme Yonu Yokuté. Puisque les contraintes macroéconomiques et budgétaires ne permettaient pas une politique d’émergence par la redistribution et la prise en charge des mondes rural et urbain dans l’extrême pauvreté, Abdoul Mbaye avait entamé à juste titre le processus d’ajustement des dérapages budgétaires du régime d’Abdoulaye Wade. Contrarié, le Président Macky Sall avait mis Aminata Touré en scelle et dont la déclaration de politique générale était la meilleure traduction possible des aspirations socialistes et redistributives du Président Macky Sall sous contrainte budgétaire. Nous disions alors sur cette déclaration que «son volet économique était le plus faible en substance». Le Président Macky Sall devant l’évidence de la nécessité de créer de la richesse a travaillé à remplacer son Premier Ministre avec une vision essentiellement économique de transformation structurelle sous le leadership de l’Etat tout en continuant son penchant social (le PSE). Il le fera principalement par l’interventionnisme d’état dans l’agriculture, le financement de grands travaux par l’endettement, les impôts sur les produits pétroliers dont les prix devaient baisser pour financer des programmes sociaux. Du fait de l’accélération de l’endettement, de la remontée des cours du pétrole, il se rendra rapidement compte que cette croissance ne sera pas durable, ses partenaires internationaux ayant sonné l’alerte.

Le Président Macky Sall se sera donc trompé trois fois de vision avant de nous proposer une quatrième vision plus libérale allant dans le bon sens par nécessité, face aux limites de l’endettement public et du leadership d’état. Il s’agit d’un «Sénégal sans exclusion où tous les citoyens bénéficient des mêmes chances et des mêmes opportunités pour réaliser leur potentiel et prendre en main leur destin». L’état ne pouvant pas tout faire, cette vision a été baptisée «un Sénégal de tous et un Sénégal pour tous» qui sera nécessairement limité dans ce qu’il pourra faire. L’Etat a de ce fait appelé le secteur privé à «piloter, financer, et exécuter » les projets de la phase 2 du PSE. Les citoyens devront donc prendre leur destin en main. Abdoul Mbaye nous dit la même chose en écrivant concernant le financement de ses propositions que « sans risque de caricature, deux constats s’imposent : L’Etat ne peut plus ou l’Etat ne peut plus tout seul». De ce fait, il nous propose les partenariats publics-privés dont le financement ne permettra pas de financer en même temps ses politiques redistributives d’envergure. Ceci l’inscrit résolument dans la même perspective libérale que Macky Sall pour sa liste de projets pouvant faire l’objet de partenariats publics-privés.

Malheureusement, cette vision de responsabilisation du citoyen ne produira pas non plus son potentiel pour plusieurs raisons que nous avons déjà évoquées dans nos précédentes contributions. Il s’agit, d’une part, de l’absence d’un système financier et monétaire adéquat qui permettrait aux citoyens de réaliser leurs propres plans, et d’autre part, du leadership d’un état central défaillant et capturé par des lobbys qui produira davantage d’injustices sociales. La perspective d’une décentralisation plus approfondie pour améliorer les services publics face à une administration centrale inefficiente et inefficace, et d’une réforme monétaire et financière qui semblent maintenant faire l’unanimité, permettraient de pallier ces faiblesses.

Cependant, lorsque Macky Sall ne veut pas nous parler de réforme monétaire, Abdoul Mbaye s’écarte de lui lorsqu’il nous dit «qu’il ne peut être envisageable de parler d’économie et de prix sans évoquer la monnaie par laquelle elle s’exprime». Son souci du détail disparait alors  soudainement. Il nous propose une monnaie forte, la renégociation de la garantie de la convertibilité de notre monnaie, et la réforme de la gouvernance de la BCEAO, sans plus. Ces positions qui sonnent comme celles de Dominique Strauss-Kahn sont incompatibles avec le développement endogène de l’artisanat par le leadership du secteur privé lui-même ou de l’état qu’il a bien développé dans son programme. Notre monnaie n’a pas besoin de garantie de convertibilité et sa compatibilité avec les fondements internes et externes ne rime pas nécessairement avec stabilité. Abdoul Mbaye aura donc fait le choix du statu quo au même titre que Macky Sall. Il ne pourra donc réussir dans sa somme toute bonne option stratégique de soutien de l’artisanat pour réaliser la transformation structurelle de l’économie sénégalaise,  et dans sa stratégie de financement de grands travaux à haute intensité de main d’œuvre pour la jeunesse. Le besoin en devises pour financer la fuite anticipée en importations de ces injections de liquidités serait une dilapidation de nos ressources pétrolières et gazières en perspective.

Nous répétons donc à Abdoul Mbaye ce que nous lui disions en 2012: «Tant que nos gouvernants n’auront pas le courage de regarder l’autre face de la pièce de politique économique qu’est la monnaie, nous répéterons sans cesse l’histoire: expansion budgétaire et quasi-budgétaire, endettement, ajustement, annonce de réformes structurelles sans résultats pendant que le monde avance. Nos économies rurales de subsistance et urbaines peu monétisées ne peuvent être compétitives sans une politique monétaire, de crédit, et de change d’accompagnement adéquate».

