Macky Sall: Socialiste, Libéral, ou Souverainiste

Le Président Macky Sall, malgré son expérience politique, continue de vivre une contradiction également entretenue, certainement, par la diversité idéologique et doctrinale dans son entourage. Il est un socio-démocrate qui s’est déclaré libéral et qui, à la pratique du pouvoir, se rend compte tous les jours que ses politiques d’inspiration socialiste (leadership d’état sans moyens) butent sur un mur. Il en est malheureusement à son dernier mandat, et n’aura pas le temps de faire la synthèse de ses contradictions révélées par les déclarations de politique générale de ses premiers ministres que nous n’entendrons plus.

En effet, la politique générale des 3 prochaines années sera le programme soutenu par le Fonds Monétaire International que les Sénégalais ne découvriront qu’en décembre après que le Conseil d’Administration du FMI l’ait avalisé. Le Sénégal a connu un endettement accéléré et accumulé des arriérés intérieurs pour assurer un deuxième mandat à son Président et devra subir une période de correction de ses finances publiques au vu de ses options de financement appuyées par les bailleurs. Le Président Macky Sall qui tient le portefeuille de Ministre de l’Economie et des Finances mettra donc en œuvre un programme d’inspiration libérale qui n’est pas tout à fait celui sur lequel il a fait campagne et que nous avons qualifié de socialiste. Le secteur privé sera déclaré futur moteur de la croissance si les réformes nécessaires sont mises en œuvre, et l’état se concentrera davantage sur des services publics de qualité dans le cadre de budgets programmes. Cette politique sera-t-elle faisable ? nous y reviendrons en temps opportun.

De ce fait, dans les 3 prochaines années, les sénégalais ne pourront plus compter sur leur état pour soutenir une croissance socialisée par l’endettement extérieur. Nous avons en effet montré dans nos récents rapports de rétrospective que le bilan macroéconomique du septennat écoulé a été socialiste avec des tensions de trésorerie en fin de mandat (lettres de confort et arriérés intérieurs) du fait de politiques redistributives insoutenables (bourses familiales, der, couverture maladie universelle) et un endettement extérieur qu’on aurait pu éviter. Les analyses de la croissance, des finances publiques, et de la monnaie, convergent toutes vers le rôle central que l’état et son budget ont joué au détriment du secteur privé durant la période 2012-2019. La croissance s’est tertiairisée par l’endettement public, socialisée par les réallocations budgétaires en faveur du secteur primaire et du social, et désindustrialisée par une substitution des travaux publics aux industries dans un contexte international favorable qui est en train de changer. Ce n’est que grâce à la revalorisation de notre PIB de 30% (résultat de nos politiques d’endettement et de dépenses publiques de 2000 à 2012) que les ratios de nos déficits budgétaires et de notre endettement se sont considérablement réduits. La politique d’Abdoulaye Wade que Macky Sall a poursuivie, mais dans une conjoncture internationale favorable, ne nous a donc pas réussi.

Notre classe politique a donc du pain sur la planche. Le climat général de réconciliation est favorable à un gouvernement d’union nationale qui pourrait être un cadre de construction de la synthèse des contradictions du Président Macky Sall. Cette synthèse nous la voulons « Libérale et Patriotique ». Pour ce faire, tous les camps, libéraux (reconstitués), socialistes (reconstitués), et souverainistes (en progression), doivent se retrouver autour du Président Macky Sall et ses partisans eux-mêmes composés de tous ceux précédemment énumérés et débattre.

Macky Sall n’est en effet plus la cible, mais c’est lui qui tient le pouvoir jusqu’en 2024 et peut aider à le transmettre par la réussite ou l’échec de la politique qu’il mettra en œuvre. Soyez donc en embuscade autour de lui et compétissez d’arguments sur ce que le gouvernement doit faire. L’alternative sera de s’opposer à toute synthèse qui pourrait découler d’un dialogue par la politique politicienne. De ce point de vue, il y aura des élections tous les deux ans d’ici 2024 pour vous départager dans les faits et dans l’opinion.

Librement

 
Dr. Abdourahmane Sarr
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Libérer les Finances du Sénégal et de la BCEAO

Dans une série de contributions dédiées à la gestion monétaire de la BCEAO, et à l’intention d’une cible particulière, nous soutenions (i) que la BCEAO est à la remorque des banques et des états dans sa politique de refinancement puisque les banques détiennent des titres d’état refinancés à la BCEAO et ne peuvent réduire cet encours que progressivement ou sevrer les états (ii) que le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont venus au secours de la BCEAO et des banques par des émissions d’eurobonds avec le double résultat d’une part, de renflouer les réserves de change négativement impactées par la politique de financement indirect de déficits budgétaires excessifs, et d’autre part, d’apporter de la liquidité aux banques au vu de la nécessité de réduire le volume de refinancement de la BCEAO (iii) que sa politique était plus ivoirienne que régionale dans sa gestion de la liquidité globale de l’union et enfin (iv) qu’elle était retournée à une hibernation salutaire sur ses instruments après un activisme dicté par sa politique ivoirienne et commerciale entre 2016 et 2018 puisque ses instruments annoncés de politique monétaire (taux d’intérêts et réserves obligatoires) n’ont pas de liens avec les développements du marché libre sur ces instruments.

Ces thèses sont confirmées par les analyses du dernier rapport de la surveillance régionale UEMOA du FMI, par l’encours disproportionné des titres de la Côte d’Ivoire sur le marché financier régional, et par le comportement des taux d’intérêts sur le marché, faits documentés dans le rapport de politique monétaire de septembre 2019.

Dans un tel contexte, notre banque centrale devra continuer à refinancer nos banques à un niveau qui corresponde au rythme d’ajustement budgétaire de l’union, notamment de la Côte d’Ivoire, avec le risque d’un effet d’éviction sur le crédit au secteur privé et sur les autres pays comme le Sénégal. En effet, la Côte d’Ivoire traine un déficit budgétaire plus élevé que sa capacité de financement régional et extérieur ne peut soutenir, ce qui rend sa croissance élevée par l’investissement public insoutenable. Il en résulte que son niveau d’investissement public engendre un déficit de son compte courant de la balance des paiements que les entrées de capitaux d’autres pays de l’union ou de l’extérieur ne suffisent pas à couvrir.

Le déficit de la balance des paiements qui s’en suit affecte les réserves de change de la BCEAO et nécessite des financements exceptionnels du FMI et de bailleurs alors que la Côte d’Ivoire ne devrait plus, comme le Sénégal, avoir de programme FMI avec financement.

La Côte d’Ivoire devrait donc non seulement réduire son déficit budgétaire bien en dessous du critère de convergence de 3% du PIB de l’union mais également réduire son recours au financement sur le marché régional pour donner de l’espace aux autres pays comme le Sénégal. Tous les pays de l’UEMOA, y compris la Côte d’Ivoire, pourraient du même coup réduire le financement en devises de leur dette publique de sorte à réduire la vulnérabilité extérieure de l’union. Ceci permettra également aux pays comme le Sénégal d’éviter des tensions de trésorerie et le recours à des arriérés intérieurs, lettres de confort aux banques, ou paiements en instance comme mode de financement effectif de dépenses budgétaires en année courante à payer avec des crédits budgétaires d’années à venir. Nos finances publiques seraient ainsi davantage libérées.

