Abdoul Mbaye Dilemme sur le Bilan Socialiste Partagé

La réalité de la gestion d’un pays peut mettre à nu au grand jour l’inadéquation des visions présentées avec sincérité par des personnalités politiques aspirant à diriger notre pays. Peu sont les hommes politiques qui accepteraient de s’être trompés pour justifier une seconde chance que pourrait mériter Abdoul Mbaye. La vision qui sous-tend ses propositions est celle de Yonu Yokuté abandonnée car inadaptée au contexte et théorisée par Macky Sall au contact de l’extrême pauvreté lors de ses tournées dans les profondeurs du Sénégal. Cette vision se résumait ainsi: «Un Sénégal où les injustices et inégalités sociales sont réduites au minimum» comme base de l’émergence et d’une croissance forte. Abdoul Mbaye en réaffirmant la justesse de cette vision pour honorer sa parole donnée aux sénégalais s’est enfermé dans un dilemme face à l’échec constaté de cette vision dans un contexte de pauvreté généralisée sans ressources centrales à redistribuer y compris dans l’agriculture. Cette situation l’oblige à théoriser un développement par la base sans modèle de financement local adapté face à la pauvreté des populations locales. Macky Sall en nous donnant rendez-vous en 2019 pour évaluer son bilan a préféré renier la parole donnée pour être jugé aux résultats qu’il espérait bons après avoir essayé plusieurs visions. Il a donc correctement appliqué l’éthique de la responsabilité et sera jugé.

Abdoul Mbaye aura donc été rigidement fidèle à sa déclaration de politique générale dans son discours programme et dont le principal axe stratégique que nous résumions ainsi qui suit en 2012 n’a pas changé: «La décentralisation et la territorialisation des politiques comme moyens de réaliser la bonne gouvernance démocratique et le développement économique et social». Nous invitions alors le gouvernement à réaliser cette vision stratégique en adhérant aux valeurs d’autonomie et de liberté ce qui devait revenir à territorialiser la définition même des politiques publiques et à revoir notre architecture institutionnelle sur cette base. Abdoul Mbaye nous retrouve donc sur ce terrain dans son discours programme. Le développement à la base se heurte cependant à la nécessité d’un modèle d’autofinancement local adapté. C’est ce qui explique l’absence criard de détails sur la question dans le discours d’Abdoul Mbaye malgré ses propositions intéressantes et détaillées notamment sur l’artisanat et la décentralisation sous leadership d’état.

Abdoul Mbaye semble donc nous proposer de poursuivre la mise en œuvre de sa déclaration de politique générale prématurément interrompue tout en conservant la vision qui la sous-tendait et qui a produit des échecs constatés. Cette déclaration essayait de faire la synthèse de la vision socialiste des assises nationales et de celle du programme Yonu Yokuté. Puisque les contraintes macroéconomiques et budgétaires ne permettaient pas une politique d’émergence par la redistribution et la prise en charge des mondes rural et urbain dans l’extrême pauvreté, Abdoul Mbaye avait entamé à juste titre le processus d’ajustement des dérapages budgétaires du régime d’Abdoulaye Wade. Contrarié, le Président Macky Sall avait mis Aminata Touré en scelle et dont la déclaration de politique générale était la meilleure traduction possible des aspirations socialistes et redistributives du Président Macky Sall sous contrainte budgétaire. Nous disions alors sur cette déclaration que «son volet économique était le plus faible en substance». Le Président Macky Sall devant l’évidence de la nécessité de créer de la richesse a travaillé à remplacer son Premier Ministre avec une vision essentiellement économique de transformation structurelle sous le leadership de l’Etat tout en continuant son penchant social (le PSE). Il le fera principalement par l’interventionnisme d’état dans l’agriculture, le financement de grands travaux par l’endettement, les impôts sur les produits pétroliers dont les prix devaient baisser pour financer des programmes sociaux. Du fait de l’accélération de l’endettement, de la remontée des cours du pétrole, il se rendra rapidement compte que cette croissance ne sera pas durable, ses partenaires internationaux ayant sonné l’alerte.

Le Président Macky Sall se sera donc trompé trois fois de vision avant de nous proposer une quatrième vision plus libérale allant dans le bon sens par nécessité, face aux limites de l’endettement public et du leadership d’état. Il s’agit d’un «Sénégal sans exclusion où tous les citoyens bénéficient des mêmes chances et des mêmes opportunités pour réaliser leur potentiel et prendre en main leur destin». L’état ne pouvant pas tout faire, cette vision a été baptisée «un Sénégal de tous et un Sénégal pour tous» qui sera nécessairement limité dans ce qu’il pourra faire. L’Etat a de ce fait appelé le secteur privé à «piloter, financer, et exécuter » les projets de la phase 2 du PSE. Les citoyens devront donc prendre leur destin en main. Abdoul Mbaye nous dit la même chose en écrivant concernant le financement de ses propositions que « sans risque de caricature, deux constats s’imposent : L’Etat ne peut plus ou l’Etat ne peut plus tout seul». De ce fait, il nous propose les partenariats publics-privés dont le financement ne permettra pas de financer en même temps ses politiques redistributives d’envergure. Ceci l’inscrit résolument dans la même perspective libérale que Macky Sall pour sa liste de projets pouvant faire l’objet de partenariats publics-privés.

Malheureusement, cette vision de responsabilisation du citoyen ne produira pas non plus son potentiel pour plusieurs raisons que nous avons déjà évoquées dans nos précédentes contributions. Il s’agit, d’une part, de l’absence d’un système financier et monétaire adéquat qui permettrait aux citoyens de réaliser leurs propres plans, et d’autre part, du leadership d’un état central défaillant et capturé par des lobbys qui produira davantage d’injustices sociales. La perspective d’une décentralisation plus approfondie pour améliorer les services publics face à une administration centrale inefficiente et inefficace, et d’une réforme monétaire et financière qui semblent maintenant faire l’unanimité, permettraient de pallier ces faiblesses.

Cependant, lorsque Macky Sall ne veut pas nous parler de réforme monétaire, Abdoul Mbaye s’écarte de lui lorsqu’il nous dit «qu’il ne peut être envisageable de parler d’économie et de prix sans évoquer la monnaie par laquelle elle s’exprime». Son souci du détail disparait alors  soudainement. Il nous propose une monnaie forte, la renégociation de la garantie de la convertibilité de notre monnaie, et la réforme de la gouvernance de la BCEAO, sans plus. Ces positions qui sonnent comme celles de Dominique Strauss-Kahn sont incompatibles avec le développement endogène de l’artisanat par le leadership du secteur privé lui-même ou de l’état qu’il a bien développé dans son programme. Notre monnaie n’a pas besoin de garantie de convertibilité et sa compatibilité avec les fondements internes et externes ne rime pas nécessairement avec stabilité. Abdoul Mbaye aura donc fait le choix du statu quo au même titre que Macky Sall. Il ne pourra donc réussir dans sa somme toute bonne option stratégique de soutien de l’artisanat pour réaliser la transformation structurelle de l’économie sénégalaise,  et dans sa stratégie de financement de grands travaux à haute intensité de main d’œuvre pour la jeunesse. Le besoin en devises pour financer la fuite anticipée en importations de ces injections de liquidités serait une dilapidation de nos ressources pétrolières et gazières en perspective.

Nous répétons donc à Abdoul Mbaye ce que nous lui disions en 2012: «Tant que nos gouvernants n’auront pas le courage de regarder l’autre face de la pièce de politique économique qu’est la monnaie, nous répéterons sans cesse l’histoire: expansion budgétaire et quasi-budgétaire, endettement, ajustement, annonce de réformes structurelles sans résultats pendant que le monde avance. Nos économies rurales de subsistance et urbaines peu monétisées ne peuvent être compétitives sans une politique monétaire, de crédit, et de change d’accompagnement adéquate».