Nous réitérons également notre point de vue sur la dernière déclaration de politique générale du Premier Ministre Dionne soutenant qu’il restait: «deux éléments fondamentaux au peuple sénégalais s’il veut démontrer le courage de se développer et prendre son destin en main: (i) une autonomie monétaire sénégalaise dans le sens d’un Brexit si la gouvernance de la BCEAO n’est pas réformée et (ii) une décentralisation autonomisante et responsabilisante dans le cadre de pôles régionaux ayant comme ancrage la dynamique d’urbanisation dans leurs périmètres respectifs.

Ces deux conditions sont compatibles avec l’appel d’Abdoul Mbaye pour une «réactivation de notre sentiment d’identité nationale et en cimentant notre partage d’un destin commun…Une route où le travail sera érigé au rang de priorité et d’institution capable de conférer ou de restaurer chez l’individu son être social, lui donner des raisons de croire en lui, en sa communauté, en son pays ». Apart l’accent mis sur l’individu, cet appel correspond à celui d’Ousmane Sonko.

Dans cette perspective, Abdoul Mbaye, tout comme Ousmane Sonko nous l’avons dit, a certainement un rôle à jouer s’il accepte par l’éthique de responsabilité que la vision socialiste d’origine du programme Yonu Yokuté, de façon générale, est inadaptée au contexte. C’est vrai, les inégalités et injustices sociales doivent être au centre de nos préoccupations dans les limites des possibilités de l’état, mais la libre solidarité légendaire, locale et communautaire des sénégalais dans une économie décentralisée qui fonctionne sera le meilleur remède. L’état a effectivement atteint ses limites.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Ousmane SONKO et le Socialisme Congénital Sénégalais

Ousmane SONKO que nous remercions de nous avoir invité à la cérémonie de lancement de son livre «solutions» et lors de laquelle il a invoqué notre contribution démontrant que Macky SALL a décidé d’opérer un virement vers davantage de libéralisme, est à féliciter. Il est à féliciter pour avoir produit un livre exposant en un chapitre introductif de cinq pages sa vision socialiste et nationaliste qui compte sur un état suffisamment financé, y compris par la monnaie, pour réaliser notre émergence. Par le patriotisme, le travail, et l’éthique, il nous promet sous le leadership d’un état vertueux, non dépendant de l’extérieur, de réaliser notre progrès social dans un nouveau contrat national. Par le collectivisme qui prend le dessus sur l’individu et la communauté dans un état fédérateur et non fédéré qui sera nécessairement centralisé et déconcentré, SONKO nous promet un «Sénégal de tous et un Sénégal pour tous» que Macky Sall semble progressivement abandonner.  Président de la République, il fera mieux que ses prédécesseurs avec une utilisation responsable du taux de change de notre monnaie auquel il osera toucher ou faire toucher s’il peut, mais il vous propose de croire en nous «Gueum Sougnou Bopp»  mais pas essentiellement en vous-mêmes «Gueum Sen Bopp». De ce point de vue, il vous propose de changer les acteurs du système et un élément essentiel du système, la monnaie, mais pas le système qui est le socialisme congénital sénégalais. La solution pour SONKO n’est pas en vous mais en nous, la nation.

Nous disions dans notre contribution précédente que Macky SALL après avoir constaté les échecs du socialisme auquel il a cru comme tous ses prédécesseurs pendant tout son mandat, c’est-à-dire le leadership d’état dans la résolution de vos problèmes, est en train de changer de cap vers le libéralisme par nécessité pour responsabiliser le secteur privé, l’endettement d’état ayant atteint ses limites.  Malheureusement, il n’en a pas les outils et compte sur la banque centrale et le financement extérieur pour permettre au secteur privé de «piloter, financer, et exécuter» la phase 2 du PSE.  Dans le cadre actuel de notre régime de change, cette option ne produira pas de résultats nous l’avons expliqué à cause de la fuite anticipée en importations des liquidités injectées. C’est de ce point de vue que SONKO aurait mieux réussi, mais dans la méthode, il vous propose la même chose. Régler vos problèmes à votre place de façon participative.

Il est vrai que croire en soi-même n’est pas suffisant, encore faudrait-il avoir les moyens de traduire en actions concrètes la notion de «Gueum Sa Bopp». Nous disons depuis 2011 «Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp» qui permet d’opérationnaliser le «Gueum Sa Bopp» au-delà du «Gueum Sougnou Bopp» ou l’indépendance au niveau national. Il se peut bien que les Sénégalais préfèrent comme nous le disions au sortir des législatives de 2017 dans une contribution intitulée «Leçons d’un Scrutin»  aller à l’émergence sous l’aile protectrice de leur état et de leur classe politique traditionnelle. Prendre leur destin «commun» en main mais pas leur destin «individuel et communautaire» en main. Dans ce cas, vous avez votre Président SONKO si la contrainte de financement de son état fédérateur vertueux est levée.