Dans un contexte où les états se financeraient davantage sur le marché régional en FCFA pour réduire le poids de leur dette en devises, l’union pourrait néanmoins avoir besoin d’entrées de devises avec la liquidité correspondante en FCFA qui provenaient du financement en devises des états. Cet apport sera bénéfique pour les réserves de change de la BCEAO et la liquidité des banques et à travers elles, le financement de l’économie. Pour ce faire, la BCEAO pourrait se substituer aux états et émettre des titres sur les marchés internationaux pour son propre compte afin de combler ce déficit en devises et en liquidité pour le secteur privé.

Elle pourrait prendre exemple sur la Banque de Tunisie qui des années durant a émis des titres sur le marché Samurai japonais notamment, dès fois pour son propre compte en soutien au secteur privé, d’autres fois pour le compte de l’état tunisien. Elle l’a fait récemment avec la garantie de l’état japonais au vu de la situation politique tunisienne. Les statuts de la BCEAO permettent de faire la même chose.
Pour matérialiser cette vision, nous recommandons à la BCEAO en collaboration avec la Commission de l’UEMOA d’élaborer une stratégie globale d’endettement public de l’union pour déterminer la composition appropriée globale en devises de cet endettement et les déclinaisons nationales. Il s’en suivra qu’il lui restera à gérer son propre bilan pour apporter le résiduel de financement en devises nécessaire à l’union par une présence sur les marchés internationaux.

Dans cette perspective, et en donnant une autonomie d’objectif à la BCEAO sur le taux de change et en l’affranchissant du Conseil des Ministres, les chefs d’états lui permettraient de mieux gérer le niveau de ses réserves de change dans ce nouveau rôle. Un taux de change flexible inciterait également davantage les investisseurs étrangers à s’intéresser à notre marché en FCFA, ECO devrait-on dire.

Cependant, ces investisseurs ne s’intéresseront pas à notre marché si le marché secondaire des titres d’état n’est pas actif et liquide pour leur permettre d’entrer et de sortir facilement au besoin.
De ce fait, nous concluons cette contribution en réitérant à l’endroit de la BCEAO que la liquidité actuellement détenue par les banques au-delà de leurs réserves obligatoires et qui est en réalité financée par la banque centrale n’est pas une liquidité potentiellement destinée au privé.

Les banques ont utilisé les réserves excédentaires non rémunérées qu’elles détenaient pour financer les états et refinancer ces mêmes montants qu’elles conservent en dépôt à la banque centrale. Ces dépôts, par ce mécanisme, sont devenus des dépôts rémunérés que la BCEAO doit considérer comme des dépôts détenus dans une facilité synthétique de dépôts qu’elle n’avait pas dans ses instruments, rémunération financée par les états. Puisque ces dépôts sont au-delà des réserves obligatoires, la BCEAO doit émettre des bons BCEAO pour éponger cette liquidité excédentaire afin d’avoir une emprise sur les taux d’intérêts du marché interbancaire qu’elle souhaite.

Ceci permettra d’animer le marché interbancaire et monétaire, ce qui favorisera un marché secondaire des titres d’état. Il en résultera également une réduction des profits nets de la BCEAO qui ne devrait pas l’inquiéter. Sa politique ne doit pas être commerciale mais monétaire et financière et les états devraient se tenir prêts à assumer les conséquences éventuelles sur le capital de la banque. Il serait peut- être judicieux, de ce point de vue, de changer les statuts de la BCEAO pour que son capital soit détenu au prorata du poids des états de l’UEMOA afin que les responsabilités éventuelles soient adéquatement distribuées. Un collège de gouverneurs nationaux aux droits de vote correspondants dans les décisions de la banque centrale en serait le corollaire.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

FCFA : Devenir ECO sans le Nigéria et le Ghana

Le Président Macron disait au sortir d’une audience avec le Président Ouattara que « la zone franc offre une stabilité monétaire mais il y a un problème de change qui se pose…il faut la moderniser ». Le Président Ouattara rétorquait que « le FCFA est notre monnaie…c’est notre affaire…nous allons y apporter des réformes en temps opportun…c’est une monnaie stable appréciée dans la sous-région… nous prévoyons son élargissement à la zone CEDEAO… ».

Nous disions que « le Président Ouattara avait raison de dire que le FCFA était notre monnaie. Mais puisque c’est le cas, nous avions besoin d’un leadership politique qui se responsabiliserait exclusivement dans la garantie de la parité qu’il s’est choisie : en faire son affaire exclusive par une gouvernance réformée de la BCEAO. C’est ça que réclament la jeunesse africaine et les experts africains. Le FCFA est une réserve de valeur, un moyen d’échange, et une unité de compte stable apprécié à ces fins car rigidement arrimé à l’euro. Sa stabilité est donc externalisée puisque relevant d’une politique monétaire qui est le résultat des exigences de cette parité. C’est de cette monnaie-là dont nous ne voulons plus précisément car une monnaie ce n’est pas seulement ça. Nous avons besoin d’une monnaie amortisseur de chocs pour accompagner notre industrialisation et notre ouverture au monde. Une monnaie stable du fait d’un leadership politique qui responsabilise la BCEAO sans la France et qui garantit également la stabilité des prix principalement par sa politique monétaire et non de change. Nos pays, stables et démocratiques, ont besoin d’une monnaie flexible pour accompagner leur industrialisation par le capital national à travers l’inclusion financière en cette monnaie ».

Pour ce faire, nous avions plaidé pour une autonomie d’objectifs sur l’inflation et le taux de change pour la BCEAO dans le cadre d’un régime de change flexible et un collège de gouverneurs de pays membres. C’est ce que les experts de la CEDEAO ont recommandé pour l’ECO monnaie de la CEDEAO pour les pays qui auront satisfait aux critères de convergence macroéconomique.  Nous avions cependant argumenté dans cette perspective, qu’à court terme, le Nigéria et le Ghana devaient garder leurs propres monnaies au vu de leurs poids et de leurs divergences macroéconomiques et structurelles avec les autres pays, ceux de l’UEMOA notamment.

En effet, dans des propos relayés par la presse à la veille du 55ieme sommet des chefs d’états de la CEDEAO nous disions : « qu’une monnaie commune de la CEDEAO, au vu des divergences macroéconomiques des états ne peut être, à court terme (2020), que de parité relativement fixe et arrimée à des devises étrangères stables. De ce point de vue, une telle monnaie prématurée ne serait pas différente d’un FCFA qui resterait en l’état ou même fixe par rapport à un panier de monnaies stables. Cette monnaie unique fixe à court terme, avec une banque centrale indépendante, aidera à une discipline budgétaire et à la stabilité monétaire dans les pays où elles n’existent pas encore. Une monnaie unique bien sûr faciliterait les échanges et les mouvements de capitaux qui pourraient exister entre les états comme c’est le cas déjà avec le FCFA, mais ne sera pas le principal facteur d’expansion des échanges commerciaux intra zone ni de mouvements de capitaux internes. En somme, une monnaie fixe CEDEAO étendrait le FCFA à la zone CEDEAO sans les accords de coopération. Ce serait une étape vers la monnaie flexible CEDEAO recommandée par les experts mais qui n’arrivera pas de sitôt puisque les pays n’ont pas encore convergé macro économiquement et structurellement.