Nous réitérons également notre point de vue sur la dernière déclaration de politique générale du Premier Ministre Dionne soutenant qu’il restait: «deux éléments fondamentaux au peuple sénégalais s’il veut démontrer le courage de se développer et prendre son destin en main: (i) une autonomie monétaire sénégalaise dans le sens d’un Brexit si la gouvernance de la BCEAO n’est pas réformée et (ii) une décentralisation autonomisante et responsabilisante dans le cadre de pôles régionaux ayant comme ancrage la dynamique d’urbanisation dans leurs périmètres respectifs.

Ces deux conditions sont compatibles avec l’appel d’Abdoul Mbaye pour une «réactivation de notre sentiment d’identité nationale et en cimentant notre partage d’un destin commun…Une route où le travail sera érigé au rang de priorité et d’institution capable de conférer ou de restaurer chez l’individu son être social, lui donner des raisons de croire en lui, en sa communauté, en son pays ». Apart l’accent mis sur l’individu, cet appel correspond à celui d’Ousmane Sonko.

Dans cette perspective, Abdoul Mbaye, tout comme Ousmane Sonko nous l’avons dit, a certainement un rôle à jouer s’il accepte par l’éthique de responsabilité que la vision socialiste d’origine du programme Yonu Yokuté, de façon générale, est inadaptée au contexte. C’est vrai, les inégalités et injustices sociales doivent être au centre de nos préoccupations dans les limites des possibilités de l’état, mais la libre solidarité légendaire, locale et communautaire des sénégalais dans une économie décentralisée qui fonctionne sera le meilleur remède. L’état a effectivement atteint ses limites.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Ousmane SONKO et le Socialisme Congénital Sénégalais

Ousmane SONKO que nous remercions de nous avoir invité à la cérémonie de lancement de son livre «solutions» et lors de laquelle il a invoqué notre contribution démontrant que Macky SALL a décidé d’opérer un virement vers davantage de libéralisme, est à féliciter. Il est à féliciter pour avoir produit un livre exposant en un chapitre introductif de cinq pages sa vision socialiste et nationaliste qui compte sur un état suffisamment financé, y compris par la monnaie, pour réaliser notre émergence. Par le patriotisme, le travail, et l’éthique, il nous promet sous le leadership d’un état vertueux, non dépendant de l’extérieur, de réaliser notre progrès social dans un nouveau contrat national. Par le collectivisme qui prend le dessus sur l’individu et la communauté dans un état fédérateur et non fédéré qui sera nécessairement centralisé et déconcentré, SONKO nous promet un «Sénégal de tous et un Sénégal pour tous» que Macky Sall semble progressivement abandonner.  Président de la République, il fera mieux que ses prédécesseurs avec une utilisation responsable du taux de change de notre monnaie auquel il osera toucher ou faire toucher s’il peut, mais il vous propose de croire en nous «Gueum Sougnou Bopp»  mais pas essentiellement en vous-mêmes «Gueum Sen Bopp». De ce point de vue, il vous propose de changer les acteurs du système et un élément essentiel du système, la monnaie, mais pas le système qui est le socialisme congénital sénégalais. La solution pour SONKO n’est pas en vous mais en nous, la nation.

Nous disions dans notre contribution précédente que Macky SALL après avoir constaté les échecs du socialisme auquel il a cru comme tous ses prédécesseurs pendant tout son mandat, c’est-à-dire le leadership d’état dans la résolution de vos problèmes, est en train de changer de cap vers le libéralisme par nécessité pour responsabiliser le secteur privé, l’endettement d’état ayant atteint ses limites.  Malheureusement, il n’en a pas les outils et compte sur la banque centrale et le financement extérieur pour permettre au secteur privé de «piloter, financer, et exécuter» la phase 2 du PSE.  Dans le cadre actuel de notre régime de change, cette option ne produira pas de résultats nous l’avons expliqué à cause de la fuite anticipée en importations des liquidités injectées. C’est de ce point de vue que SONKO aurait mieux réussi, mais dans la méthode, il vous propose la même chose. Régler vos problèmes à votre place de façon participative.

Il est vrai que croire en soi-même n’est pas suffisant, encore faudrait-il avoir les moyens de traduire en actions concrètes la notion de «Gueum Sa Bopp». Nous disons depuis 2011 «Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp» qui permet d’opérationnaliser le «Gueum Sa Bopp» au-delà du «Gueum Sougnou Bopp» ou l’indépendance au niveau national. Il se peut bien que les Sénégalais préfèrent comme nous le disions au sortir des législatives de 2017 dans une contribution intitulée «Leçons d’un Scrutin»  aller à l’émergence sous l’aile protectrice de leur état et de leur classe politique traditionnelle. Prendre leur destin «commun» en main mais pas leur destin «individuel et communautaire» en main. Dans ce cas, vous avez votre Président SONKO si la contrainte de financement de son état fédérateur vertueux est levée.

Malheureusement je ne pense pas que ce sera le cas s’il est élu.  Comme tous ses prédécesseurs avant lui, l’état central d’un peuple n’ayant pas les moyens de le financer ne pourra compter que sur l’extérieur pour combler le déficit de financement de ses promesses. Les niches fiscales ne suffiront pas car l’équilibre macroéconomique actuel de taxation effectivement faible et moins élargie conditionne en partie les performances des secteurs formel et informel. Le gouvernement de Macky SALL n’a pas pu réaliser les performances fiscales proclamées à chaque loi de finance, parce que c’est concrètement difficile même avec une vertu améliorée car notre problème n’est pas fondamentalement la corruption.  Le renforcement des prérogatives de l’état signifiera nécessairement plus d’impôts à moins que les ressources pétrolières et gazières à venir soient utilisées pour renforcer un état socialiste et nationaliste.

SONKO vous aura donc averti en ces termes: «Nous devons dire, d’emblée, que le rôle de l’Etat sera important dans la réalisation de notre vision et de notre modèle. La fonction économique de l’Etat va au-delà de celle d’une institution utilisée simplement au service des politiques sociales et de la redistribution. L’Etat ici est l’incontournable outil de restructuration…Son intervention doit être séléctive, stratégique et complémentaire du marché….ni-néolibéral, ni interventionniste traditionnel, mais démocratique et participatif» nous dit-il. Peut être qu’il sera libéral social, nous verrons.

En ce qui concerne Macky SALL, s’il est prêt à toucher ou faire toucher s’il peut le taux de change, son option indirectement socialiste mais davantage libérale d’appuyer le secteur privé leader de l’émergence réussira mieux dans un deuxième mandat que dans le mandat précédent. Il vous propose aussi en perspective de la phase 2 du PSE «un état interventionniste démocratique et participatif».  Vous pourrez lui rétorquer que c’est trop tard. La différence étant que SONKO est vierge et vous promet la vertu dans la mise en œuvre de ce que Macky SALL vient de commencer avec la déconcentration de l’état, la mise en place de pôle régionaux qui détermineraient à travers le secteur privé local les voies sélectionnées.  Dans les deux cas, les Sénégalais auront choisi le leadership d’état ou le leadership d’un secteur privé national et local appuyés. Il s’agit du paradigme «Doomed to Choose » ou «Condamné à choisir » une voie que nous avons expliqué dans notre commentaire de la première déclaration de politique générale du Premier Ministre Dionne, contribution intitulée «La vision du PSE est-elle adaptée au contexte».