Malheureusement je ne pense pas que ce sera le cas s’il est élu.  Comme tous ses prédécesseurs avant lui, l’état central d’un peuple n’ayant pas les moyens de le financer ne pourra compter que sur l’extérieur pour combler le déficit de financement de ses promesses. Les niches fiscales ne suffiront pas car l’équilibre macroéconomique actuel de taxation effectivement faible et moins élargie conditionne en partie les performances des secteurs formel et informel. Le gouvernement de Macky SALL n’a pas pu réaliser les performances fiscales proclamées à chaque loi de finance, parce que c’est concrètement difficile même avec une vertu améliorée car notre problème n’est pas fondamentalement la corruption.  Le renforcement des prérogatives de l’état signifiera nécessairement plus d’impôts à moins que les ressources pétrolières et gazières à venir soient utilisées pour renforcer un état socialiste et nationaliste.

SONKO vous aura donc averti en ces termes: «Nous devons dire, d’emblée, que le rôle de l’Etat sera important dans la réalisation de notre vision et de notre modèle. La fonction économique de l’Etat va au-delà de celle d’une institution utilisée simplement au service des politiques sociales et de la redistribution. L’Etat ici est l’incontournable outil de restructuration…Son intervention doit être séléctive, stratégique et complémentaire du marché….ni-néolibéral, ni interventionniste traditionnel, mais démocratique et participatif» nous dit-il. Peut être qu’il sera libéral social, nous verrons.

En ce qui concerne Macky SALL, s’il est prêt à toucher ou faire toucher s’il peut le taux de change, son option indirectement socialiste mais davantage libérale d’appuyer le secteur privé leader de l’émergence réussira mieux dans un deuxième mandat que dans le mandat précédent. Il vous propose aussi en perspective de la phase 2 du PSE «un état interventionniste démocratique et participatif».  Vous pourrez lui rétorquer que c’est trop tard. La différence étant que SONKO est vierge et vous promet la vertu dans la mise en œuvre de ce que Macky SALL vient de commencer avec la déconcentration de l’état, la mise en place de pôle régionaux qui détermineraient à travers le secteur privé local les voies sélectionnées.  Dans les deux cas, les Sénégalais auront choisi le leadership d’état ou le leadership d’un secteur privé national et local appuyés. Il s’agit du paradigme «Doomed to Choose » ou «Condamné à choisir » une voie que nous avons expliqué dans notre commentaire de la première déclaration de politique générale du Premier Ministre Dionne, contribution intitulée «La vision du PSE est-elle adaptée au contexte».

Nous exhortons notre ami Ousmane SONKO à revisiter son analyse de l’apport de la liberté individuelle et collective locale dans la réalisation de la responsabilisation des sénégalais pour leur développement avec l’accompagnement de l’état. Il ne s’agira pas comme il le dit «d’une obligation de renonciation à l’intérêt individuel lorsqu’il est en contradiction avec l’intérêt général». L’intérêt individuel et collectif local dans un état correctement décentralisé en pôles régionaux autonomes, mène vers l’intérêt collectif global par la libre solidarité nationale de pôles autonomes. Ceci parce que l’intérêt individuel dans ce contexte permet une solidarité nationale libre et consensuelle dictée par la liberté de l’individu de vivre dans la localité qui lui plait.  Ce serait le cas dans l’état fédéral de Cheikh Anta Diop. Le comportement du plus grand nombre au niveau communautaire où les individualismes bâtissent des consensus libres «sécrètent» effectivement le bonheur collectif local et non le contraire.  L’intérêt général par le déni de la liberté individuelle dans un état socialiste centralisé nationaliste n’ayant pas les moyens de sa politique pousse à l’endettement extérieur, la nécessité d’externaliser la responsabilité de la gestion monétaire pour éviter une inflation inutile, et à l’émigration dont le nombre de sénégalais vivant à l’extérieur est la démonstration.

Le changement se fait effectivement avec du neuf.  Le système qu’il faut donc changer ne se résume pas aux hommes qui l’animent mais le système lui-même. Le système de gouvernance du Sénégal est congénitalement socialiste et les causes produiront toujours les mêmes effets. Le centralisme d’état favorise la corruption pour capturer les ressources communes par des lobbys (champions nationaux) ou étrangers.

Nous devons construire une société libre, responsable, démocratique, et ouverte sur le monde qui peut produire une substitution aux importations et promouvoir les exportations sans forcer le consommer local. Ceci passera par l’inclusion financière de toute la population pour leur permettre de financer leurs propres plans y compris d’industrialisation pour vendre à une clientèle essentiellement libre utilisant une monnaie libérée.  Cela n’empêchera pas comme nous l’avons dit un accompagnement de l’état pour pallier les défaillances du marché et fournir des services publics de qualité (éducation, santé, assainissement, protection sociale, infrastructures de base et d’appui au secteur privé).  L’option de SONKO vers une décentralisation poussée mais non assumée permettant de découvrir ces défaillances et ces besoins va ainsi dans le bon sens dans la mesure où l’impôt orienté vers des services publics de qualité améliore la compétitivité. Le Président SONKO devra donc revoir la gouvernance des services publics avant de lever davantage d’impôts comme il l’a démontré dans la meilleure section de son livre relative à la fiscalité. Ce n’est pas encore le cas au Sénégal et SONKO a certainement un rôle à jouer dans cette perspective n’étant pas moins méritant que ses anciens collègues aux commandes.