« A terme, même si cette monnaie flexible devait arriver du fait d’une convergence macroéconomique et non structurelle, les asymétries existantes en termes de chocs intérieurs et extérieurs, ne justifieraient pas une monnaie unique aux pays de la CEDEAO. Elle aurait les mêmes inconvénients congénitaux que l’euro dominé par l’Allemagne et ne correspondant pas à la monnaie qu’il faut pour la Grèce par exemple, mais il s’agit là d’un choix politique des européens que les africains de l’ouest pourraient également faire. Il en découle que les pays de l’UEMOA n’ont pas d’intérêt économique à entrer dans une monnaie CEDEAO si cette dernière ne doit refléter qu’un panier de monnaies à court terme, et à moyen terme une monnaie flexible qui ne reflètera pas leurs fondamentaux ni leurs orientations économiques et politiques divergentes. La monnaie CEDEAO peut cependant représenter un choix politique des états membres aux conséquences économiques similaires à ce que vivent les pays des zones CFA, conséquences à subir par les générations futures au profit des investisseurs étrangers et du capitalisme d’états étrangers. En disant que la monnaie unique ECO de la CEDEAO qui entrerait en vigueur en 2020 devra être flexible et refléter une convergence macroéconomique, les experts de la CEDEAO ont mis les chefs d’état devant la responsabilité politique de reporter la mise en oeuvre de l’ECO à cette échelle ou elle sera fixe comme le FCFA en 2020, ce qui n’est pas désirable ».

Partant de ce qui précède, notre position est que le FCFA peut être renommée ECO en 2020 et mis en œuvre à l’échelle de l’UEMOA principalement en donnant une autonomie d’objectifs sur l’inflation et le taux de change à la BCEAO ce qui la libérerait de la tutelle française. Cette option nous est préférable nous le disions dans une tribune intitulée «SENEXIT: Libéralisme Patriotique ou Socialisme? » pour accompagner la liberté économique des états de l’UEMOA sous le leadership de la Côte d’Ivoire et du Sénégal engagés sur cette voie. Nous éviterions ainsi que nos banques centrales soient capturées individuellement par le socialisme congénital de nos sociétés et élites politiques. A terme, cette vision politique pourra être mise en œuvre à l’échelle de la CEDEAO si elle est partagée. L’euro est une vision politique libérale inaboutie en construction sans un état fédéral au libéralisme partagé. Nous pouvons construire notre propre espace de liberté économique seule voie vers la prospérité sans un état fédéral à court terme. Cet état pourra à terme arriver quand nos populations (y compris, Nigéria, Ghana, etc…) seront réellement prêtes pour la liberté, la responsabilité, et la décentralisation.

Librement 

  
Abdourahmane Sarr 
Président CEFDEL 
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Du Dialogue: Clarifier le Consensus et l’Opposition

Les sénégalais sont allés aux urnes et ont élu leur président en la personne de Macky Sall. Ce dernier, nous disions, par le parrainage et la justice, a aidé l’électeur sénégalais à confirmer ses choix exprimés en plusieurs élections : (i) trancher la compétition entre les héritiers de Senghor et de Wade et (ii) renouveler sa confiance en sa classe politique traditionnelle pour qu’elle le mène vers le développement malgré son échec des 60 dernières années. Il est donc vrai que l’électeur sénégalais est en quête d’un consensus sur le chemin du développement de la part de ceux qu’il considère comme les «sachants» de sa démocratie, ne connaissant pas lui-même le chemin.

Il n’est en effet un secret pour personne que l’électeur sénégalais moyen, et même le politicien moyen, ne sait pas distinguer entre les visions des candidats parmi lesquels il a la responsabilité de choisir.  Il n’est même pas certain que les candidats eux-mêmes puissent définir leur propre vision qu’on ne peut parfois découvrir qu’en les écoutant développer leurs propositions. Un dialogue national post électoral institutionnalisé entre les «sachants» peut de ce point de vue être utile pour dégager un consensus et permettre d’identifier ce que pourrait être une opposition constructive. Au Sénégal, nous avons soutenu que toute la classe politique a la même vision du développement :  celle d’un état et ses démembrements qui règleraient les problèmes des citoyens à leur place sans en avoir les moyens émanant de ces mêmes-citoyens ou d’une organisation financière le permettant. Le pétrole et le gaz vont renforcer cette réalité en relaxant la contrainte budgétaire du pays.

Il est donc très probable que le dialogue national produise des consensus découlant d’un «group think» ou d’une «pensée de groupe».  Cette pensée se caractérisera par l’absence de voix discordantes du fait d’un consensus inconscient du groupe devant produire les recommandations et qui, au final, les empêchera de voir qu’ils sont eux-mêmes le problème. Ce consensus national est le socialisme congénital sénégalais et le mode de gouvernance du pays qui en découle depuis 60 ans et qui consiste à croire que notre état peut nous développer. Notre état, les citoyens, et les acteurs politiques qu’il a produits sont notre problème. Nous avons donc besoin d’un leadership transformationnel fort qui dégagerait une vision alternative et appellerait à être suivi.

Nous pouvons effectivement nous accorder sur les règles du jeu démocratique (mode d’élection, parrainage, partis politiques, calendrier électoral, etc…), mais nous ne remettons jamais en question notre consensus congénital qui est la source de nos maux et le guide de nos choix. Il ne sert à rien d’élire des maires qui ne peuvent pas faire grand-chose. Il ne sert à rien de formuler des attentes d’un état central qui ne peut pas satisfaire nos demandes puisqu’il n’est que le reflet de notre propre incapacité à créer de la richesse et à nous gouverner dans la responsabilité. La richesse du sous-sol ne changera pas cette donne.  De ce point de vue, le dialogue national est nécessaire pour renouveler notre pacte démocratique et confirmer notre consensus congénital caractérisé par la main tendue à l’état qui ne produira pas de résultat. L’opposition se définira alors clairement au sortir de ce dialogue.

Le Président Macky Sall qui n’a plus de mandat à rechercher peut avoir décidé d’être au-dessus de la mêlée pour sortir du «groupe think» et remettre en cause sa propre vision que nous avions critiquée dans une tribune intitulée «Macky Sall a Choisi : Socialisme et Capital Etranger».  A défaut, il aura lui-même aidé par le dialogue et la «pensée de groupe» à confirmer ce que devrait être son opposition: le libéralisme dont il se réclame sans jamais en assumer les conséquences. Ce libéralisme qui devra également être patriotique nécessite la décentralisation du pays en pôles régionaux autonomes financièrement inclus dans une monnaie compétitive, des pôles à renforcer en moyens humains et matériels, l’élection des élus locaux sur cette base, et la mise en place d’un sénat où les «sachants» et les représentants des pôles régionaux pourront se retrouver et confronter leurs consensus locaux et multiples. Un report des élections locales sur cette base en vaudrait la peine pour bâtir un Sénégal «par» tous plutôt qu’un Sénégal «pour» tous.  Ces deux visions alternatives doivent s’affronter pour que le Sénégal puisse se transformer du fait d’un leadership nouveau, assumé, et suivi mais que le consensus ne permettra pas de produire dans le camp du pouvoir si Macky Sall ne l’affirme pas. C’est à se demander pourquoi l’APR a inscrit le manifeste de l’internationale libérale dans ses statuts.

  
Librement 

Dr. Abdourahmane SARR  
Président CEFDEL/MRLD      
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp  

Président Macky Sall : Ministre de l’Economie et des Finances

Dans nos pays en développement, la personnalité qui a en charge la coordination et la cohérence de la politique économique et financière du pays, premier collaborateur du Président de la République, est le Ministre de l’Economie et des Finances. De ce point de vue, nous sommes pour un régime présidentiel fort et en phase avec la suppression d’un poste de Premier Ministre qui n’aurait pas le portefeuille de l’économie et des finances. Choisir ce Ministre de l’Economie et des Finances n’équivaut pas nécessairement à choisir un rival ou un successeur, mais il faut le choisir, car le Président de la République ne peut pas efficacement assurer cette fonction et un successeur est inévitable.