Nous exhortons notre ami Ousmane SONKO à revisiter son analyse de l’apport de la liberté individuelle et collective locale dans la réalisation de la responsabilisation des sénégalais pour leur développement avec l’accompagnement de l’état. Il ne s’agira pas comme il le dit «d’une obligation de renonciation à l’intérêt individuel lorsqu’il est en contradiction avec l’intérêt général». L’intérêt individuel et collectif local dans un état correctement décentralisé en pôles régionaux autonomes, mène vers l’intérêt collectif global par la libre solidarité nationale de pôles autonomes. Ceci parce que l’intérêt individuel dans ce contexte permet une solidarité nationale libre et consensuelle dictée par la liberté de l’individu de vivre dans la localité qui lui plait.  Ce serait le cas dans l’état fédéral de Cheikh Anta Diop. Le comportement du plus grand nombre au niveau communautaire où les individualismes bâtissent des consensus libres «sécrètent» effectivement le bonheur collectif local et non le contraire.  L’intérêt général par le déni de la liberté individuelle dans un état socialiste centralisé nationaliste n’ayant pas les moyens de sa politique pousse à l’endettement extérieur, la nécessité d’externaliser la responsabilité de la gestion monétaire pour éviter une inflation inutile, et à l’émigration dont le nombre de sénégalais vivant à l’extérieur est la démonstration.

Le changement se fait effectivement avec du neuf.  Le système qu’il faut donc changer ne se résume pas aux hommes qui l’animent mais le système lui-même. Le système de gouvernance du Sénégal est congénitalement socialiste et les causes produiront toujours les mêmes effets. Le centralisme d’état favorise la corruption pour capturer les ressources communes par des lobbys (champions nationaux) ou étrangers.

Nous devons construire une société libre, responsable, démocratique, et ouverte sur le monde qui peut produire une substitution aux importations et promouvoir les exportations sans forcer le consommer local. Ceci passera par l’inclusion financière de toute la population pour leur permettre de financer leurs propres plans y compris d’industrialisation pour vendre à une clientèle essentiellement libre utilisant une monnaie libérée.  Cela n’empêchera pas comme nous l’avons dit un accompagnement de l’état pour pallier les défaillances du marché et fournir des services publics de qualité (éducation, santé, assainissement, protection sociale, infrastructures de base et d’appui au secteur privé).  L’option de SONKO vers une décentralisation poussée mais non assumée permettant de découvrir ces défaillances et ces besoins va ainsi dans le bon sens dans la mesure où l’impôt orienté vers des services publics de qualité améliore la compétitivité. Le Président SONKO devra donc revoir la gouvernance des services publics avant de lever davantage d’impôts comme il l’a démontré dans la meilleure section de son livre relative à la fiscalité. Ce n’est pas encore le cas au Sénégal et SONKO a certainement un rôle à jouer dans cette perspective n’étant pas moins méritant que ses anciens collègues aux commandes.

Librement

 

Dr Abdourahmane SARR

Président du CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp 

Macky Sall, le Libéralisme, et la BCEAO

Le Président Macky Sall poursuit l’inclinaison libérale de sa politique en fin de mandat et en perspective de la Présidentielle. Que ses alliés ou l’opinion publique le sachent ou non, cette option devient de plus en plus claire.  Son opposition peut se saisir du socialisme, libéralisme social ou socio-libéralisme qui perdent du terrain dans sa mutation ou comme nous le disions dans notre précédente contribution (Macky et Wade à la Croisée des Chemins) s’allier ou s’opposer à lui sur ce même registre du libéralisme. S’opposer ou s’allier sur ce même registre, car les alternatives ci-dessus mentionnées ont toutes déjà été essayées par tous les régimes y compris le sien lors de son premier mandat sans succès et avec comme résultat l’endettement et la vulnérabilité extérieurs qu’on a que trop bien connus dans les années 80-90.

La BCEAO, élément central qui accommode, accompagne, ou contrarie ces options stratégiques n’est malheureusement pas suivie et comprise par la classe politique et l’opinion. Elle a accompagné le financement indirect de nos déficits budgétaires avec une croissance par l’endettement sans progrès social significatif et avait entrainé le secteur bancaire dans cette option à travers le refinancement de leurs souscriptions aux titres d’états.  Elle est elle-même en train d’opérer la même mutation (nous y reviendrons) pour accompagner la nouvelle option libérale prise par les deux locomotives de l’UEMOA que sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal.  Cette mutation est imposée par l’atteinte des limites du financement du leadership d’état de nos ambitions d’émergence, ce qui fait que des solutions au financement du secteur privé national et local, particulièrement des PMEs, sont devenues nécessaires.

En effet, dans le sillage de la dernière déclaration de politique générale du Premier Ministre, Macky Sall poursuit son changement de cap vers davantage de libéralisme et le confirme avec force dans le communiqué du conseil des ministres du 12 septembre 2018 en disant : «Le Président de la République insiste sur l’impératif stratégique de renforcer le rôle moteur et la place centrale du secteur privé, notamment local, dans le pilotage, le financement et l’exécution effective des projets et réformes du PSE ».

Auparavant, lors du Forum sur la réforme de l’administration en 2016, il mettait en avant son socio-libéralisme ou socialisme tout court, en interpellant son auditoire en ces termes : « On dit, avec raison d’ailleurs, que l’administration est le point cardinal de toutes les politiques de développement. Celui duquel partent toutes les dynamiques et celui vers lequel évidemment elles aboutissent…il me faut rappeler que le PSE a pour ambition de promouvoir une croissance économique forte et inclusive par une meilleure répartition des richesses nationales et une plus grande protection des couches vulnérables…S’adapter pour être une Administration de développement afin de mieux assumer son rôle de locomotive, vecteur de compétitivité et de performance ».

Le Président Macky Sall a donc changé de conviction par rapport au moteur de l’émergence. Nous disions déjà en 2014 suite à la première déclaration de politique générale du Premier Ministre Dionne que: «la transformation structurelle de l’économie sénégalaise ne se fera pas sous le leadership et l’impulsion de l’Etat mais bien celui du secteur privé national appuyé ».  Comment appuyer le secteur privé dans un système monétaire et financier où ni les banques, ni l’état n’ont les moyens de cet appui ? c’est l’extérieur avec l’endettement que cela induit (d’où les groupes consultatifs et les émissions d’eurobonds) et/ou c’est la BCEAO dans les contraintes actuelles de son régime de change où tout argent injecté à une forte chance de se retrouver en importations sans impacter le bien-être général.

Les émissions d’eurobonds du Sénégal et de la Côte d’Ivoire comme nous l’avions dit sont venues au « secours de la BCEAO et des banques » car elles ont permis de renflouer les réserves de change perdues par le BCEAO du fait de sa politique de financement indirect des états et la dépense des FCFA correspondants par les états est entrain de permettre aux banques de reconstituer leur liquidité propre. Dans ce contexte, l’endettement extérieur du Sénégal et de la Côte d’Ivoire va devoir se poursuivre jusqu’à ce que les réserves de la BCEAO et la liquidité propre des banques comme en 2010-2011 soient complétement reconstituées à leurs bons niveaux.  Il se posera alors la question de savoir comment financer l’économie si les banques n’ont pas l’intention de donner cette liquidité excédentaire aux PMEs du fait de contraintes objectives de risque de non remboursement effectivement constaté?

La BCEAO dans son activisme habituel et en réponse aux injonctions des états vient de créer un guichet de refinancement des crédits bancaires aux PMEs.  Comme pour le refinancement des titres d’états qui eux au moins seront toujours remboursés, ce financement des PMEs va également alimenter les importations et à terme des pertes de réserves de change et des crédits non performants dans le bilan de la banque centrale. Cette situation sera accompagnée d’une vulnérabilité extérieure de l’union car ce sont nos états qui auront financé cette option en donnant à la BCEAO les réserves de change nécessaires au financement de cette option et en entrainant une nouvelle fois les banques dans cet activisme socialiste.