Librement

 

Dr Abdourahmane SARR

Président du CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp 

Macky Sall, le Libéralisme, et la BCEAO

Le Président Macky Sall poursuit l’inclinaison libérale de sa politique en fin de mandat et en perspective de la Présidentielle. Que ses alliés ou l’opinion publique le sachent ou non, cette option devient de plus en plus claire.  Son opposition peut se saisir du socialisme, libéralisme social ou socio-libéralisme qui perdent du terrain dans sa mutation ou comme nous le disions dans notre précédente contribution (Macky et Wade à la Croisée des Chemins) s’allier ou s’opposer à lui sur ce même registre du libéralisme. S’opposer ou s’allier sur ce même registre, car les alternatives ci-dessus mentionnées ont toutes déjà été essayées par tous les régimes y compris le sien lors de son premier mandat sans succès et avec comme résultat l’endettement et la vulnérabilité extérieurs qu’on a que trop bien connus dans les années 80-90.

La BCEAO, élément central qui accommode, accompagne, ou contrarie ces options stratégiques n’est malheureusement pas suivie et comprise par la classe politique et l’opinion. Elle a accompagné le financement indirect de nos déficits budgétaires avec une croissance par l’endettement sans progrès social significatif et avait entrainé le secteur bancaire dans cette option à travers le refinancement de leurs souscriptions aux titres d’états.  Elle est elle-même en train d’opérer la même mutation (nous y reviendrons) pour accompagner la nouvelle option libérale prise par les deux locomotives de l’UEMOA que sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal.  Cette mutation est imposée par l’atteinte des limites du financement du leadership d’état de nos ambitions d’émergence, ce qui fait que des solutions au financement du secteur privé national et local, particulièrement des PMEs, sont devenues nécessaires.

En effet, dans le sillage de la dernière déclaration de politique générale du Premier Ministre, Macky Sall poursuit son changement de cap vers davantage de libéralisme et le confirme avec force dans le communiqué du conseil des ministres du 12 septembre 2018 en disant : «Le Président de la République insiste sur l’impératif stratégique de renforcer le rôle moteur et la place centrale du secteur privé, notamment local, dans le pilotage, le financement et l’exécution effective des projets et réformes du PSE ».

Auparavant, lors du Forum sur la réforme de l’administration en 2016, il mettait en avant son socio-libéralisme ou socialisme tout court, en interpellant son auditoire en ces termes : « On dit, avec raison d’ailleurs, que l’administration est le point cardinal de toutes les politiques de développement. Celui duquel partent toutes les dynamiques et celui vers lequel évidemment elles aboutissent…il me faut rappeler que le PSE a pour ambition de promouvoir une croissance économique forte et inclusive par une meilleure répartition des richesses nationales et une plus grande protection des couches vulnérables…S’adapter pour être une Administration de développement afin de mieux assumer son rôle de locomotive, vecteur de compétitivité et de performance ».

Le Président Macky Sall a donc changé de conviction par rapport au moteur de l’émergence. Nous disions déjà en 2014 suite à la première déclaration de politique générale du Premier Ministre Dionne que: «la transformation structurelle de l’économie sénégalaise ne se fera pas sous le leadership et l’impulsion de l’Etat mais bien celui du secteur privé national appuyé ».  Comment appuyer le secteur privé dans un système monétaire et financier où ni les banques, ni l’état n’ont les moyens de cet appui ? c’est l’extérieur avec l’endettement que cela induit (d’où les groupes consultatifs et les émissions d’eurobonds) et/ou c’est la BCEAO dans les contraintes actuelles de son régime de change où tout argent injecté à une forte chance de se retrouver en importations sans impacter le bien-être général.

Les émissions d’eurobonds du Sénégal et de la Côte d’Ivoire comme nous l’avions dit sont venues au « secours de la BCEAO et des banques » car elles ont permis de renflouer les réserves de change perdues par le BCEAO du fait de sa politique de financement indirect des états et la dépense des FCFA correspondants par les états est entrain de permettre aux banques de reconstituer leur liquidité propre. Dans ce contexte, l’endettement extérieur du Sénégal et de la Côte d’Ivoire va devoir se poursuivre jusqu’à ce que les réserves de la BCEAO et la liquidité propre des banques comme en 2010-2011 soient complétement reconstituées à leurs bons niveaux.  Il se posera alors la question de savoir comment financer l’économie si les banques n’ont pas l’intention de donner cette liquidité excédentaire aux PMEs du fait de contraintes objectives de risque de non remboursement effectivement constaté?

La BCEAO dans son activisme habituel et en réponse aux injonctions des états vient de créer un guichet de refinancement des crédits bancaires aux PMEs.  Comme pour le refinancement des titres d’états qui eux au moins seront toujours remboursés, ce financement des PMEs va également alimenter les importations et à terme des pertes de réserves de change et des crédits non performants dans le bilan de la banque centrale. Cette situation sera accompagnée d’une vulnérabilité extérieure de l’union car ce sont nos états qui auront financé cette option en donnant à la BCEAO les réserves de change nécessaires au financement de cette option et en entrainant une nouvelle fois les banques dans cet activisme socialiste.

Nous affirmons avec force que la BCEAO ne doit pas accompagner cette option stratégique dans son cadre institutionnel actuel.  Il lui faut d’abord une autonomie d’objectif sur le taux de change du FCFA qu’elle n’utilisera pas comme instrument de dévaluation compétitive mais comme instrument devant nous éviter des importations inutiles tout en garantissant la stabilité des prix. Dans ce cadre institutionnel nouveau, elle accompagnera la diversification progressive de nos économies et leur industrialisation. Le risque de crédits PMEs non performants sera réduit et pris en charge par les banques elles-mêmes et/ou les états par leurs propres mécanismes de garantie. C’est ça la responsabilité.

A défaut, nous exhortons les membres du comité de politique monétaire de la BCEAO et Monsieur le Gouverneur de méditer les lignes qui suivent. Vous savez que les banques avaient en 2010-2011 de la liquidité bien au-delà des réserves obligatoires exigées et ne les prêtaient pas aux PMEs. Vous aviez l’option d’éponger cette liquidité avec des titres BCEAO ce qui vous aurait couté de l’argent et affecté vos revenus nets mais au moins vous auriez un peu plus d’influence sur les taux d’intérêt du marché comme vous le souhaitez.

Vous avez opté plutôt de laisser les banques prêter cet argent aux états pour ensuite les refinancer ce qui leur a permis de toujours garder de la liquidité au-delà du nécessaire chez vous mais cette fois-ci rémunérée.  Du fait de réserves de change perdues à cause de cette politique, vous avez réduit le volume de votre refinancement ce qui a crée en partie des tensions de liquidité sur le marché et les états sont venus à la rescousse en empruntant massivement à l’extérieur.  Ces emprunts en injectant de la liquidité sur le marché sont entrain de baisser les taux d’intérêt à vos adjudications en réduisant les besoins qu’avaient les banques à vos guichets.

Dans le même temps vous nous annoncez des taux directeurs de 2.50 minimum et 4.50 maximum à vos adjudications hebdomadaires de liquidité qui ne correspondent pas aux taux du marché monétaire libre qui sont au-dessus de vos taux car votre guichet marginal à taux 4.50 n’est pas automatique d’accès en dernier recours.  Même les taux que vous annoncez guider hebdomadairement montent et descendent en moyenne (4.10, 4.50, 3.77, 2.95 en 2018) de manière trop significative d’un trimestre à l’autre au gré de facteurs que vous ne maitrisez pas.  Vous ne contrôlez en réalité que votre volume de refinancement hebdomadaire qui suit la demande non maîtrisée des banques et bientôt les banques n’en auront presque plus besoin comme en 2010-2011.  A ce moment-là, vous devrez à défaut de déstabiliser le marché à nouveau vous en arrêter à presque un rôle de caisse d’émission que vous ne voulez pas accepter.

Il y a mieux à faire, mais malheureusement, cela relève du pouvoir politique. Le libéralisme est effectivement ce qu’il nous faut, mais il doit s’accompagner de la libération du FCFA et du libéralisme du pouvoir politique que nous n’avons jamais connu et qui semble enclenché par nécessité. Pour une fois, anticipons avec vision plutôt que de corriger après erreur comme nous l’avons fait de 1975 à 2017.

 

Librement

 

Dr. Abdourahmane SARR

Président du CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

La BCEAO et le Sénégal : Contrastes entre Communiqués et Réalité

La dichotomie entre les actions menées par la BCEAO derrière ses murs pour être cohérente avec l’environnement économique et institutionnel dans lequel elle évolue et le contenu de ses communiqués continue de persister.
En effet, comme ce sera le cas pour encore longtemps, les communiqués du comité de politique monétaire comme celui de juin 2018 annonceront un statu quo sur ce que la BCEAO considère comme ses instruments de politique monétaire, à savoir ses taux d’intérêt directeurs et son taux de réserves obligatoires. Nous avons déjà expliqué dans nos précédentes contributions l’impertinence de ces deux instruments pour la politique que peut mener la BCEAO. Le taux de réserves obligatoires n’est actuellement pas contraignant pour les banques dans leur ensemble et les taux d’intérêt directeurs de la BCEAO ne déterminent pas les taux du marché monétaire. Ces derniers sont bien au-dessus du taux de son guichet de prêt marginal qui ne fonctionne pas comme un guichet de dernier recours plafond du marché, son accès étant limité.

Par contre, l’action pertinente que la BCEAO est actuellement en train de mener et qu’elle ne résume pas dans son principal communiqué est la réduction relative de son offre de refinancement aux banques par rapport à leur demande pour atteindre la principale cible que lui impose son cadre institutionnel–reconstituer un niveau de réserves de change adéquat. La réduction relative de son offre de refinancement pour renverser la dynamique de financement des pertes de réserves de change qu’elle a subies de son fait a un impact sur la liquidité disponible des banques et sur leur participation au marché des titres d’états et aux crédits à l’économie. Grâce aux deux locomotives de l’UEMOA, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, qui ont considérablement réduit leurs émissions nettes de dettes sur le marché régional au profit des marchés internationaux, les banques arrivent à supporter la réduction du soutien de la BCEAO, financer le secteur privé, et accommoder la politique de reconstitution des réserves de change qui sont en hausse.

Cette dynamique est tributaire des stratégies d’endettement du Sénégal et de la Côte d’Ivoire qui vont devoir maintenir leurs présences sur les marchés internationaux jusqu’à ce que leurs déficits budgétaires soient considérablement réduits. Le Sénégal ayant été sur le marché international bien au-delà de ses besoins annoncés de financement hors UEMOA de l’année 2018, et voulant économiser une partie de cette émission pour l’année 2019 comme recommandé par le FMI, et voulant en même temps éviter d’émettre sur le marché régional comme prévu, se retrouve avec des tensions de trésorerie dans l’exécution de son budget 2018. Cette réalité s’ajoute à l’impact de la hausse des prix des produits pétroliers qui a réduit la manne financière que l’état collectait sur le dos des citoyens depuis 3 ans n’ayant répercuté que partiellement la baisse des prix internationaux des produits pétroliers en 2014-2016. Comme nous le signalions en 2016 déjà, c’est cette manne artificielle qui a disparu plutôt qu’une subvention que l’état serait en train de consentir en ne répercutant pas la hausse récente des prix internationaux sur le contribuable. Augmenter les prix serait une taxe supplémentaire pour soutenir des dépenses trop élevées.

Il va falloir avec une loi de finance rectificative choisir entre réduire les investissements ou laisser filer le déficit en utilisant la manne financière disponible ou émettre sur le marché régional au détriment du secteur privé et de la cible prévue de contribution aux réserves de change de la BCEAO. Cette dernière est en partie à l’origine de ces difficultés du fait de sa politique des 4 dernières années qui a mal utilisé nos marges de manœuvre mais ne subit aucune des conséquences de l’ajustement nécessaire. Ce n’est pas non plus de sa faute car on lui a demandé, ou elle a décidé par erreur de soutenir une politique macroéconomique qui est incompatible avec le régime du FCFA. Elle se doit de le dire au minimum dans ses communiqués pour soutenir les changements nécessaires qui semblent maintenant faire consensus.

Dr. Abdourahmane SARR 
Président CEFDEL/MRLD      

 

Franc CFA : Carlos Lopes et Abdourahmane Sarr réagissent aux propositions de DSK

Le Bissau-guinéen Carlos Lopes, ancien secrétaire de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, et le Sénégalais Abdourahmane Sarr, ancien du FMI, réagissent pour Jeune Afrique aux propositions de Dominique Strauss-Khan sur la réforme du franc CFA.

Le 13 avril, Dominique Strauss-Kahn a publié une note dans laquelle il avance plusieurs propositions de réforme de la zone CFA. Parmi les pistes proposées par l’ancien directeur général du FMI, la réattribution des sièges de la France au sein des instances des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants, l’ancrage à un panier de monnaie plutôt qu’à l’euro, une meilleure coordination économique des économies de la région et un processus d’élargissement de l’Uemoa, notamment au Ghana.

Carlos Lopes : politique monétaire et convergence 

Pour Carlos Lopes, l’ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique entre 2012 et 2016, les débats sur le franc CFA étaient jusqu’ici très « polarisés »  entre les camps du maintient et ceux favorable à sa « suppression ».

« L’appropriation par la rue de cette question », et la montée d’une vision « populiste » parfois « faussée », a obligé ces deux positions opposées « à réfléchir sur des propositions de réforme », l’évolution du système devenant nécessaire, estime Carlos Lopes, qui enseigne désormais l’économie à l’université du Cap.

Les propositions récentes de Dominique Strauss-Kahn sont significatives, car elles émanent de quelqu’un qui était au cœur du dispositif lors de son passage au ministère français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie entre 1997 et 1999. Pour Lopes, elles témoignent donc d’une évolution du consensus sur ces questions.

Selon l’économiste Bissau-guinéen, une éventuelle réforme de la zone CFA doit intégrer trois composantes essentielles.

La première est celle de la monnaie de référence. Comme l’Europe n’est plus le principal partenaire commercial des zones BCEAO et BEAC, « l’ancrage du franc CFA devrait évoluer vers un panier de devise, reflétant davantage des échanges internationaux de la région, et notamment le poids accru de la Chine ».

IL N’Y A PAS, VÉRITABLEMENT, DE POLITIQUE MONÉTAIRE

Second « point important » : « la convergence économique », explique Carlos Lopes. Les critères de convergence sont différents entre les différentes organisations régionales – à l’image, par exemple, de l’Uemoa, de la Cedeao et de la Zmoa en Afrique de l’Ouest -, tandis que l’intégration économique réelle est très faible.

Enfin, « il n’y a pas, véritablement, de politique monétaire », à part celle de la BCE. Les banques centrales ne jouent pas un rôle pro-actif, ne participant pas suffisamment au financement et au développement des économies de la zone.

Carlos Lopes semble donc plutôt en ligne avec les propositions de réformes portées par Dominique Strauss-Kahn. La mise en œuvre de ces changements doit se faire de manière progressive, afin d’éviter une dévaluation brutale, telle que celle subie dans les années 1990, détaille ce spécialiste du développement international.

Ces changements doivent permettre in fine aux pays africains de reprendre le contrôle de leur monnaie afin qu’ils puissent l’utiliser comme un instrument de développement.

Abdourahmane Sarr : autonomie des banques centrales

La position d’Abdourahmane Sarr est plus critique par rapport aux réformes proposées par Dominique Strauss-Kahn. Ce spécialiste des questions monétaires a travaillé pendant 14 ans pour le FMI, notamment en tant que représentant résident au Bénin et au Togo, avant de fonder le Centre d’étude pour le financement du développement local, un think tank sénégalais.

« Toute personne raisonnable considère que modifier le fonctionnement de la zone CFA est nécessaire » s’exclame Abdourahmane Sarr. « Le plus important est l’autonomie d’objectif pour les banques centrales », détaille l’ancien économiste du FMI.

Elles doivent, selon lui, pouvoir réagir et ajuster le régime de change sans avoir à en référer aux politiques, comme le fait notamment la Banque centrale européenne. « Dans le cas de la Cemac, une dévaluation du franc CFA dès 2014 aurait pu aider les économies à s’ajuster à une baisse durable du prix du pétrole » explique-t-il.

IL FAUT RESPONSABILISER LES INSTITUTIONS ET LEUR DONNER DAVANTAGE D’AUTONOMIE

Cet économiste considère qu’il n’y a pas besoins d’experts internationaux dans les banques centrales de la zone CFA, comme le défend DSK. « Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d’autonomie » poursuit-il.

La proposition d’un ancrage du franc CFA à un panier de devise ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. Pour, lui il faudrait « un régime de change stable ajustable, mais sans garantie extérieure aucune. La formule pourra conjoncturellement produire ce qu’un panier de monnaie aurait dicté », explique ce partisan de la fin de la garantie française.

« Avec un objectif de stabilité des prix clair et une autonomie d’objectif sur le taux de change, toutes les formules sont possibles dans une gestion dynamique et responsable », assure-t-il.

Enfin, il juge irréaliste la perspective d’une entrée du Ghana dans l’Uemoa : « Le Ghana a déjà mieux à faire pour stabiliser sa situation macroéconomique que d’entrer dans une zone monétaire où l’absence de convergence va exiger un régime de change relativement fixe et commun à tous, qui ne correspondrait pas à ses besoins du moment ».

Pour Abdourahmane Sarr, il faut également « renforcer la gouvernance et rendre la communication plus transparente, comme le fait la Banque centrale européenne, s’exprimant régulièrement sur ses décisions de politique monétaire ». Et de conclure : « L’arrangement monétaire qu’il nous faut doit être un arrangement qui favorise à la fois les investissements directs étrangers et les entreprises locales. »

FCFA : Les Propositions Irrecevables de Dominique Strauss-Kahn

Nous devons remercier Dominique Strauss-Khan pour s’être invité au débat sur le FCFA, notre monnaie, avec des propositions irrecevables pour la jeunesse africaine qui compte prendre son destin en main en se responsabilisant exclusivement. Le remercier car il s’agit là d’un ancien Ministre de l’Economie et des Finances de la France, ancien Directeur Général du Fonds Monétaire International, et naguère potentiel candidat à la Présidence de la République Française. La note qu’il a produite a l’avantage de dépassionner le débat et d’en clarifier les enjeux véritables aux plans politique et économique. Comme il l’a lui-même dit « une forme d’heure de vérité a sonné pour la coopération monétaire avec l’Afrique…et il est devenu urgent de moderniser la Zone franc pour la préparer aux perspectives économiques et démographiques du continent…». De ce fait, aucun décideur responsable ne doit accepter le statu quo et la discussion sur les enjeux doit être transparente et démocratique. En effet, nous avons un problème de leadership politique propre.

Oui Monsieur Strauss-Khan, le FCFA est bien notre monnaie. Il n’a pas besoin de s’émanciper car son émancipation est déjà réelle. Les mouvements de capitaux ne sont effectivement pas libres vis-à-vis de l’extérieur, nous pouvons produire le FCFA là où on veut, et changer son nom quand on veut ce qui n’est effectivement pas essentiel. Le FCFA est géré par la BCEAO en ce qui nous concerne avec des réserves déposées en partie au trésor français pour les besoins de la garantie qui dans les faits n’a plus aucune forme d’importance au-delà du fait qu’elle nous a obligé et permis d’apprendre à travailler ensemble. La France a joué pour nous avec le FMI le rôle d’un Etat fédéral que nous n’avions plus /1.  Pour l’essentiel, nos banques centrales gèrent seules et font leurs erreurs seules dans le cadre de la fixité du taux de change et du mandat qui leur est donné par les décideurs politiques. La présence de représentants français dans les organes de gouvernance n’est effectivement qu’un privilège d’accès à l’information qui devrait être publique dans le cadre d’une gouvernance plus transparente avec des officiels aux mandats sécurisés et plus longs que ceux des politiques qui les nomment.

La responsabilisation de nos banques centrales doit se faire en leur donnant une autonomie d’objectif sur le taux de change pour accompagner l’autonomie sur leurs instruments dont elles jouissent déjà.  De ce dernier point de vue, il faut éviter de leur faire porter des camisoles de force dans leur politique monétaire et de refinancement en particulier malgré l’usage récent que la BCEAO en a fait en finançant indirectement les déficits des états (surtout la Côte d’Ivoire) ce qui nous a fait perdre des réserves de change et incité à un endettement extérieur volontaire et/ou nécessaire qui corrigera. Avec un objectif de stabilité des prix clair et une autonomie d’objectif sur le taux de change, toutes les formules sont possibles dans une gestion dynamique et responsable. Il s’agirait effectivement « d’un régime de change stable ajustable » mais sans garantie extérieure aucune. La formule pourra conjoncturellement produire ce qu’un panier de monnaie aurait dicté, mais nos banques centrales seraient seules à en décider sans la présence de quelconques représentants d’instances européennes ou internationales ou d’administrateurs indépendants dans leurs organes de gouvernance. Nous ferions ainsi ce que le Maroc a fait récemment et que le FMI lui recommandait depuis 2002 quand j’étais moi-même économiste principal pour le Maroc.

Par ailleurs, l’UEMOA n’a pas besoin d’intégrer le Ghana dans son ensemble qui n’a pas encore réalisé sa convergence. Le Ghana a déjà mieux à faire pour stabiliser sa situation macroéconomique que d’entrer dans une zone monétaire où l’absence de convergence va exiger un régime de change relativement fixe et commun à tous et qui ne correspondrait pas à ses besoins du moment. Comme le Nigéria que Monsieur Strauss-Khan exclut de l’extension de la zone qu’il propose pour des raisons objectives de besoin d’ajustement propre, et à supposer que la convergence soit effective dans la zone UEMOA, le Ghana se retrouverait avec les mêmes contraintes que les pays de l’Europe dans l’euro. C’est-à-dire sans un levier monétaire qui lui permettrait d’accompagner son propre développement au vu de l’absence d’une entité politique fédérale qui le ferait avec une politique budgétaire commune. C’est ce que Monsieur Macron essaie d’obtenir en Europe. La convergence totale comme dans une fédération comme les Etats-Unis étant ainsi un objectif difficile à atteindre même en Europe, toute monnaie commune doit avoir ses compléments nationaux nous y reviendrons plus loin.

Pour réaliser la vision d’une banque centrale jouissant d’une autonomie d’objectifs et d’instruments, tout ce dont nous avons besoin c’est d’éliminer la garantie française qui n’existe que de nom, de déposer nos réserves de change où bon nous semble, renforcer la gouvernance de notre banque centrale ainsi que sa transparence en matière de politique monétaire et de change.  Nous n’aurons ainsi besoin d’aucune forme de relation organisée avec les pays de la zone euro et la banque centrale européenne qui serait si particulière à se rapprocher d’un néocolonialisme qui ne dirait pas son nom.

L’arrangement monétaire qu’il nous faut doit être un arrangement qui favorise à la fois les investissements directs étrangers et les entreprises locales. De ce point de vue, aux côtés d’une monnaie commune stable et ajustable, il nous faut des monnaies nationales complémentaires.  Nationales complémentaires comme le FCFA l’a été quand il était géré par une simple banque commerciale en mesure de créer de la monnaie en multiple de ses réserves de change en Franc français avec un taux de change non unitaire assorti d’une garantie théorique illimitée qui en a fait une monnaie figée.

La création de banques centrales en Zone franc n’a pas changé cette réalité du point de vue de la France en autant qu’elle a elle-même défendu devant les instances européennes que le FCFA est un arrangement budgétaire et non monétaire. Le FCFA était une monnaie fédérale complémentaire au Franc français mais ne l’est plus comme nous l’avons indiqué plus haut.1/ La garantie est devenue sans importance et le FCFA est bel et bien notre monnaie et nous pouvons en sortir quand on veut sans l’aval de l’Europe en n’exigeant plus de garantie. Nous pouvons cependant en tirer des leçons historiques en mettant en œuvre aux côtés d’une monnaie commune souveraine des compléments nationaux citoyens institutionalisés et uniques permettant une flexibilité dans l’espace plus diversifiée comme vous le suggérez pour la CEMAC vis-à-vis de l’UEMOA. Ces compléments nationaux citoyens émis en échange de la monnaie commune épargnée donneraient des options dans chaque pays sur les réserves de change comme pour le fonds souverain en période grasse (l’épargne excédentaire) que Monsieur Strauss-Khan a suggéré. Nous montrerions ainsi la voie à la zone euro qui elle-même n’arrive pas à trouver la solution à ce problème de diversité dans l’espace dans le contexte d’une monnaie unique. La coopération monétaire unique au monde qu’a été le FCFA comme la caractérise Monsieur Strauss-Kahn offrirait ainsi une solution unique au monde venant de l’Afrique. 2/

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL

1/ https://www.loretlargent.info/monnaie/reforme-fcfa-monnaiescomplementaires/18965/

2/ http://www.economonitor.com/blog/2011/07/greece-can-devalue-and-stay-in-the-euro/