Eclater cette fonction entre trois personnes, dont l’une dépouillée de la coopération, le tout à coordonner par un Ministre d’Etat plutôt que de responsabiliser des directions sous un seul homme de confiance sème les graines d’un quinquennat de gestion de conflits d’experts. Déjà, la fusion de l’économie et des finances avec le retour du plan nous a valu des statistiques de croissance invraisemblables, et une situation financière extrêmement précaire du fait de recettes incompatibles avec cette croissance supposée. Cette situation, le Fonds Monétaire International ne veut pas la décrire dans un langage clair et non diplomatique. Comme beaucoup le savent, l’accélération de notre endettement est le fait de déficits budgétaires effectifs trop élevés, insoutenables, et mis en œuvre de façon non transparente. Maintenant que le deuxième mandat est assuré, le Sénégal a besoin d’être mis sur les bons rails dans une transparence qui permettra la critique objective et constructive.

Par ailleurs, la forte volonté de planifier le développement depuis 2014, et la séparation du plan et des finances, ne correspondent pas à une vision d’un Président libéral.  La culture de plan, entendons de transformation structurelle volontariste de notre économie, par opposition à la planification nécessaire de biens et services publics de qualité à travers le budget, ne nous a jamais réussi et avait été abandonnée car nous ne nous sommes jamais donné les instruments de sa réussite. Nous avons déjà développé cette question dans nos précédentes contributions et rapports.

Notre développement dont le leadership était supposé désormais relever du secteur privé national du fait de l’échec de l’état, comme maintes fois réaffirmé avec l’appui de l’état, ne peut se faire dans une culture de planification centralisée du futur de notre économie avec ou sans pétrole et gaz. La planification du budget à moyen terme, des biens et services publics de qualité essentiellement, devrait donc de ce fait également relever du Ministre de l’Economie et des Finances. Le ministère du budget deviendrait alors également inutile puisque les dépenses à moyen terme ne peuvent être planifiées sans une vision à moyen terme de l’économie privée et du budget et leur gestion financière à court et moyen termes.

Aussi, la coopération, dans une logique financière, ne peut se faire sans les finances car la coopération dans un Ministère de l’Economie et des Finances ne devrait pas être une banque de projets financés par des bailleurs à inclure dans le budget car financés. Pour un pays du niveau du Sénégal, c’est une stratégie d’endettement à moyen terme qui doit déterminer nos modes de financement plutôt que des financements disponibles du fait d’une coopération bilatérale ou multilatérale efficace. Cette façon de combiner projet et financement relève du financement de projets privés ou publics privés hors budget et sous le leadership du secteur privé. En effet, une stratégie d’endettement doit s’élaborer indépendamment de la coopération financière. Idéalement, la bonne conception de projets publics aux niveaux des ministères devrait être séparée du mode de financement de ces projets. Lorsque les deux se font ensemble comme nous l’avons fait depuis 1960, nous perpétuons notre dépendance de bailleurs bilatéraux et multilatéraux, augmentons notre vulnérabilité extérieure, et retardons davantage notre développement. Nous ne rompons donc pas avec le passé.

Dans un pays comme le Sénégal où nous avons un Ministère de l’Economie et des Finances rompu à la tâche, il faudrait donc y mettre un homme de confiance. Ce dernier est peut-être le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République ou le Ministre de l’Economie du Plan et de la Coopération, ou encore celui des Finances et du Budget. Cela n’en ferait pas un successeur quel que puissent en penser leurs camarades de parti. L’ancier Premier Ministre est malheureusement un fervent adepte du plan, peut être du fait de son passage à l’industrie et à l’ONUDI.

Le développement peut-il être planifié à l’échelle centrale? Le Président de la République et les sénégalais dans le cadre d’un dialogue doivent d’abord répondre OUI à cette question car pour l’instant nous ne l’avons jamais réussi. Nous ne pouvons conclure sans réitérer qu’une des raisons principales de cet échec est que nous n’avons jamais eu l’instrument monétaire et de change pour accompagner cette façon de faire.

Le Président Macky SALL peut entrer dans l’histoire, mais son nouveau quinquennat entamé avec des erreurs que le Sénégal a déjà commises, risque de connaitre des ratés au démarrage. Les Sénégalais patienteront encore.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président du CEFDEL

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Les Sénégalais ont voté pour la stabilité

Les sénégalais ont renouvelé leur confiance au Président Macky SALL dans un scrutin dont le déroulement ne peut souffrir d’aucune contestation. Ce pouvoir qui a bénéficié du ralliement de forces partisanes pesées à l’issue des législatives de 2017 s’est révélé largement majoritaire. Largement, car renforcé par l’apport du vote indépendant à l’issue d’une participation massive ayant principalement bénéficié au pouvoir. En effet, dans la mesure où le PDS a vu son électorat partagé entre les frustrés du pouvoir et les alternatives, seule une minorité du vote indépendant s’est exprimée pour une alternance ou une rupture par l’alternative. Les sénégalais ont donc une nouvelle fois indiqué qu’ils préfèrent, pour le moment, cheminer sous le leadership de leur classe politique traditionnelle vers quelque futur que ce soit. Ils ont choisi la continuité dans la stabilité devant l’incertitude.

S’il y avait eu un deuxième tour, Ousmane SONKO porteur des instruments de la rupture aurait pu permettre au président élu d’avoir un mandat d’opérer les changements nécessaires. Ce mandat n’a pas été donné par les sénégalais qui en majorité ont confié le destin du pays aux seuls choix du Président Macky SALL. Dans la mesure où nous considérons que l’électeur moyen sénégalais n’a pas fait la différence entre la continuité et la rupture, nous concluons que sa sagesse lui a dicté d’opter pour la stabilité. Cette sagesse, l’électeur sénégalais le tient du fait que sa classe politique en toute circonstance a su préserver la paix menacée par les déclarations du Président WADE.

De ce point de vue, le Président Macky SALL a la responsabilité d’amener le Sénégal vers les ruptures nécessaires pour le sortir de son rang parmi les 25 pays les plus pauvres du monde avec un indice de développement humain des plus faibles. Cette situation, nous continuons de penser qu’elle ne changera que lorsque nous mettrons les conditions devant permettre à chaque citoyen ou communauté de citoyens de prendre son destin en main. Il s’agira pour nous d’éviter de nous retrouver dans de nouvelles dépendances après celles de la traite négrière, de la colonisation, et du néocolonialisme par l’endettement extérieur en devises.

Nous continuerons donc à militer pour l’autonomie, la liberté, et la responsabilité des sénégalais dans leur propre développement et invitons nos sympathisants indépendants à rester mobilisés pour cette cause.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR      

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

 

Macky La Continuité, Sonko La Rupture

Le 24 février 2019, nous souhaitons que les sénégalais votent pour le candidat qui a démontré par sa vision souverainiste et le programme qui en découle, qu’il porte les instruments de la rupture que nous souhaitons pour développer notre pays par nous-mêmes en toute responsabilité :«un Sénégal qui prend son destin en main».