Nous affirmons avec force que la BCEAO ne doit pas accompagner cette option stratégique dans son cadre institutionnel actuel.  Il lui faut d’abord une autonomie d’objectif sur le taux de change du FCFA qu’elle n’utilisera pas comme instrument de dévaluation compétitive mais comme instrument devant nous éviter des importations inutiles tout en garantissant la stabilité des prix. Dans ce cadre institutionnel nouveau, elle accompagnera la diversification progressive de nos économies et leur industrialisation. Le risque de crédits PMEs non performants sera réduit et pris en charge par les banques elles-mêmes et/ou les états par leurs propres mécanismes de garantie. C’est ça la responsabilité.

A défaut, nous exhortons les membres du comité de politique monétaire de la BCEAO et Monsieur le Gouverneur de méditer les lignes qui suivent. Vous savez que les banques avaient en 2010-2011 de la liquidité bien au-delà des réserves obligatoires exigées et ne les prêtaient pas aux PMEs. Vous aviez l’option d’éponger cette liquidité avec des titres BCEAO ce qui vous aurait couté de l’argent et affecté vos revenus nets mais au moins vous auriez un peu plus d’influence sur les taux d’intérêt du marché comme vous le souhaitez.

Vous avez opté plutôt de laisser les banques prêter cet argent aux états pour ensuite les refinancer ce qui leur a permis de toujours garder de la liquidité au-delà du nécessaire chez vous mais cette fois-ci rémunérée.  Du fait de réserves de change perdues à cause de cette politique, vous avez réduit le volume de votre refinancement ce qui a crée en partie des tensions de liquidité sur le marché et les états sont venus à la rescousse en empruntant massivement à l’extérieur.  Ces emprunts en injectant de la liquidité sur le marché sont entrain de baisser les taux d’intérêt à vos adjudications en réduisant les besoins qu’avaient les banques à vos guichets.

Dans le même temps vous nous annoncez des taux directeurs de 2.50 minimum et 4.50 maximum à vos adjudications hebdomadaires de liquidité qui ne correspondent pas aux taux du marché monétaire libre qui sont au-dessus de vos taux car votre guichet marginal à taux 4.50 n’est pas automatique d’accès en dernier recours.  Même les taux que vous annoncez guider hebdomadairement montent et descendent en moyenne (4.10, 4.50, 3.77, 2.95 en 2018) de manière trop significative d’un trimestre à l’autre au gré de facteurs que vous ne maitrisez pas.  Vous ne contrôlez en réalité que votre volume de refinancement hebdomadaire qui suit la demande non maîtrisée des banques et bientôt les banques n’en auront presque plus besoin comme en 2010-2011.  A ce moment-là, vous devrez à défaut de déstabiliser le marché à nouveau vous en arrêter à presque un rôle de caisse d’émission que vous ne voulez pas accepter.

Il y a mieux à faire, mais malheureusement, cela relève du pouvoir politique. Le libéralisme est effectivement ce qu’il nous faut, mais il doit s’accompagner de la libération du FCFA et du libéralisme du pouvoir politique que nous n’avons jamais connu et qui semble enclenché par nécessité. Pour une fois, anticipons avec vision plutôt que de corriger après erreur comme nous l’avons fait de 1975 à 2017.

 

Librement

 

Dr. Abdourahmane SARR

Président du CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

La BCEAO et le Sénégal : Contrastes entre Communiqués et Réalité

La dichotomie entre les actions menées par la BCEAO derrière ses murs pour être cohérente avec l’environnement économique et institutionnel dans lequel elle évolue et le contenu de ses communiqués continue de persister.
En effet, comme ce sera le cas pour encore longtemps, les communiqués du comité de politique monétaire comme celui de juin 2018 annonceront un statu quo sur ce que la BCEAO considère comme ses instruments de politique monétaire, à savoir ses taux d’intérêt directeurs et son taux de réserves obligatoires. Nous avons déjà expliqué dans nos précédentes contributions l’impertinence de ces deux instruments pour la politique que peut mener la BCEAO. Le taux de réserves obligatoires n’est actuellement pas contraignant pour les banques dans leur ensemble et les taux d’intérêt directeurs de la BCEAO ne déterminent pas les taux du marché monétaire. Ces derniers sont bien au-dessus du taux de son guichet de prêt marginal qui ne fonctionne pas comme un guichet de dernier recours plafond du marché, son accès étant limité.

Par contre, l’action pertinente que la BCEAO est actuellement en train de mener et qu’elle ne résume pas dans son principal communiqué est la réduction relative de son offre de refinancement aux banques par rapport à leur demande pour atteindre la principale cible que lui impose son cadre institutionnel–reconstituer un niveau de réserves de change adéquat. La réduction relative de son offre de refinancement pour renverser la dynamique de financement des pertes de réserves de change qu’elle a subies de son fait a un impact sur la liquidité disponible des banques et sur leur participation au marché des titres d’états et aux crédits à l’économie. Grâce aux deux locomotives de l’UEMOA, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, qui ont considérablement réduit leurs émissions nettes de dettes sur le marché régional au profit des marchés internationaux, les banques arrivent à supporter la réduction du soutien de la BCEAO, financer le secteur privé, et accommoder la politique de reconstitution des réserves de change qui sont en hausse.

Cette dynamique est tributaire des stratégies d’endettement du Sénégal et de la Côte d’Ivoire qui vont devoir maintenir leurs présences sur les marchés internationaux jusqu’à ce que leurs déficits budgétaires soient considérablement réduits. Le Sénégal ayant été sur le marché international bien au-delà de ses besoins annoncés de financement hors UEMOA de l’année 2018, et voulant économiser une partie de cette émission pour l’année 2019 comme recommandé par le FMI, et voulant en même temps éviter d’émettre sur le marché régional comme prévu, se retrouve avec des tensions de trésorerie dans l’exécution de son budget 2018. Cette réalité s’ajoute à l’impact de la hausse des prix des produits pétroliers qui a réduit la manne financière que l’état collectait sur le dos des citoyens depuis 3 ans n’ayant répercuté que partiellement la baisse des prix internationaux des produits pétroliers en 2014-2016. Comme nous le signalions en 2016 déjà, c’est cette manne artificielle qui a disparu plutôt qu’une subvention que l’état serait en train de consentir en ne répercutant pas la hausse récente des prix internationaux sur le contribuable. Augmenter les prix serait une taxe supplémentaire pour soutenir des dépenses trop élevées.

Il va falloir avec une loi de finance rectificative choisir entre réduire les investissements ou laisser filer le déficit en utilisant la manne financière disponible ou émettre sur le marché régional au détriment du secteur privé et de la cible prévue de contribution aux réserves de change de la BCEAO. Cette dernière est en partie à l’origine de ces difficultés du fait de sa politique des 4 dernières années qui a mal utilisé nos marges de manœuvre mais ne subit aucune des conséquences de l’ajustement nécessaire. Ce n’est pas non plus de sa faute car on lui a demandé, ou elle a décidé par erreur de soutenir une politique macroéconomique qui est incompatible avec le régime du FCFA. Elle se doit de le dire au minimum dans ses communiqués pour soutenir les changements nécessaires qui semblent maintenant faire consensus.

Dr. Abdourahmane SARR 
Président CEFDEL/MRLD      

 

Franc CFA : Carlos Lopes et Abdourahmane Sarr réagissent aux propositions de DSK

Le Bissau-guinéen Carlos Lopes, ancien secrétaire de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, et le Sénégalais Abdourahmane Sarr, ancien du FMI, réagissent pour Jeune Afrique aux propositions de Dominique Strauss-Khan sur la réforme du franc CFA.

Le 13 avril, Dominique Strauss-Kahn a publié une note dans laquelle il avance plusieurs propositions de réforme de la zone CFA. Parmi les pistes proposées par l’ancien directeur général du FMI, la réattribution des sièges de la France au sein des instances des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants, l’ancrage à un panier de monnaie plutôt qu’à l’euro, une meilleure coordination économique des économies de la région et un processus d’élargissement de l’Uemoa, notamment au Ghana.