Cette rupture, nous la souhaitions libérale et patriotique du fait d’un développement inclusif sous le leadership du capital privé national, des collectivités locales, donc des citoyens et non d’un état central développementaliste dans un ensemble sous-régional sans l’exutoire du taux de change de surcroit, qui a été le SYSTEME. Ce système, auquel les sénégalais sont habitués, a nécessité que notre pays soit géré comme une seule entreprise devant présenter ses projets à des bailleurs ou compter sur le financement/refinancement de la BCEAO puisque n’ayant pas tous les moyens de sa politique. Cet état socialisant a fait l’objet de convoitises corruptrices de tous bords puisque ne pouvant pas satisfaire tout le monde dans sa façon de faire y compris ses propres agents. Nous avons défendu l’alternative à ce système dans notre contribution intitulée «SENEXIT: Libéralisme Patriotique ou Socialisme».

Le programme du candidat Ousmane Sonko a évolué de ce point de vue depuis notre critique de son livre Solutions : «Ousmane Sonko et le Socialisme Congénital Sénégalais». Il a dilué le rôle de l’état central socialisant dans son programme en optant pour une décentralisation autonomisante assumée. Pour pouvoir faire des choix souverains, il a également fait d’une union économique et monétaire à l’échelle de la CEDEAO, la dernière étape vers une union politique avec les états qui le souhaiteraient.

De ce fait, il est le seul qui nous ait présenté, ensemble, les deux points d’ancrage nécessaires à la matérialisation d’une vision libérale et patriotique qui est l’alternative à ce que nous faisons depuis 60 ans : il s’agit (i) d’une monnaie nationale permettant des politiques commerciale, financière, et économique maitrisées vers le libre-échange continental et international et (ii) d’une décentralisation en pôles régionaux autonomisés et responsabilisés pour leur développement et en concurrence dans un environnement national maitrisé.

De ces instruments de rupture découleront une nécessaire réforme du rôle de l’état central et un mandat de discuter de nos relations avec les pays de la sous-région, notamment avec l’autre locomotive de l’UEMOA qu’est la Côte d’Ivoire. Nous aurons ainsi soit une convergence de vues avec la Côte d’Ivoire dont le Président vient de réaffirmer sa volonté de laisser le FCFA (effectivement notre monnaie) en l’état, ou prendre notre autonomie monétaire et de change dans le cadre d’une banque centrale moderne, indépendante, et responsabilisée. Nous aurions, de ce fait, la maitrise des voies et moyens de nous intégrer dans une Afrique en construction et ouverte sur le monde. Cette intégration se ferait avec un état sénégalais décentralisé qui fournit des services publics de proximité de qualité, et prototype d’une future Afrique fédérale dont nous pourrons faire l’expérimentation avec nos voisins les plus immédiats. Nous pouvons dire d’ores et déjà à l’endroit des spécialistes et des sceptiques, que le cadre macroéconomique actuel du Sénégal lui permet de gérer une transition maitrisée vers un régime de change plus flexible sans difficultés. Ce cadre, qui a également une dette soutenable mais avec une composante devises à surveiller, continuera à accéder aux marchés financiers internationaux et à attirer les non-résidents dans son marché intérieur en monnaie locale en complément à nos capacités budgétaires et financières.

Le Président Macky Sall quant à lui, nous propose la continuité dans le schéma de la dépendance monétaire préférée par la Côte d’Ivoire et le capital étranger privé et sous leadership d’états, et la continuité de programmes dont les gaps sont financés par des bailleurs officiels. Ces dépendances seront d’une part, le rôle prépondérant de notre état central dans le développement, et d’autre part, le FCFA en l’état et/ou une monnaie CEDEAO à taux de change nécessairement fixe conjuguée à des accords de libre-échange avec l’Union Européenne et au niveau continental. Cette combinaison dans le contexte d’une faible inclusion financière de nos entreprises favorisera le capital étranger pour confiner le capital national à la périphérie de la sous-traitance et notre jeunesse, à former, au salariat. Elle ne responsabilisera pas non plus les collectivités locales dont le destin sera dépendant d’un état central déconcentré au plus. Cette option de la continuité ne sera pas celle «d’un Sénégal qui prend son destin en main» jusque dans ses communautés de base. D’une part, nous n’aurons pas l’exutoire d’un taux de change qui nous soit propre pour corriger nos erreurs de choix de soutien à nos entreprises nationales, et d’autre part, elle conférera ce rôle au budget de l’état central, ce qui maintiendrait les collectivités locales et donc les citoyens dépendants. Cette option ne sera pas non plus celle qui nous permettra de bâtir une économie résiliente faite d’un tissu diversifié d’entreprises nationales ne dépendant pas de choix d’entreprises étrangères délocalisées qui sous-traitent. Cette option, enfin, ne nous permettra également pas de nous assurer que la rente provenant de nos ressources naturelles n’alimentera pas des importations de produits que nous aurions pu produire, du fait d’une monnaie potentiellement surévaluée ne reflétant pas en tout temps nos fondamentaux nationaux. Nous avons fait la critique de cette politique de la continuité dans une tribune intitulée «Macky Sall a choisi : Socialisme et Capital Etranger».

A ce sujet, il n’y a en réalité aucun candidat véritablement libéral en course, ni au pouvoir, ni dans l’opposition, et nous ne parlons pas de néolibéraux ou de libéraux sauvages pour reprendre notre Premier Ministre. Ceux qui se réclament du libéralisme se disent libéraux sociaux ou d’un libéralisme à visage humain, des socio-démocrates quant-au fond. Le social rattaché à leur libéralisme ne se rapporte pas essentiellement à une volonté de socialiser, par la planification locale, la marche vers une économie de marché performante, mais pour le volet social (éducation, santé, redistribution, etc..) qu’ils jugent devoir ajouter au capitalisme inhérent au libéralisme qui prévoit déjà l’inclusion sociale. Le président de l’internationale libérale le leur a dit. Par ailleurs, leur libéralisme social, lorsqu’ils le justifient comme keynésien par le financement des infrastructures ou la planification de l’appui au secteur privé par un déficit budgétaire, a également été inopérant. Inopérant, car inadapté à notre régime de change fixe qui fait que ce financement nous a systématiquement mené à l’endettement extérieur et à des fuites de devises par les importations. De ce fait, notre classe politique n’est faite, au résultat, que de socio-démocrates ou socio-libéraux dépendant de l’extérieur quelle que soit l’étiquette qu’ils veulent se donner. Leur libéralisme social ou socialisme tout court ne peut être efficace qu’avec l’exutoire du taux de change qui leur a fait défaut pendant 60 ans pour corriger leurs erreurs de choix économiques et pour amortir les chocs extérieurs sans devoir s’endetter en devises. Leur libéralisme proclamé, s’ils l’appliquent, ne peut être opérant qu’avec le capital étranger (privé ou d’états) à moins que nous ne changions notre régime monétaire pour nous assurer qu’il soit également patriotique par l’inclusion financière de notre secteur privé et par l’exutoire du taux de change. La BCEAO (sous l’emprise de nos états socialisants) s’apprête à refinancer nos PMEs sans l’exutoire du taux de change. Les tournées de directeurs nationaux de la BCEAO avec des ministres du commerce pour en faire la promotion est la parfaite illustration de ce mariage socialisant qui ne produira pas de résultat pour les nationaux.