Carlos Lopes : politique monétaire et convergence 

Pour Carlos Lopes, l’ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique entre 2012 et 2016, les débats sur le franc CFA étaient jusqu’ici très « polarisés »  entre les camps du maintient et ceux favorable à sa « suppression ».

« L’appropriation par la rue de cette question », et la montée d’une vision « populiste » parfois « faussée », a obligé ces deux positions opposées « à réfléchir sur des propositions de réforme », l’évolution du système devenant nécessaire, estime Carlos Lopes, qui enseigne désormais l’économie à l’université du Cap.

Les propositions récentes de Dominique Strauss-Kahn sont significatives, car elles émanent de quelqu’un qui était au cœur du dispositif lors de son passage au ministère français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie entre 1997 et 1999. Pour Lopes, elles témoignent donc d’une évolution du consensus sur ces questions.

Selon l’économiste Bissau-guinéen, une éventuelle réforme de la zone CFA doit intégrer trois composantes essentielles.

La première est celle de la monnaie de référence. Comme l’Europe n’est plus le principal partenaire commercial des zones BCEAO et BEAC, « l’ancrage du franc CFA devrait évoluer vers un panier de devise, reflétant davantage des échanges internationaux de la région, et notamment le poids accru de la Chine ».

IL N’Y A PAS, VÉRITABLEMENT, DE POLITIQUE MONÉTAIRE

Second « point important » : « la convergence économique », explique Carlos Lopes. Les critères de convergence sont différents entre les différentes organisations régionales – à l’image, par exemple, de l’Uemoa, de la Cedeao et de la Zmoa en Afrique de l’Ouest -, tandis que l’intégration économique réelle est très faible.

Enfin, « il n’y a pas, véritablement, de politique monétaire », à part celle de la BCE. Les banques centrales ne jouent pas un rôle pro-actif, ne participant pas suffisamment au financement et au développement des économies de la zone.

Carlos Lopes semble donc plutôt en ligne avec les propositions de réformes portées par Dominique Strauss-Kahn. La mise en œuvre de ces changements doit se faire de manière progressive, afin d’éviter une dévaluation brutale, telle que celle subie dans les années 1990, détaille ce spécialiste du développement international.

Ces changements doivent permettre in fine aux pays africains de reprendre le contrôle de leur monnaie afin qu’ils puissent l’utiliser comme un instrument de développement.

Abdourahmane Sarr : autonomie des banques centrales

La position d’Abdourahmane Sarr est plus critique par rapport aux réformes proposées par Dominique Strauss-Kahn. Ce spécialiste des questions monétaires a travaillé pendant 14 ans pour le FMI, notamment en tant que représentant résident au Bénin et au Togo, avant de fonder le Centre d’étude pour le financement du développement local, un think tank sénégalais.

« Toute personne raisonnable considère que modifier le fonctionnement de la zone CFA est nécessaire » s’exclame Abdourahmane Sarr. « Le plus important est l’autonomie d’objectif pour les banques centrales », détaille l’ancien économiste du FMI.

Elles doivent, selon lui, pouvoir réagir et ajuster le régime de change sans avoir à en référer aux politiques, comme le fait notamment la Banque centrale européenne. « Dans le cas de la Cemac, une dévaluation du franc CFA dès 2014 aurait pu aider les économies à s’ajuster à une baisse durable du prix du pétrole » explique-t-il.

IL FAUT RESPONSABILISER LES INSTITUTIONS ET LEUR DONNER DAVANTAGE D’AUTONOMIE

Cet économiste considère qu’il n’y a pas besoins d’experts internationaux dans les banques centrales de la zone CFA, comme le défend DSK. « Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d’autonomie » poursuit-il.

La proposition d’un ancrage du franc CFA à un panier de devise ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. Pour, lui il faudrait « un régime de change stable ajustable, mais sans garantie extérieure aucune. La formule pourra conjoncturellement produire ce qu’un panier de monnaie aurait dicté », explique ce partisan de la fin de la garantie française.

« Avec un objectif de stabilité des prix clair et une autonomie d’objectif sur le taux de change, toutes les formules sont possibles dans une gestion dynamique et responsable », assure-t-il.

Enfin, il juge irréaliste la perspective d’une entrée du Ghana dans l’Uemoa : « Le Ghana a déjà mieux à faire pour stabiliser sa situation macroéconomique que d’entrer dans une zone monétaire où l’absence de convergence va exiger un régime de change relativement fixe et commun à tous, qui ne correspondrait pas à ses besoins du moment ».

Pour Abdourahmane Sarr, il faut également « renforcer la gouvernance et rendre la communication plus transparente, comme le fait la Banque centrale européenne, s’exprimant régulièrement sur ses décisions de politique monétaire ». Et de conclure : « L’arrangement monétaire qu’il nous faut doit être un arrangement qui favorise à la fois les investissements directs étrangers et les entreprises locales. »

FCFA : Les Propositions Irrecevables de Dominique Strauss-Kahn

Nous devons remercier Dominique Strauss-Khan pour s’être invité au débat sur le FCFA, notre monnaie, avec des propositions irrecevables pour la jeunesse africaine qui compte prendre son destin en main en se responsabilisant exclusivement. Le remercier car il s’agit là d’un ancien Ministre de l’Economie et des Finances de la France, ancien Directeur Général du Fonds Monétaire International, et naguère potentiel candidat à la Présidence de la République Française. La note qu’il a produite a l’avantage de dépassionner le débat et d’en clarifier les enjeux véritables aux plans politique et économique. Comme il l’a lui-même dit « une forme d’heure de vérité a sonné pour la coopération monétaire avec l’Afrique…et il est devenu urgent de moderniser la Zone franc pour la préparer aux perspectives économiques et démographiques du continent…». De ce fait, aucun décideur responsable ne doit accepter le statu quo et la discussion sur les enjeux doit être transparente et démocratique. En effet, nous avons un problème de leadership politique propre.

Oui Monsieur Strauss-Khan, le FCFA est bien notre monnaie. Il n’a pas besoin de s’émanciper car son émancipation est déjà réelle. Les mouvements de capitaux ne sont effectivement pas libres vis-à-vis de l’extérieur, nous pouvons produire le FCFA là où on veut, et changer son nom quand on veut ce qui n’est effectivement pas essentiel. Le FCFA est géré par la BCEAO en ce qui nous concerne avec des réserves déposées en partie au trésor français pour les besoins de la garantie qui dans les faits n’a plus aucune forme d’importance au-delà du fait qu’elle nous a obligé et permis d’apprendre à travailler ensemble. La France a joué pour nous avec le FMI le rôle d’un Etat fédéral que nous n’avions plus /1.  Pour l’essentiel, nos banques centrales gèrent seules et font leurs erreurs seules dans le cadre de la fixité du taux de change et du mandat qui leur est donné par les décideurs politiques. La présence de représentants français dans les organes de gouvernance n’est effectivement qu’un privilège d’accès à l’information qui devrait être publique dans le cadre d’une gouvernance plus transparente avec des officiels aux mandats sécurisés et plus longs que ceux des politiques qui les nomment.

La responsabilisation de nos banques centrales doit se faire en leur donnant une autonomie d’objectif sur le taux de change pour accompagner l’autonomie sur leurs instruments dont elles jouissent déjà.  De ce dernier point de vue, il faut éviter de leur faire porter des camisoles de force dans leur politique monétaire et de refinancement en particulier malgré l’usage récent que la BCEAO en a fait en finançant indirectement les déficits des états (surtout la Côte d’Ivoire) ce qui nous a fait perdre des réserves de change et incité à un endettement extérieur volontaire et/ou nécessaire qui corrigera. Avec un objectif de stabilité des prix clair et une autonomie d’objectif sur le taux de change, toutes les formules sont possibles dans une gestion dynamique et responsable. Il s’agirait effectivement « d’un régime de change stable ajustable » mais sans garantie extérieure aucune. La formule pourra conjoncturellement produire ce qu’un panier de monnaie aurait dicté, mais nos banques centrales seraient seules à en décider sans la présence de quelconques représentants d’instances européennes ou internationales ou d’administrateurs indépendants dans leurs organes de gouvernance. Nous ferions ainsi ce que le Maroc a fait récemment et que le FMI lui recommandait depuis 2002 quand j’étais moi-même économiste principal pour le Maroc.

Par ailleurs, l’UEMOA n’a pas besoin d’intégrer le Ghana dans son ensemble qui n’a pas encore réalisé sa convergence. Le Ghana a déjà mieux à faire pour stabiliser sa situation macroéconomique que d’entrer dans une zone monétaire où l’absence de convergence va exiger un régime de change relativement fixe et commun à tous et qui ne correspondrait pas à ses besoins du moment. Comme le Nigéria que Monsieur Strauss-Khan exclut de l’extension de la zone qu’il propose pour des raisons objectives de besoin d’ajustement propre, et à supposer que la convergence soit effective dans la zone UEMOA, le Ghana se retrouverait avec les mêmes contraintes que les pays de l’Europe dans l’euro. C’est-à-dire sans un levier monétaire qui lui permettrait d’accompagner son propre développement au vu de l’absence d’une entité politique fédérale qui le ferait avec une politique budgétaire commune. C’est ce que Monsieur Macron essaie d’obtenir en Europe. La convergence totale comme dans une fédération comme les Etats-Unis étant ainsi un objectif difficile à atteindre même en Europe, toute monnaie commune doit avoir ses compléments nationaux nous y reviendrons plus loin.

Pour réaliser la vision d’une banque centrale jouissant d’une autonomie d’objectifs et d’instruments, tout ce dont nous avons besoin c’est d’éliminer la garantie française qui n’existe que de nom, de déposer nos réserves de change où bon nous semble, renforcer la gouvernance de notre banque centrale ainsi que sa transparence en matière de politique monétaire et de change.  Nous n’aurons ainsi besoin d’aucune forme de relation organisée avec les pays de la zone euro et la banque centrale européenne qui serait si particulière à se rapprocher d’un néocolonialisme qui ne dirait pas son nom.

L’arrangement monétaire qu’il nous faut doit être un arrangement qui favorise à la fois les investissements directs étrangers et les entreprises locales. De ce point de vue, aux côtés d’une monnaie commune stable et ajustable, il nous faut des monnaies nationales complémentaires.  Nationales complémentaires comme le FCFA l’a été quand il était géré par une simple banque commerciale en mesure de créer de la monnaie en multiple de ses réserves de change en Franc français avec un taux de change non unitaire assorti d’une garantie théorique illimitée qui en a fait une monnaie figée.

La création de banques centrales en Zone franc n’a pas changé cette réalité du point de vue de la France en autant qu’elle a elle-même défendu devant les instances européennes que le FCFA est un arrangement budgétaire et non monétaire. Le FCFA était une monnaie fédérale complémentaire au Franc français mais ne l’est plus comme nous l’avons indiqué plus haut.1/ La garantie est devenue sans importance et le FCFA est bel et bien notre monnaie et nous pouvons en sortir quand on veut sans l’aval de l’Europe en n’exigeant plus de garantie. Nous pouvons cependant en tirer des leçons historiques en mettant en œuvre aux côtés d’une monnaie commune souveraine des compléments nationaux citoyens institutionalisés et uniques permettant une flexibilité dans l’espace plus diversifiée comme vous le suggérez pour la CEMAC vis-à-vis de l’UEMOA. Ces compléments nationaux citoyens émis en échange de la monnaie commune épargnée donneraient des options dans chaque pays sur les réserves de change comme pour le fonds souverain en période grasse (l’épargne excédentaire) que Monsieur Strauss-Khan a suggéré. Nous montrerions ainsi la voie à la zone euro qui elle-même n’arrive pas à trouver la solution à ce problème de diversité dans l’espace dans le contexte d’une monnaie unique. La coopération monétaire unique au monde qu’a été le FCFA comme la caractérise Monsieur Strauss-Kahn offrirait ainsi une solution unique au monde venant de l’Afrique. 2/

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL

1/ https://www.loretlargent.info/monnaie/reforme-fcfa-monnaiescomplementaires/18965/

2/ http://www.economonitor.com/blog/2011/07/greece-can-devalue-and-stay-in-the-euro/

 

Eurobonds: Le Sénégal et la Côte d’Ivoire au Secours de la BCEAO et des Banques

Lors de nos récentes contributions concernant notre politique monétaire, nous disions que cette dernière a consisté ces dernières années à financer le déficit budgétaire de nos états par le biais du refinancement à la BCEAO de titres d’états achetés par les banques en partie avec leurs liquidités excédentaires. Cette politique dans le contexte d’un FCFA arrimé à l’euro et surévalué a financé des déficits commerciaux qui nous ont fait perdre beaucoup de réserves de change que la BCEAO est entrain de reconstituer. Cette reconstitution l’oblige à réduire le volume de refinancement des titres détenus par les banques qui en retour ne peuvent pas renouveler certains titres d’états arrivés à échéance afin de reconstituer leur trésorerie propre. Il résulte de cette cascade de non renouvellement un marché des capitaux tendu où les états n’arrivent pas à lever les fonds nécessaires pour non seulement refinancer des dettes arrivées à échéance mais aussi pour financer leurs déficits budgétaires courants. Ces déficits sont par ailleurs en ajustement car ils ont financé des politiques de croissance soutenue par les investissements publics qui ont accéléré notre endettement et retardé la convergence macroéconomique qui pourrait nous permettre une politique monétaire commune sans arrimage sur l’euro. Il en découle encore une fois une nécessité de s’endetter à l’extérieur de l’union et malheureusement en devises, les investisseurs préférant nous prêter en devises au vu de notre régime de change fixe qui peut changer à tout moment par surprise.

 

C’est dans ce contexte qu’il faut situer les sorties sur le marché international en dollars et en euros du couple Sénégalo-Ivoirien leaders de l’UEMOA pour des montants exceptionnels et bien au-delà des exigences de financement de leurs déficits budgétaires. Ils l’ont fait pour venir en soutien aux réserves de la BCEAO d’une part mais aussi au marché régional incapable de refinancer, aux niveaux souhaités, les titres qui arriveront à échéance.

Dans la mesure où nous ne sommes pas arrimés au dollar et que nos états ont maintes fois réaffirmé leur ancrage à l’euro via le trésor français, la levée de fonds directement en euros pour se substituer à un marché de FCFAs qui de fait sont des euros est à saluer. Il réduit le risque de change de notre portefeuille de dette si notre arrimage reste en l’état et diversifie la base de nos investisseurs.

De ce dernier point de vue, les autorités sénégalaises et ivoiriennes sont à féliciter mais leur prochain challenge devra être d’attirer ces investisseurs dans le marché régional et en monnaie locale pour financer leurs économies.

Cette monnaie locale ne peut pas être le franc CFA en l’état car les investisseurs n’auraient pas intérêt à prendre le risque sur un FCFA figé qui peut être dévalué par surprise.  Après avoir corrigé les erreurs de la BCEAO qui pour reconstituer ses réserves de change est dans une hibernation salutaire puisqu’étant à la remorque du rythme des ajustements budgétaires et des positions de liquidité des banques dans sa politique de refinancement, il faudra lui donner une autonomie d’objectif sur un FCFA réformé.  Cela lui permettra de reprendre du service avec une politique monétaire active et permettre à la base d’investisseurs non-résidents récemment découverts de venir directement dans le marché local.  Ceci ne devrait pas se faire sans une réforme de la gouvernance de la BCEAO avec un collège de gouverneurs nationaux.  A défaut, le Sénégal futur pays pétrolier et gazier et une démocratie stable, n’aura de choix que la souveraineté totale s’il devait avoir le courage de se développer ayant déjà les cartes en main.

Cette souveraineté totale est préférable à l’endettement extérieur et en euros car notre capacité d’endettement est devenue plus grande avec les ressources pétrolières en perspective et les investisseurs seront prompts à nous prêter en euros sur le long terme (30 ans) pour davantage nous ferrer à coup de milliards d’euros par émission.  Les souscriptions de 10 milliards d’euros lors de notre récente sortie le prouvent. Ces ressources sortiront du pays pour l’Europe si nous ne décrochons pas de l’euro. Elles sortiront soit par le biais d’entreprises installées dans notre marché ou par les importations.  Il ne faut donc pas s’étonner que tout le monde frappe à la porte. Notre salut est dans une réforme monétaire pour avoir la flexibilité d’accompagner notre développement sinon le peuple sera encore une fois laissé en rade.

Dr. Abdourahmane SARR
Président CEFDEL/MRLD

8/03/2018

La nouvelle vision déclinée par le Premier Ministre remplace celle du PSE

La nouvelle déclaration de politique générale du Premier Ministre ne s’inscrit pas dans la continuité mais consacre effectivement une quatrième et dernière vision du Président de la République qui va néanmoins dans le bon sens. Au vu de la situation macroéconomique, il ne s’agit pas simplement d’une vision électoraliste mais d’un changement de cap qualifié «d’inclinaison sociale» du PSE, et baptisé un « Sénégal de tous, un Sénégal pour tous ». Nous aurions préféré «Un Sénégal où chaque citoyen ou communauté de citoyens prend son destin en main ». Cependant, comme nous le disions au sortir des législatives, le peuple semble le vouloir mais sous le leadership de l’état. Notre état socialiste et socialisant adapté à cette volonté l’a présentée de la manière suivante dans la déclaration de politique générale: «Un Sénégal sans exclusion, où tous les citoyens bénéficient des mêmes chances et des mêmes opportunités pour réaliser leur potentiel et prendre en main leur destin».

Dans ces conditions, il se comprend aussi que dans la forme, qui n’est pas notre préférence, que la réunion conjointe avec les bailleurs se soit tenue la veille de la déclaration de politique générale. Notre équilibre budgétaire dépend encore effectivement de l’extérieur en attendant les ressources pétrolières et gazières.

Nous disions dans nos commentaires sur le dernier message à la nation du Président de la République qu’il semblait s’être rendu compte que sa troisième vision, celle essentielle du PSE, de «transformation structurelle par le choix et l’appui judicieux de secteurs économiques potentiellement porteurs de croissance, notamment l’agriculture, pour financer des objectifs sociaux» n’était pas la bonne et que celle d’un Sénégal inclusif et solidaire est ce que le gouvernement était en mesure de réaliser, y compris par l’agriculture. Cela est d’autant plus vrai que la lenteur dans l’ajustement budgétaire qui était en cours et en réalité stoppé en 2014 afin de mener une politique de croissance sous le leadership de l’état nous a inefficacement endetté. Cet endettement, comme sous le régime précédent, a soutenu la croissance du secteur tertiaire en y injectant de la liquidité de façon insoutenable, mais cette fois-ci dans le contexte d’un environnement international favorable. De ce fait, notre commentaire de 2014 s’est confirmé. Il postulait que «si le Plan Sénégal Emergent dans son volet transformation structurelle et industrialisation est mis en œuvre à court terme, nous risquons de gaspiller nos ressources publiques et nos capacités d’endettement que nous devrions orienter à court terme vers les secteurs sociaux ». La transformation structurelle n’est pas effective et n’est pas suffisamment amorcée pour justifier une inclinaison sociale, mais le social doit prendre le dessus car il est seul adapté au contexte.

Par ailleurs, notre commentaire disant que la transformation structurelle de l’économie sénégalaise ne se fera pas sous le leadership et l’impulsion de l’Etat mais bien celui du secteur privé national appuyé, est confirmé par l’état qui demande au secteur privé de prendre son relais. Ce dernier ne le peut malheureusement pas, nous le disions, car notre monnaie est surévaluée et le secteur financier est incapable de porter l’industrialisation par le privé national en l’état actuel des choses. Ceci du fait de l’absence de ressources longues, de leviers adéquats pour financer les PMEs, et d’une stratégie d’endettement public adaptée. L’endettement par les ressources extérieures mêmes concessionnelles n’est pas adapté à cause des vulnérabilités qu’il crée et qui  vont nous empêcher d’oser reformer notre monnaie si cette dernière devait se dévaluer. Aussi, l’articulation nécessaire entre la caisse de dépôts et consignations, le FONSIS, le FONGIP, la BNDE, et le système bancaire classique pour avoir l’effet de levier nécessaire n’est pas encore trouvée.

Nous disions enfin que lorsque «les conditions d’un leadership d’état ne sont pas réunies, c’est à dire :(i) un environnement macroéconomique et financier propice (ii) la capacité de faciliter la découverte de nouveaux secteurs qu’on choisira d’appuyer au vu de ressources publiques limitées et (iii) une capacité de l’Etat à corriger les insuffisances du marché et surtout à éviter d’être capturé par des lobbys, des créanciers intéressés, et un bétail politique, la neutralité de l’action publique est plus que souhaitable. L’Etat devra plutôt s’occuper essentiellement de pourvoir des services publics essentiels, notamment de base (eau, électricité, assainissement, éducation, formation, santé, infrastructures de base et cadre de vie), et un environnement des affaires adéquat et neutre, bref tout ce qui manque au Sénégal ».

Nous apprécions donc positivement la déclaration de politique générale du Premier Ministre. Nous lui disons qu’il reste, de notre point de vue, deux éléments fondamentaux qu’il faut au peuple sénégalais s’il veut démontrer le courage de se développer et prendre son destin en main: (i) une autonomie monétaire sénégalaise dans le sens d’un Brexit si la gouvernance de la BCEAO n’est pas réformée et (ii) une décentralisation autonomisante et responsabilisante dans le cadre de pôles régionaux ayant comme ancrage la dynamique d’urbanisation dans leurs périmètres respectifs.

Les infrastructures de connectivité locale vont ainsi dans le bons sens mais le refus de discuter publiquement de notre régime monétaire ne l’est pas. Lorsqu’on ne peut pas exporter des biens et services, on se retrouve obligé d’exporter des êtres humains, c’est-à-dire notre jeunesse éduquée ou non, formée ou non pour tenir l’équilibre de notre balance des paiements.  Les transferts de migrants qui se substituent ainsi à des recettes d’exportations ainsi que les fonds d’entreprenariat ne pourront pas favoriser des emplois locaux car ils resteront des filets sociaux qui ne feront qu’alimenter les importations.

Dr. Abdourahmane SARR
Président CEFDEL/MRLD
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp.

06/12/2017

Crise Yavuz Selim: Une Opportunité pour l’école sénégalaise

L’expérience de l’école Yavuz Selim où enseignants et parents d’élèves ne veulent pas que l’état se mêle de la gestion de leur école sponsorisée par une fondation turque pourrait être une opportunité pour la réforme de l’école sénégalaise dans les valeurs d’autonomie et de responsabilité. Le refus d’être sous administration provisoire et la contreproposition de rachat des parts de la fondation turque et/ou de celles de son représentant français par des privés sénégalais nous ouvrent la possibilité d’une troisième voie de compromis:  La nationalisation des parts de la fondation turque et le transfert irrévocable des droits de vote correspondants aux parents d’élèves, le maintien de l’autonomie de gestion de ces écoles, et leur rebaptisation pour en faire des écoles d’excellence, d’enracinement, et d’ouverture.