De ce point de vue, le Président Abdoulaye Wade, père du libéralisme africain, aurait pu avoir boycotté le congrès de l’internationale libérale qui s’était tenu à Dakar en 2018 pour cette raison économique et pour son patriotisme. Il l’avait cependant boycotté pour les libertés politiques de son fils qu’il jugeait bafouées.  Le candidat Karim Wade étant définitivement recalé, il se doit de soutenir la jeunesse et la rupture qui correspond à l’appel qu’il avait fait pour un Sénégal qui prendrait son destin en main.  Le programme du candidat Ousmane Sonko porte les germes d’une marche responsable vers une Afrique unie et libre avec des fondements solides puisque construits à partir des collectivités locales et non de bailleurs étrangers. Néanmoins, la symbolique de l’appréciation faite par le Président Wade sur le candidat Ousmane Sonko est synonyme, à nos yeux, de caution de soutien suffisant par une partie de son électorat pour le libéralisme patriotique que nous souhaitons. Le reste de cet électorat peut se disperser pour être contenu par la participation massive de la jeunesse pour la rupture. A défaut Macky Sall passera au premier tour.

Le contraste que nous venons de faire entre les visions des candidats Macky Sall et Ousmane Sonko nous semble suffisant pour faire un choix le 24 février. Les débats de dépenses budgétaires (éducation, santé, infrastructures de base, et autres réformes etc…) sont des sujets très peu importants du genre de ceux qui sont discutés lors de groupes consultatifs pour quémander des gaps à financer. Ces discussions d’arbitrages budgétaires dans un cadre macroéconomique qui peut être un équilibre sous-optimal ne sont pas si importantes car nous pouvons y avoir un consensus (lu nieup bokk nieup jot thi). De la même manière, l’exhibition de réalisations faites à partir de budgets successifs, mais de toutes les façons insuffisants au vu des besoins, ne mérite pas un débat. Il est plus judicieux de les reconnaitre au gouvernement puisque c’est tout à fait normal et passer aux débats de fond.

Par ailleurs, il n’est également pas très important de se disputer sur des mesures devant permettre au Sénégal d’avoir une offre de production (route, ponts, électricité, formation, capital de start-ups y compris avec la dette et des ressources pétrolières etc…) si la demande (extérieure ou intérieure) pour soutenir cette production est insuffisante ou inadaptée pour une économie résiliente et diversifiée. Il faut aussi maitriser les conditions de la demande pour une production diversifiée et résiliente par des politiques monétaire, commerciale, et de change maitrisées. A défaut, nous allons gaspiller nos ressources pétrolières à venir en les donnant à un état central développementaliste qui va les investir dans des secteurs qui vont satisfaire une demande rentière et détruire notre économie. Notre manne pétrolière ne doit pas être utilisée pour financer un capitalisme d’état. La clé d’une économie performante est essentiellement dans l’éducation, la santé, et les infrastructures certes, mais surtout un environnement favorable à l’investissement privé national et étranger libre auquel l’état peut participer.

Chers compatriotes. Notre pays est parmi les 25 pays les plus pauvres du monde et nous avons un indice de développement humain des plus faibles. La continuité n’est pas une option pour nous. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de perdre le temps que nous avons déjà perdu ces 60 dernières années quand nos concurrents se développaient et vont continuer à s’améliorer. L’avenir c’est effectivement maintenant et nous devons accélérer notre rythme de rattrapage par la RUPTURE et non par des ressources naturelles seulement. L’élection du 24 Février 2019 devrait donc être un REFERENDUM pour la jeunesse, le secteur privé national, les collectivités locales, bref le Sénégal. Il faut donc donner au candidat Ousmane Sonko un mandat de porter les instruments de la rupture au premier et/ou au deuxième tour pour «un Sénégal qui prend son destin en main» pour découvrir ce qu’est ce destin avec courage et foi.

Librement

Dr Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

La Démocratie Sénégalaise Debout

Nous disions dans notre contribution intitulée «Les Présidents SALL et WADE à la Croisée des Chemins» que le Président Macky SALL avait rendu un grand service à la démocratie sénégalaise dans sa quête de consensus pour un deuxième mandat. Ceci, parce qu’il avait réussi à fédérer la quasi-totalité des forces politiques traditionnelles du Sénégal autour de lui, ouvrant la voie aux débats sur ce que pourrait représenter l’alternative qui est en passe d’être incarnée par Ousmane SONKO.

En effet, la compétition entre les héritiers de Wade et de Senghor avait été tranchée par les sénégalais depuis 2012 car Macky SALL l’avait remportée sur Karim Wade et Idrissa Seck d’une part, et sur Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse, d’autre part. Deux pages de notre histoire devaient donc se fermer pour ne plus être réouvertes par le biais de querelles politiciennes entretenues contre la volonté déjà exprimée du peuple. Nous soutenions alors, que le Président Macky SALL a pu éliminer, s’appuyant sur des raisons objectivement défendables, des adversaires politiques capables d’entretenir des querelles politiciennes ou des appareils politiques sans doctrine ou idéologie comprises par leurs militants, ouvrant ainsi la voie aux débats de fond.

Ensuite, nous soutenions qu’il n’y avait que quatre forces politiques au Sénégal malgré les 47 listes aux législatives : (i) le pouvoir (ii) les frustrés du pouvoir qui avaient élu le pouvoir (iii) l’opposition hier au pouvoir et (iv) les alternatives. Les sénégalais ont également tranché cette compétition confirmant leur choix de 2012, ce qui devait se traduire en une consolidation du pouvoir et des frustrés du pouvoir en un seul bloc. Ces élections législatives avaient également donné mandat au Président Abdoulaye Wade d’organiser l’opposition mais pas au profit de son fils, le cas de ce dernier ayant déjà été tranché dans les urnes en 2012. Enfin, la primaire du groupe des alternatives avait été remportée par Ousmane SONKO et le PUR. En ce qui nous concerne, notre message alternatif indépendant n’avait pas été entendu du fait de la pléthore de listes. Nous avions donc naturellement soutenu le parrainage malgré le fait que nous en avions été doublement victimes, en 2012 avec une candidature rejetée (12 000 parrains), et en 2017 (32 000 parrains) du fait de 45 autres listes non parrainées. Usant de la même méthode du porte-à-porte, nous n’avons pu collecter que 11 000 signatures pour la présidentielle de 2019, et ne les avons donc pas déposées en doublons. Le parrainage, conjoncturellement généralisé, a donc joué son rôle de réduction des candidatures en ligne avec les résultats des législatives jusqu’à la rationalisation des partis politiques pour rétablir les indépendants dans leur droit.

En définitive, la compétition électorale (2000, 2012, 2017), la justice, et le parrainage, ensemble ont pu aider le peuple sénégalais à espérer s’affranchir de la politique politicienne en confirmant leurs choix déjà exprimés par deux alternances. Pour raison d’état, la justice se devait aussi de traiter de manière exceptionnellement diligente le traitement des dossiers. Le conseil constitutionnel vient aussi de confirmer le Sénégal en une démocratie majeure, car nous aurions été une république bananière si des candidatures devaient être retenues pour des raisons techniques pour ensuite conclure qu’elles ne devaient pas être quelques jours plus tard. Ça aurait été irresponsable de la part de sages conseillers et gardiens de notre constitution et pour la postérité.

Les sénégalais en sont donc à devoir évaluer le pouvoir consolidé qu’ils ont élu et identifier l’alternative à ce pouvoir dans sa vision de notre développement au vu de son bilan, mais surtout des perspectives, car le bilan dans le mode de gouvernance du pays est le même que celui des 60 dernières années. Le bilan est celui de réalisations physiques et une croissance non durable tirée par l’endettement extérieur et la redistribution de ressources budgétaires temporaires dans le contexte d’un environnement international favorable notamment les prix du pétrole par rapport à leurs niveaux de 2012 (voir notre rapport www.cefdel.net, «bilan socialiste, perspective libérale patriotique»).

De ce qui précède, il peut être conclu, que nous n’avons en réalité que deux choix : Macky SALL ou Ousmane SONKO. Non pas pour leurs personnes mêmes, mais pour une fois, pour les visions alternatives claires qu’ils représentent, et qu’ils ont maintenant la responsabilité d’expliquer aux sénégalais lambda dans le mois à venir sans pollution politicienne.

En effet, cette bipolarisation ne doit pas être obscurcie par des querelles politiciennes notamment sur la crédibilité des candidats. Madické Niang nous a déjà dit qu’il n’était pas candidat pour une vision mais pour représenter un absent en la personne de Karim Wade qui a peut-être un rôle à jouer. Il négociera peut-être pour lui, étant son avocat, dans un deuxième tour de scrutin. Cette compétition sera aussi certainement pour Idrissa Seck qui avait élu le pouvoir, une occasion de jauger son résiduel de sympathie auprès des sénégalais pour en tirer des conclusions sur sa posture dans un second tour ou pour l’avenir. En ce qui concerne le candidat du PUR, le fait qu’il soit connu des sénégalais par le nom même de son organisation en dit long sur son rôle attendu. Il pourra également jauger son plein de voix et se déterminer par rapport à la bipolarisation du champ politique sénégalais.

Cette bipolarisation doit aussi consacrer le parachèvement de notre démocratie et notre marche vers le développement car il n’y a que deux voies vers celui-ci, à nos yeux, en termes de vision. Il s’agit du leadership d’état par la socialisation de l’approche à travers l’état et son partenariat avec le capital étranger ou national, ou la responsabilisation des sénégalais, de leurs communautés locales, et du secteur privé national, les exceptions pour se prévaloir d’un pragmatisme dans les deux approches ne changeant pas leurs essences. La première est socialisante et la deuxième est libérale. Est-ce que nous voulons prendre notre destin individuel et collectif local pour aller au développement, ou nous voulons donner à l’état le leadership de nous mener au développement? Est-ce que nous voulons principalement compter sur notre secteur privé national aussi petit qu’il soit en mettant les conditions de son essor en place, ou est-ce que nous préférons compter sur le capital étranger en partenariat avec l’état pour aller au développement? Comment financer ces options?

Nous pensons que les candidats recalés doivent se déterminer par rapport à cette bipolarisation. Certains doivent objectivement rallier Macky SALL car ils ont la même vision que lui, et d’autres à Ousmane SONKO qui est le seul à avoir une vision différente de ce que nous avons fait ces 60 dernières années, notamment du point de la souveraineté économique. Ousmane SONKO a cependant assigné un rôle important à l’état dans sa vision du développement, mais nous l’exhortons à nouveau qu’il faudrait utiliser cet état pour responsabiliser les sénégalais et le secteur privé national et par notre autonomie monétaire sénégalaise ou l’UEMOA seulement. Sinon, son offre ne sera pas différente de celle de Macky SALL et de tous les autres candidats qui nous ont exposé leur vision.

Il s’agira d’un cheminement vers la liberté et la souveraineté, pas seulement vis-à-vis de l’étranger, mais la souveraineté du sénégalais lui-même vis-à-vis de son état et de ses concitoyens par l’emploi et par son adhésion à une communauté locale autonome et responsable et ouverte sur le monde aidée en cela par une monnaie libérée.

Ce que l’état doit faire et n’a jamais bien fait tous les sénégalais le savent. L’état doit d’abord s’occuper de l’éducation, de la santé, des infrastructures de base et d’appui au secteur privé, et d’un environnement propice à l’essor du secteur privé national tout en maintenant une dette soutenable. Ce n’est que si nous avons des marges de manœuvre budgétaires pour socialiser des interventions de l’état dans les activités commerciales que nous devons le faire en partenariat avec le privé. Mais nous devons le faire avec l’exutoire du taux de change au cas où on se tromperait de choix pour que nos ressources financières restent dans notre économie nationale. Les ressources pétrolières et gazières à venir ne doivent pas nous dévier de cette façon alternative de gérer nos affaires publiques. La question est de savoir comment financer ces besoins et avec quel type de gouvernance qui responsabiliserait davantage les sénégalais et les collectivités locales.

De ce point de vue, le dernier combat d’Abdoulaye Wade, à nos yeux, est d’être l’artisan de l’amorce du libéralisme classique en Afrique après la transition du libéralisme social (Diouf, Wade et SALL), pour parachever le changement (SOPI). A défaut, il lui faudra accepter que son héritier est bien Macky SALL. Il a peut-être déjà tiré cette conclusion.

Vive la Démocratie

Vive le Sénégal

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Idrissa Seck Candidat Sans Vision Nouvelle

Une vision doit pouvoir se résumer en une seule phrase. Idrissa Seck aura peut-être une autre chance de se rattraper n’ayant pas lui-même présenté sa vision qu’on nous a annoncée patriotique mais en 15 versions différentes et pas particulièrement patriotiques. Ses 3 axes stratégiques (gouvernance, économie, et sécurité) qui sont trop généraux devaient naturellement découler de cette vision claire et permettre une compréhension d’ensemble qui a fait défaut lors de la déclinaison de son programme avec le détail de 45 mesures de mise en oeuvre. Il avait cependant lui-même annoncé ces 3 trois axes stratégiques sans vision clairement énoncée lors de son investiture, ce qui nous pousse à conclure qu’il n’a pas de vision nouvelle. Ces axes stratégiques peuvent néanmoins se résumer en un seul : «une meilleure gouvernance» dans la mise en œuvre de la vision du statu quo, «Yorinwi» selon ses propres termes. S’il ne propose qu’un axe stratégique d’un «Sénégal dans une gouvernance plus efficace, plus juste, et plus solidaire», cela explique la batterie de mesures d’ordre technique qui ont été présentées et qui sonnent comme des contributions à Macky Sall.

En effet, après avoir écouté l’exposé du programme du candidat Idrissa Seck, nous avons retenu des mesures sectorielles dans le style du candidat Bougane Gueye Dani sans fil conducteur, ce qui les place dans le même registre du management et de la gestion (la gouvernance) et moins du leadership. Une meilleure allocation des ressources et une meilleure gouvernance de nos institutions et secteurs seront toujours possibles, mais il est nécessaire de décliner la vision qui justifie la pertinence des choix. De ce point de vue, le candidat Idrissa Seck ne nous a pas présenté un lendemain véritablement nouveau vers lequel il veut nous amener pour justifier une alternance à son profit. Il est comme beaucoup de nos hommes politiques dans une logique de réforme de nos institutions qui fonctionnent relativement bien et du renouvellement de leurs animateurs. Il est également dans une logique d’une meilleure (juste, équitable, efficace, et solidaire) allocation sectorielle du budget de l’état et de nos capacités d’endettement et leur déploiement comme moyens nous dit-il d’impulsion de l’activité économique. C’est cette dernière façon de faire que nous avons caractérisée comme celle d’un état socialisant et développementaliste digne de bons socialistes que le Sénégal doit alterner ou maintenir Macky Sall en poste. Malheureusement, bien que se disant libéral, Idrissa Seck n’a pas dérogé au socialisme congénital sénégalais qui voit l’état comme solution à nos problèmes économiques sectoriels bien que n’ayant pas changé nos conditions de vie en 60 ans d’indépendance.