En effet, nous avions proposé lors des législatives passées que les parents d’élèves sénégalais soient exclusivement responsabilisés dans la gestion de l’école publique au sein de conseils d’administration avec la possibilité qu’ils soient appuyés par des cabinets privés. Ces conseils d’administration nommeraient des directeurs responsables devant les conseils et ces derniers recruteraient des enseignants responsables devant eux avec des obligations de résultats. L’état, en retour, viendrait en soutien financier, consultatif, et normatif minimum. L’état ne serait plus comptable des résultats des établissements ainsi responsabilisés mais son soutien financier sera conditionné. Les enseignants ne seraient plus des fonctionnaires de l’état et auront la possibilité d’être mieux rémunérés en fonction des ressources de l’école qui pourraient venir de divers horizons.

L’état pourrait ainsi transformer les écoles publiques sénégalaises en sociétés anonymes et transférer ses parts non transférables à des tiers aux parents d’élèves. L’état pourrait également, en fonction du niveau de revenus des parents d’élèves, et des localités géographiques, moduler sa subvention pour assurer une certaine équité.  Les bailleurs extérieurs se mêleraient alors moins de la gestion de l’école sénégalaise et feront face à une diversité d’écoles responsabilisées et autonomes qui pourront s’émuler.

Nous sommes donc pour que l’état subventionne le réseau Yavuz Selim annuellement à hauteur de l’appui qu’apportait la fondation turque sur la base de leur plan actuel d’école qui sera mis à jour de façon autonome par le conseil d’administration. Dans la mesure où les parents contribuaient déjà aux ressources financières des écoles concernées, l’état pourra se servir de ce modèle pour reformer les écoles publiques et sa relation avec le corps enseignant et les parents d’élèves.

Il faut savoir saisir les opportunités pour mettre en œuvre des réformes qui autrement auraient été difficiles. La localisation géographique des écoles Yavuz Selim dans des épicentres de pôles régionaux différents (Dakar, Thiès, Kaolack, Ziguinchor, etc…) leur permettra également d’être des exemples dans leurs localités respectives. Le modèle de gouvernance que nous proposons pourrait également permettre d’attirer des investisseurs privés dans l’école sénégalaise et améliorer sa qualité dans le respect des valeurs d’autonomie, de liberté, de responsabilité, et de libre solidarité.

Dr Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

09/10/2017

Sortie Ratée du Gouverneur Koné sur RFI

Le Gouverneur de la BCEAO accompagné de son staff en charge des questions dont il devait lui-même nous parler, a décidé de s’exprimer sur notre monnaie, le FCFA, à travers la chaine Radio France Internationale. Oui, il s’agit bien de notre monnaie dont nous devons enlever la France de la gestion en éliminant les comptes d’opérations. Mais ce n’est pas le sujet de la contribution de ce jour, le Directeur National du Sénégal ayant déjà épuisé la plupart des questions. Nous voulions qu’il nous parle de sa gestion.

Le Gouverneur nous dit que la stabilité des prix est essentielle. Nous sommes d’accord mais la stabilité des prix en zone UEMOA ne dépend pas de la BCEAO. Ce qui est demandé à la BCEAO, c’est d’administrer notre émission monétaire de sorte que l’inflation d’origine monétaire constatée en zone euro soit la même qu’en zone FCFA. Cette administration veut dire ne rien faire d’elle-même à part s’assurer que nous avons une bonne couverture par nos réserves de change d’un certain niveau de nos importations. Ceci, parce que si les prix en zone FCFA de biens importables devaient être plus élevés qu’en zone euro, les citoyens importeraient ces biens au taux de change fixe que la BCEAO assure. L’impact serait des fuites de devises et un retour des prix au niveau équivalent en Europe, ce qui fait que ces écarts de prix à cause de l’inflation n’arrivent pas. La variable de couverture minimum de notre émission monétaire par les réserves de change est quant à elle impertinente bien que figurant dans les accords monétaires. Cette dernière variable n’a de pertinence que si la garantie de convertibilité par la France des FCFA émis devait intervenir, ce qui ne peut arriver qu’exceptionnellement, et nous n’en avons pas besoin. L’existence des comptes d’opérations peut répondre d’autres considérations politiques et de financement budgétaire net de nos états par la France, et hors budget et bilan quelle que soit la taille de son économie et de la petitesse de la goutte d’eau de nos réserves, qu’on n’abordera pas ici.

Le sujet qui nous préoccupe est la gestion par Monsieur le Gouverneur de ce que nous lui avons confié. Un proverbe de chez nous dit « qui parle se dévoile». Monsieur le Gouverneur nous dit d’une part que la baisse relative de nos réserves de change (et nous ne parlons pas de la zone CEMAC) est due à la baisse des cours des matières premières et d’autre part que le rôle de la BCEAO est la structuration du financement de l’économie à travers les banques. Non Monsieur le Gouverneur, la baisse tendancielle en couverture d’importations par nos réserves de change est antérieure à la baisse du cours de certaines matières premières. La baisse des cours du pétrole nous a même été bénéfique en zone UEMOA. Nos réserves avaient baissé (en couverture) à cause de votre seconde assertion qui consiste à dire que votre rôle est la structuration du financement de l’économie à travers les banques. C’est cette erreur dans la compréhension de votre rôle dans les contraintes actuelles du régime du FCFA, qui vous a amené à financer les déficits budgétaires excessifs des états, notamment la Côte d’Ivoire, à travers les banques et qui nous a valu des importions excessives et des pertes en couverture de réserves de change. La correction de cette erreur va nous valoir à présent un endettement extérieur en devises car les états ont des déficits budgétaires encore trop élevés qu’ils ont en partie eu l’habitude de financer chez vous et vous avez maintenant besoin de reconstituer vos réserves.

En effet, beaucoup d’analystes ne se sont pas rendu compte que la BCEAO a fait sienne l’injonction de François Hollande de 2013 nous disant: «pourquoi ne réfléchirions nous pas à l’utilisation de vos réserves de change pour financer le développement?». Oui, les réserves de change ont déjà leur contrepartie dans l’économie, mais la BCEAO a accommodé leur utilisation à travers le refinancement de titres d’états achetés par les banques pour financer les déficits budgétaires, ce qui a permis aux états d’avoir accès aux réserves de change en question. La suggestion de François Hollande, Abdoulaye Wade avant lui, Alassane Ouattara peut être après eux, n’était pas à suivre d’où la nécessité d’une réforme de la gouvernance institutionnelle de la BCEAO. Il nous faut un collège de gouverneurs nationaux avec droit de vote. En effet, il est difficile de voter valablement sur une matière qu’on ne suit pas au jour le jour.

En somme, Monsieur le Gouverneur, en matière de politique monétaire, nous vous demandons dans le cadre actuel de votre mission, de vous occuper de l’émission monétaire du FCFA et du suivi de la couverture en réserves de change suffisantes de nos importations, rien d’autre. Ce que vous pensez être votre rôle de financement ne sera possible que lorsque nous aurons réussi à nous libérer du caractère figé de notre monnaie et qu’on vous aura donné une autonomie d’objectif sur notre taux de change.  Cette autonomie d’objectif sur le taux de change, nous vous la souhaitons de tout cœur ainsi qu’à votre staff de haute compétence pour que vous puissiez l’utiliser tout en nous garantissant la stabilité des prix. Mais en attendant que le combat pour la libération du FCFA aboutisse, nous vous demandons de mieux vous concentrer au volant et de ne répondre à aucune injonction, ni de la France, ni de nos états.

Dr Abdourahmane SARR

Président CEFDEL/MRLD

02/10/2017