De ce fait, Idrissa Seck est passé à côté de ce qui pour nous est l’enjeu véritable de l’élection présidentielle de 2019 et que nous avons exposé dans une récente contribution (Libéralisme Patriotique ou Socialisme) et par rapport auquel le Président Macky Sall joue sur deux tableaux. Il s’agit de soit libérer et responsabiliser les nationaux avec l’appui de l’état dans leur propre développement avec un environnement économique nouveau d’accompagnement ou dans notre environnement économique actuel diriger le développement et socialiser les décisions en mettant l’état au cœur du processus avec l’appui du capital étranger et sous leadership d’états (Chine, Turquie, etc..). Macky Sall dit être à la fois pour l’un et pour l’autre mais ses choix le placent résolument dans la deuxième option. Nous l’avons expliqué dans une contribution intitulée (Macky Sall a Choisi : Socialisme et Capital Etranger). Il dit que le secteur privé national doit prendre le relais de la croissance mais crée les conditions du leadership du secteur privé international dans le cadre de la CEDEAO ou de l’UEMOA avec une monnaie unique dont le taux de change sera nécessairement fixe sans une politique monétaire propre, ce qui favorisera le capital étranger. En effet, notre environnement économique actuel est principalement notre appartenance à ces ensembles sous-régionaux qui limitent notre souveraineté économique comme moyen devant nous permettre de mener des politiques économiques libérales au profit du secteur privé national.

Par ailleurs, Idrissa Seck promet une décentralisation plus approfondie avec des transferts de ressources aux collectivités locales. Macky Sall est également pour la responsabilisation des élus locaux (décentralisation) mais tous ses programmes sont mis en œuvre dans une logique de relais locaux de l’état (déconcentration). Dans un prochain mandat, il a promis aux quelques 500 maires qui le soutiennent qu’il va abandonner cette façon de faire dans le cadre de pôles régionaux qu’il avait annoncés il y a 7 ans et qui sont promis par presque tous les candidats à la Présidence de la République. Les pôles régionaux ne peuvent cependant pas être responsabilisés sans un système monétaire et financier d’accompagnement étant donnés les moyens limités de l’état central et la faible inclusion financière des collectivités locales et des populations.

De ce fait, en proposant de garder le FCFA en l’état et d’œuvrer pour une monnaie unique CEDEAO à moyen et long terme, et de renégocier les APE dans ces contraintes, Idrissa Seck ne se différencie pas de Macky Sall et des autres candidats. Nous pouvons donc conclure que ses mesures de meilleure gouvernance économique, institutionnelle, et sectorielle ne produiront pas de résultats significativement différents de ceux des 60 dernières années et ne pourront pas être patriotiques car non localement finançables. L’emploi sous le leadership du secteur privé national ne pourra pas non plus être réalisable et ne sera donc pas patriotique pour garantir un pouvoir d’achat local. Les propositions de meilleure gouvernance quoi que potentiellement valables ne justifient donc pas une alternance dans un contexte où le choix le plus important est celui de notre modèle économique. En effet, des mesures telles qu’une justice plus indépendante, une décentralisation plus autonomisante, une meilleure santé et une meilleure éducation, et un audit juridique des contrats d’exploitation de nos ressources naturelles, etc…peuvent faire l’objet de consensus de toute la classe politique. Le candidat Idrissa Seck prépare-t-il un deuxième tour dans une position défavorable ? L’avenir nous le dira.

Nous affirmons à l’endroit de tous les candidats à la Présidence de la République que tout programme qui n’a pas en son sein le décrochage de notre monnaie et sa flexibilisation pour accompagner une politique économique libérale au profit du secteur privé national ne peut être que le statu quo. Ce statu quo sera une croissance impulsée par l’état et le capital étranger pour, à travers le budget, améliorer les conditions sociales des populations plutôt que de les autonomiser vis-à-vis de l’état et du capital étranger. C’est l’option du Président Macky Sall et il n’y a qu’une alternative à cet état de fait: Le libéralisme Patriotique qui est impossible sans un système monétaire et financier national et souverain d’accompagnement ou tout au moins au niveau de l’UEMOA pour éviter un abus de l’instrument monétaire et de change.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp  

Macky SALL: Les Bailleurs ne sont pas les Sénégalais

Un plan quel qu’il soit doit d’abord être présenté aux sénégalais avant de rechercher son financement, sinon nous renforçons la culture d’irresponsabilité des sénégalais dans leur propre développement. Le problème de l’Afrique et du Sénégal est une culture de plan de développement avec des projets à présenter à des bailleurs comme le ferait un individu ou une entreprise puisque nous n’avons pas les moyens de nos politiques. Le Sénégal n’est pas une entreprise ou un individu et n’a en réalité plus de gap de financement (déficit non finançable sur le marché intérieur ou extérieur aux conditions du marché). La crédibilité du Sénégal permet de financer son déficit budgétaire (y compris pour participer à des PPP viables), en partie sur le marché régional (en FCFA), chez les bailleurs bilatéraux et multilatéraux (s’ils veulent), ou sur les marchés internationaux si le taux de croissance précède par le secteur privé. Cette croissance ne doit pas être le résultat d’un endettement qui en réalité va financer au bout du compte la demande dans le secteur des services comme dans la phase une du PSE. Les réalisations physiques ainsi financées ne sont que la contrepartie de l’endettement sans contribuer à une croissance durable.

De ce point de vue, ce qui importe c’est le niveau d’endettement limite que nous nous fixons, de même que le déficit budgétaire pour avoir une croissance fiscalement soutenable. Le reste relève du secteur privé et du capital étranger et sous leadership d’états (Chine etc…). A 3% du PIB de déficit budgétaire à financer sur 2019-2023, le Sénégal n’a pas de gap de financement non finançable par le marché, ce qui rend un groupe consultatif en réalité inutile. C’est comme les 10 milliards que les marchés financiers ont proposé quand nous demandions 2 milliards d’eurobonds. Nous n’avons pas pris les 10 milliards d’offres parce que nous n’en avions pas besoin et ça ne correspondait pas à une stratégie d’endettement responsable et soutenable et à notre cible de déficit budgétaire et à ce que nous recherchions. La déclaration du FMI au groupe consultatif est à méditer de ce point de vue car dans son langage diplomatique habituel, il a un fort contenu en messages.

Le gap que le Sénégal s’impose et qu’il demande aux bailleurs est du fait de ses propres préférences de financement (dettes concessionnelles et dons) et de dépenses publiques au-delà de ses capacités dans la logique d’une entreprise qui finance des projets de développement. C’est cette approche socialiste du développement dans le contexte d’une monnaie trop forte qui fait que tout argent injecté se retrouve en importations avec comme résultat que nous demeurons le 25ieme pays le plus pauvre du monde.

L’alternative à ce que nous faisons depuis 60 ans, c’est d’avoir un plan de dépenses à moyen terme pour financer l’éducation, la santé, les infrastructures de base et d’appui au secteur privé dans un budget et une stratégie d’endettement soutenables et financés par les sénégalais eux-mêmes. Les capitaux étrangers et du marché viendraient en compléments et principalement en monnaie nationale. Il faut donc attirer les investisseurs dans le marché sous régional et faire les réformes nécessaires pour permettre au secteur privé sénégalais aussi faible qu’il soit de prendre son destin en main. C’est ça la rupture et la dignité. La déclaration de la représentante de l’Allemagne au groupe consultatif est à méditer de ce point de vue. Elle nous a appelé à faire confiance à notre secteur privé national avant de compter sur les investisseurs allemands car ce secteur privé national, aussi petit qu’il soit, fait 98% de nos entreprises. Il faut donc faire les réformes nécessaires pour mener ce secteur privé vers sa formalisation car il est notre seul avenir.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp