Sénégal: Organiser la Résilience Systémique au Covid-19

La résilience systémique ne peut être que le résultat de réactions diverses et appropriées à nos échelles individuelles et collectives contre des chocs et selon nos circonstances: Suivre les recommandations des experts dans tous les domaines, être en alerte sur ce qui se fait bien ailleurs pour éviter de verser dans l’amateurisme. Au delà des mesures de prévention et de contrôle de la propagation de la maladie, l’état devrait préparer une riposte contracyclique pour suppléer au ralentissement attendu du secteur privé dans les limites de nos équilibres à gérer. Ceci par la mobilisation d’une partie des ressources financières que le secteur financier national allait allouer au privé et financer un déficit budgétaire plus élevé que prévu, accélérer le remboursement des arriérés de l’état, accorder des crédits d’impôts aux secteurs les plus impactes, et compenser nos manques à gagner et besoins en devises au FMI. Au sortir de cette crise il nous faudra évaluer nos capacités de résilience systémique dans tous les domaines vitaux de notre pays.

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Programme FMI-Sénégal: Décryptages et Paradigmes à Revoir

Les documents de politique générale du Sénégal viennent d’être publiés par le Fonds Monétaire International à la suite de l’approbation par son Conseil d’Administration du programme conclu avec nos autorités. Cette politique met davantage l’accent sur la nécessité de s’appuyer sur le secteur privé pour réaliser notre émergence, après que la première phase du PSE n’ait pas réussi à livrer ses promesses de début de transformation structurelle, y compris par des projets privés, étrangers ou sous impulsion d’état, pour booster la croissance. Il est vrai que le langage diplomatique du FMI ne permet pas toujours de présenter les choses exactement comme elles sont. Nous avons démontré ce bilan dans notre rapport rétrospectif 2012-2018 appelant à un changement de paradigme pour promouvoir le secteur privé par une liberté économique plus accrue qui nous a toujours fait défaut (bilan socialiste, perspective libérale www.cefdel.net).

Nous avons néanmoins eu 5 années de croissance forte, du fait essentiellement d’une politique budgétaire plus expansionniste que présentée, indirectement financée par la banque centrale, par un endettement extérieur inconsidéré, et mise en œuvre de façon non transparente (lettres de confort aux banques et arriérés intérieurs). Cette politique a bénéficié d’un environnement extérieur favorable (baisse des prix du pétrole et des denrées sans baisse de taxation des citoyens, dépréciation de l’euro) pour donner des résultats meilleurs que ceux obtenus entre 2007 et 2012 avec plus ou moins les mêmes politiques. Par ailleurs, un revirement de la conjoncture internationale somme toute meilleure qu’en 2007-2012 avec la hausse des prix du pétrole, ainsi qu’un endettement à stabiliser, sont entrain de produire une décélération de la croissance. Le secteur agricole qui avait beaucoup contribué à l’accélération récente de la croissance avec l’appui de l’état est projeté en décélération dans le nouveau programme. De ce fait, sans l’avènement du pétrole et du gaz en perspective, nous retournerions à nos performances historiques de croissance insuffisante.

Cette grâce du ciel risque cependant de retarder notre émergence, car elle va desserrer l’étau budgétaire et permettre à l’état de poursuivre sa vision d’un état développementaliste socialisant sans avoir les instruments nécessaires d’accompagnement, nous y reviendrons. Les sénégalais doivent savoir que le secteur pétrolier et gazier n’ajoutera que 5% de notre PIB annuellement. En comparaison, les sénégalais de l’extérieur ont progressivement augmenté leurs envois de 4% du PIB en 2000 à 12% par an aujourd’hui, soit 8% du PIB de plus. Ces ressources n’ont fait qu’alimenter une augmentation du niveau de nos importations en pourcentage du PIB sans réduire notre déficit commercial. Par ailleurs, les recettes fiscales supplémentaires attendues du secteur énergétique ne sont que de 1.5% du PIB en moyenne, soit moins que les dons de 2% du PIB que nous recevons tous les ans de nos partenaires. Un pays comme la Côte d’Ivoire, par exemple, prévoit dans les 5 prochaines années, une réduction à presque zéro des dons dans son budget. Ces comparaisons sont à méditer si nous pensons que l’avènement du pétrole et du gaz va transformer notre pays sans que nous ne changions de paradigme de gestion.

La correction de nos dérapages budgétaires pour avoir un nouveau départ a donc dû nous être imposée comme préalable à la présentation de notre nouveau programme au Conseil du FMI (actions préalables dans le jargon consacré). Il s’agissait, par une deuxième loi de finances rectificative 2019, et une loi de finances 2020, d’éponger les arriérés de l’état, d’arrêter la mise en œuvre non transparente de déficits budgétaires effectifs plus élevés que présentés aux partenaires, et de les maintenir à 3% du PIB en 2020 et à moyen terme en ligne avec nos engagements, y compris dans l’UEMOA. Le FMI n’est cependant pas allé au bout de sa logique, car nous ne partageons pas la stratégie d’apurement progressif des arriérés intérieurs dans le programme. La capacité d’endettement du Sénégal doit pouvoir lui permettre d’émettre des titres, même en devises, et d’éponger ses arriérés en une fois pour soutenir le secteur privé et les banques. De ce point de vue, il ne fallait pas ajouter la dette des entreprises publiques à l’analyse de la viabilité de la dette publique, ce qui aurait permis à l’état central de transformer les arriérés en une dette marchande, tout en prenant en compte, dans les risques, un passif éventuel venant d’entreprises publiques défaillantes. La prise en compte de ces passifs conditionnels est prévue par le cadre d’analyse de la viabilité à un niveau plus faible que la dette totale des entreprises publiques qui a été prise en compte dans l’analyse. En effet, les entreprises publiques en question ont des actifs, y compris avec une valeur marchande en devises (exemple, les avions d’Air Sénégal).

En attendant que le peuple se conscientise, ou que le dialogue national change la donne, nous voici donc à nouveau à la case de départ avec le seul gendarme en mesure de s’assurer que nous maintenions la stabilité macroéconomique malgré nos options souveraines potentiellement mal orientées. En effet, bien qu’annonçant à nouveau que le secteur privé sera le moteur de la croissance dans le PSE II, comme c’était d’ailleurs le cas dans le PSE I, l’état n’a pas l’intention de changer de méthode. Avec l’avènement du pétrole et du gaz, notre état pense maintenant avoir les moyens de mettre en œuvre sa véritable vision d’un état développementaliste avec en perspective des projets de partenariats publics-privés à tour de bras avec les ressources publiques qui doivent aller dans d’autres priorités (éducation, santé, etc..).

Pour s’assurer que cette stratégie ne mettra pas en péril notre cadre macroéconomique, le FMI nous a donc imposé, et de façon non appropriée sur le plan de l’optimalité, un ancrage du programme sur la dette publique totale (y compris des entreprises publiques) à réduire. Il s’en est suivi une stratégie d’endettement que nous ne partageons pas, car le niveau d’endettement de l’état central n’a pas besoin d’être réduit mais stabilisé en pourcentage du PIB en ligne avec le niveau de déficit budgétaire arrêté à 3%.  En effet, même si cet ancrage par la dette publique totale permet d’éviter un endettement extérieur excessif dans l’éventualité de l’échec de projets publics-privés (y compris avec la Chine et autres), il ne prévoit pas de réduire la part de l’endettement en devises dans le portefeuille de l’état de façon plus délibérée. Dans une optique de réformes visant à passer réellement le relai de la croissance au secteur privé national et international dans un environnement de liberté économique véritable et un état aux priorités recadrées, notre régime de change à flexibiliser ferait partie des réformes nécessaires.

Un taux de change plus flexible permettrait à l’état d’attirer les investisseurs privés dans son marché financier en monnaie nationale, et avoir le taux de change comme exutoire au cas où ses projets, même financés en devises, ne réussissent pas. Ce n’est donc pas simplement le niveau d’endettement qu’il faut contenir, il faut également contenir sa composition en devises de façon plus volontariste pour permettre à un taux de change de jouer son rôle sans que la dette totale ne dépasse certains seuils dans l’éventualité d’une dévaluation. Nous l’avons argumenté en détail dans le rapport cité à l’entame de cette contribution. Une stratégie d’endettement qui privilégie la dette extérieure même concessionnelle ne nous met pas à l’abri des conséquences de ce risque de change. L’initiative des pays pauvres très endettés et celle relative à l’allègement des dettes dues aux multilatéraux en sont la preuve, bien que les projets financés par ces mêmes multilatéraux aient été bénis. De plus, dans notre cadre institutionnel actuel où les flux de capitaux vers la sortie ne sont pas libres (les sénégalais ne peuvent pas transférer des capitaux librement à l’extérieur) le risque de refinancement d’une dette en monnaie nationale est limité. De ce fait, la stratégie d’endettement qui privilégie les maturités longues en monnaie nationale dans un environnement où l’épargne est courte, et où même les non-résidents préféreraient des maturités plus courtes en monnaie nationale car moins risquées, est à revoir. Le risque de variabilité des taux d’intérêts pourrait en valoir la peine en termes de coûts économisés.

Cela dit, ce n’est pas parce que la politique de change préférable ne peut être décidée qu’à l’échelle de l’UEMOA qu’elle ne doit pas être un préalable à une meilleure stratégie que ce que le programme prévoit. L’annonce du caractère désirable d’une telle politique, comme cela se fait dans les programmes de pays comme le Maroc, ne devrait pas poser de problème particulier. Cette politique qui permet une dette extérieure en monnaie nationale et une monnaie plus faible en échange de tarifs extérieurs plus bas, pourrait améliorer notre compétitivité extérieure et réduire notre vulnérabilité extérieure. Des tarifs extérieurs plus bas et des taux d’imposition plus faibles iraient également dans le sens voulu de formaliser notre économie et élargir l’assiette fiscale. Si nous ne pouvons obtenir ce changement de paradigme au niveau de l’UEMOA, le Sénégal doit opérer son SENEXIT de cette UEMOA et de la CEDEAO pour prendre son destin en main et mettre en œuvre les excellentes réformes contenues dans le programme publié. Ces réformes vont dans le sens d’améliorer les performances du Sénégal en matière de liberté économique.

Si le régime de change n’est pas flexibilisé, nous maintiendrons la stabilité macroéconomique qui s’est améliorée entre 2012 et 2019. Cette amélioration est tout de même partiellement à l’actif du Président Macky SALL au vu des déficits hérités en 2012, mais elle a été en bonne partie fortuite (prix du pétrole notamment). Dans le cas contraire, le Sénégal demeurera un pays non émergent malgré le pétrole et le gaz. Même dans le paradigme développementaliste de l’état, reconnu et implicitement décrié dans le programme (zones économiques spéciales, projets PPP aux risques fiscaux non évalués), un régime de change flexible d’accompagnement de la libéralisation du pays aiderait à bâtir une économie plus résiliente et plus performante.

De ce dernier point de vue, nous disons à l’endroit des équipes du FMI et du Ministère des Finances que la stratégie d’endettement décrite dans le programme du FMI avec la Côte d’Ivoire suppose une continuation de la parité fixe avec l’euro. Elle le suppose car la dette extérieure continue d’y avoir un rôle très important en poids, ce qui suppose que cette dette, si son risque de change doit être contenu, sera en euro comme préféré par le Président Ouattara. Cet ancrage que le Sénégal semble partager ne suppose donc pas la flexibilité du taux de change qu’il faut pour qu’il puisse bâtir une économie diversifiée, résiliente, et ouverte sur le monde avec une croissance génératrice d’emplois menée par le secteur privé y compris national. Cet ancrage suppose dans le cas de la Côte d’Ivoire, le leadership d’un secteur privé national financièrement plus inclus et des investisseurs étrangers bien ancrés dans un pays qui, ces 5 dernières années, a gagné en place dans les indices de liberté économique (voir rapport cité). En effet, le programme publié par le FMI montre que le Sénégal a un secteur informel deux fois plus élevé qu’en Côte d’Ivoire, une population moins scolarisée, et un score sur l’accès au crédit deux fois moins performant auquel la politique de la BCEAO, qui a été par moment plus ivoirienne que régionale, n’est pas étrangère.

Il demeure, cependant, que la déclaration de politique générale du Sénégal pour les trois prochaines années va dans le bon sens et représente un changement de cap par rapport aux énoncés de priorités du PSE 1. A la place du paradigme volontariste de transformation structurelle de l’économie par des projets publics-privés stratégiques à mettre en œuvre de façon « agressive », la nouvelle lettre de politique met davantage l’accent sur les réformes structurelles pour créer un environnement de liberté économique pour le secteur privé. Ceci, dans la stabilité macroéconomique, et une gestion responsable sur le plan macroéconomique des ressources pétrolières et gazières. La mise en œuvre de budgets programmes nous permet aussi d’espérer que l’état se concentrera davantage là ou il est attendu (éducation, santé, infrastructure de base, renforcement de la décentralisation dans la mise en œuvre autonome des programmes sociaux).

De ce fait, les instruments publics de financement (FONSIS, FONGIP, BNDE, CDC, DER, ADPME), s’ils doivent soutenir le paradigme «Doomed to Choose » ou « Condamnés à Choisir» des voies de développement du secteur privé par un appui de l’état doivent être déployés si des marges de manœuvre budgétaire sont réellement disponibles. Ces marges de manœuvre ne peuvent cependant être obtenus au détriment du secteur privé par des impôts plus élevés, par un effet d’éviction des banques privées, ou une utilisation inadéquate de ressources provenant du pétrole et du gaz. Les impôts doivent être utilisés pour des services publics de qualité en soutien aux citoyens pour qu’ils puissent plus facilement consentir à l’impôt dans le cadre d’une politique de décentralisation véritable. Cependant, la volonté exprimée par l’état «de réaliser une accélération massive des investissements privés à travers un programme ambitieux de projets bancables, mûrs, développés avec un capital d’amorçage dédié » semble indiquer une divergence entre les priorités du programme conclu et la réalité que nous vivrons les trois prochaines années.

Dans cette dernière éventualité, on devra vivre avec l’ancrage par la dette publique totale du FMI qui nous permettra au moins de repartir si on échoue une nouvelle fois. Bien que ce paradigme ne soit pas plus approprié que celui de l’état développementaliste sans l’exutoire du taux de change dans un environnement de liberté économique véritable pour tous, il limitera les dégats.

 

Librement

 

Dr Abdourahmane SARR

Président CEFDEL

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

ECO et Libéralisme: Relever le Défi d’Abdoulaye Wade

Un projet libéral est en construction sous nos yeux avec l’avènement de l’ECO et une parité fixe à court terme qui fera l’objet d’une bataille pour sa flexibilisation en fonction du type de libéralisme auquel le défenseur d’une position adhère : Afrique locomotive du monde, financée de l’extérieur en devises, ou Afrique sa propre locomotive en monnaie nationale, bénéficiant au reste du monde avec leurs financements en compléments ? Nous avons traité de cette question dans notre tribune intitulée : « Consensus de Dakar : Pas le Choix de la Jeunesse Africaine ». Dans ce débat, le père du libéralisme africain, Abdoulaye Wade et son parti le PDS, sont absents. Les socialistes qui devraient préférer une monnaie avec un souverain ont abdiqué, embarqués qu’ils sont dans le bateau du libéralisme social ou de la croissance redistributive, alors qu’avec une politique de change leur approche d’un état développementaliste a plus de chance de réussir malgré leurs échecs historiques.

Ma première lecture du livre du Président Abdoulaye Wade « Un Destin pour l’Afrique » date de 1989 alors que j’étais sur les bancs des Hautes Etudes Commerciales de Montréal, et je ne me souvenais plus, aujourd’hui, d’une seule ligne de son contenu. Depuis, j’ai eu un PhD en économie, une maitrise de l’Université de Harvard, fait carrière au Fonds Monétaire International, visité beaucoup de pays, confronté mes idées aux réalités, et me suis construit une idéologie qui se trouve être libérale et une doctrine pour matérialiser cette vision.

En effet, comme étudiant en économie pure aux États-Unis, le libéralisme, je n’y suis pas arrivé par le détour d’études en philosophie politique, mais par l’apprentissage de l’économie et à sa pratique concrète dans la finance internationale. Ma doctrine est celle de l’autonomie et de la liberté «Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp» à laquelle je suis également arrivé sans savoir qu’elle a été recommandée par Cheikh Ahmadou Bamba, guide spirituel d’Abdoulaye Wade, suite à son expérience avec l’autorité coloniale.

Par ailleurs, l’analyse de la trajectoire politique et économique du Sénégal pour la mise en œuvre de cette doctrine m’a amené à proposer ce que j’appelle le « Libéralisme Patriotique ». Ce libéralisme patriotique nous est préférable à un libéralisme internationalisé socialisant parce que notre population n’est pas financièrement incluse pour pouvoir saisir les opportunités que le capital étranger saisira à sa place pour une nouvelle domination. Pour ne pas être centralisé et dirigiste donc socialisant, ce libéralisme patriotique serait mis en œuvre dans le cadre d’une décentralisation autonomisante et responsabilisante des communautés de base où les solidarités libres se construiront et dont Massalikoul Djinan est une illustration. Libres, car l’individu qui ne se sentirait pas à l’aise dans le contrat social local peut s’installer dans une autre communauté dans un ensemble patriotique au rôle se limitant aux consensus des ensembles constituants. Cet ensemble patriotique maitriserait son environnement économique et financier et serait ouvert sur le monde. Il s’agit là d’un enracinement et d’une ouverture.

C’est fort de ces convictions que j’ai décidé de relire un « Destin pour l’Afrique » du Président Abdoulaye Wade que je me suis proposé de critiquer 30 ans après ma première lecture. J’y ai effectivement trouvé qu’il avait lancé un défi à la jeunesse pour qu’elle trouve la voie de son intégration dans la marche du monde. De ce point de vue, Il disait en conclusion de son livre qu’un de ses professeurs lui avait dit « C’est en suivant le fleuve qu’on arrive à la mer ». Devons nous suivre le fleuve ? Ça m’a rappelé ce qu’un professeur remarquant que j’avais d’excellentes notes dans son cours de mathématiques malgré mes absences répétées m’avait dit : « Monsieur Sarr, vous êtes une rivière, même quand vous restez dans votre lit, vous suivez votre cours ». Effectivement, l’Afrique suit toujours son cours dans l’histoire malgré son absence relative sur la scène internationale, et peut rester dans son lit tout en suivant son cours, pour éviter de se perdre handicapée dans la mer de la mondialisation.

Oui l’Afrique a été potentiellement coupée du monde par la désertification du Sahara, et l’étendue de son territoire a favorisé la multiplicité des communautés, des langues, et des cultures, vivant libres les unes des autres sans une unité politique, ce qui est l’essence même du libéralisme. Cette diversité de communautés étanches et socialisantes a aussi facilité la domination de l’Afrique par des peuples regroupés dans des ensembles plus grands avec une unité d’action facilitée par leur unité politique. Cette domination qui a eu pour noms « esclavage » et « colonisation » avec comme conséquence une diaspora d’origine africaine ne veut pas dire que l’Afrique et la Diaspora aient une unité culturelle bien qu’elles aient une histoire commune d’agression extérieure notamment.

De ce fait, la négritude et l’oppression ne peuvent pas être le soubassement d’un panafricanisme libéral qui ne se réaliserait que par des Etats-Unis d’Afrique pour faire face aux oppresseurs d’hier et construire l’Afrique par le haut. Laissons cette vision aux socialistes. Une unité politique africaine sur cette base et en réaction à la construction de grands ensembles comme l’Europe, la Chine, ou les Etats-Unis ne se justifierait pas à court terme. Le panafricanisme africain doit se baser sur le postulat de la diversité culturelle et idéologique des peuples d’Afrique, et le libéralisme que cela suppose nous interdit d’imposer aux peuples d’Afrique une superstructure socialisante. S’il ne peut s’agir du libéralisme panafricain par les États-Unis d’Afrique planificateur et socialisant d’Abdoulaye Wade, et de libéralisme social internationalisé sans inclusion financière des africains, nous n’avons d’autre option que le libéralisme patriotique : La somme de nos diversités libérales nationales et locales permettra de définir ce qu’une entité commune, sans unité politique, devra réaliser pour le panafricanisme voulu par le Abdoulaye Wade libéral et non socialiste.

Ce libéralisme patriotique ne sera également pas travailliste. Abdoulaye Wade s’est résigné au facteur travail puisqu’il n’envisageait la disponibilité du capital et de la technologie que par l’aide extérieure dans la fonction de production (technologie, capital, travail). La maitrise de la monnaie et la densité démographique reconstituée nous permettra d’avoir le capital nécessaire et les investissements étrangers en compléments.

En effet, la technologie moderne permet dans des espaces géographiques denses en populations, de capturer la monnaie officielle émise (un capital financier) par l’émission d’un moyen d’échange digital (de troc), et maitriser l’orientation citoyenne de ce capital mobilisé. Les populations seraient ainsi incluses dans leur propre système monétaire et financier et ne dépendront pas d’un état dirigiste défaillant et corruptible qui s’approprierait les ressources financières sous l’influence d’un personnel politique incompétent. Conjugué à une maitrise de l’outil de change au niveau national ou à une échelle supérieure (UEMOA) pour que la monnaie soit compétitive, le libéralisme patriotique en s’ouvrant au monde tout entier ne sera pas contraint par la petitesse de nos marchés intérieurs. Ceci serait également préférable à un libre échange qui ne serait qu’à l’échelle africaine pour être le lit de notre future domination. Future domination, car ce libre échange se ferait sans monnaie africaine flottante, et la fixité de change faciliterait l’entrée et le rapatriement de capitaux en devises hors du continent, ce qui confinerait notre jeunesse au travaillisme et donc au salariat.

Cette semaine a été marquée par l’annonce de l’abandon du FCFA avec en perspective l’avènement de l’ECO de l’UEMOA qui est attendu flexible dans un proche avenir. Je me suis désolé de n’avoir pas entendu un parti politique libéral prendre position dans le débat. Pour émettre un avis valable sur la monnaie, il faut conserver une cohérence dans trois domaines : 1) Politique 2) Economique et 3) Technique. Une erreur de cohérence dans un des domaines rend le débat impossible. Les partis politiques sénégalais ont été absents, et les camps libéraux comme socialistes sont interpellés à plus d’un titre.

Nous sommes pour le libéralisme et considérons que le pas franchi sous le leadership du Président de la Conférence des Chefs d’Etat, Alassane Ouattara, est une opportunité. Concrètement, si l’engagement d’un ECO flexible pouvait se matérialiser sans la France, nous serions pour, dans le cadre d’un collège de gouverneurs nationaux, que le Président Ouattara devienne le Président de la future Banque Centrale de l’Afrique de l’Ouest (BCAO) de l’UEMOA, sans le Ghana et le Nigéria dès 2020 rendant compte à un parlement Ouest Africain. Ce serait une bonne sortie pour lui et clarifierait le fait qu’un projet libéral préfèrerait un Président de Banque Centrale au sommet de la hiérarchie des institutions qu’un Président de la République dans un état fédéral au libéralisme non assumé contrairement à un pays comme les états-unis. De ce point de vue, nous sommes en phase avec la construction européenne qui est un projet libéral sans souverain au libéralisme partagé par tous les états membres. L’Angleterre libérale l’a compris et a fait son BREXIT pour aller vite. Nous pourrions être contraints à un SENEXIT mais pas pour livrer le pays à des socialisants qui utiliseraient l’outil monétaire pour financer leurs choix imposés aux citoyens avec le résultat attendu qu’on connait dans notre contexte politique. Dans cette dernière éventualité autant rester dans l’UEMOA.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp.

FCFA: Débat Clarifé, Victoire d’Etape avec l’ECO

La décision de renommer le FCFA ECO, de mettre fin à la centralisation d’une partie des réserves de change de la BCEAO au trésor français, ainsi qu’à la présence de représentants français dans les organes de gouvernance de la BCEAO malgré la continuité de la garantie de convertibilité française est une étape dans la bonne direction. Elle a l’avantage de clarifier le débat sur le FCFA qui était pollué par ces questions non essentielles, y compris celle du lieu d’impression de nos billets.

La question fondamentale sur laquelle tous les acteurs sont à présent obligés de se concentrer est la parité rigide de l’ECO, notre monnaie, par rapport à l’euro, parité qui ne sera pas dans les faits garantie par les nouveaux engagements de la France, pas plus qu’elle ne l’était avec la centralisation de réserves de change au trésor français. En effet, la France n’est que le garant politique de notre union monétaire et joue pour nous un rôle d’état central du fait d’un déficit de leadership politique assumé. Notre parité, ce sont nos réserves de change qui la garantissent et si nous devions être à court de réserves de change, comme tous les pays du monde, nous aurions recours au Fonds Monétaire International en dernier ressort. Le FMI a tous les instruments appropriés à cet égard. C’est ce qui explique certainement que la nouvelle garantie de la France soit assortie d’une nécessité de retour de représentants français dans notre gouvernance si elle devait s’exercer.

La décision prise par les chefs d’état est néanmoins une décision d’étape à saluer dans le processus devant mener à la libération totale de l’ECO, et donc de nos économies. Sur le plan pratique, cette libération ne pouvait se faire le même jour, d’où l’annonce d’une garantie française, mais la prochaine étape est la responsabilisation de la BCEAO avec une autonomie d’objectif sur le taux de change sans la France.

La Directrice Générale du Fonds Monétaire International dit également saluer «une étape importante dans la modernisation de notre arrangement monétaire avec la France…et son institution se tient prête à accompagner la mise en œuvre des réformes qui viennent d’être décidées». Dans la mesure où aucune décision techniquement difficile à mettre en œuvre n’a été prise et qui aurait nécessité une assistance du FMI, nous pouvons dire sans risque de nous tromper que nous allons vers la flexibilisation de l’ECO dans un avenir proche. Il faudra au préalable préparer la BCEAO et renforcer sa gouvernance pour lui permettre d’être à l’abri de ce que nous appelons «Fiscal Dominance » ou financement monétaire de déficits budgétaires, qui est souvent à l’origine de forts taux d’inflation dans les pays à régime de change flexible avec un leadership irresponsable.

Dans la mesure où nous sommes dans une union, nous pouvons espérer que dans une gouvernance nouvelle avec un collège de gouverneurs, aucun de nos états n’aura l’influence que la Côte d’Ivoire a eu dans la gestion de la BCEAO qui les 5 dernières années a indirectement financé des déficits excessifs de nos états. Un tel comportement dans le cadre d’un régime de change flexible nous vaudra bien évidemment une inflation forte à la place des réserves de change que nous avons perdues et l’endettement extérieur que la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont dû encourir augmentant ainsi notre vulnérabilité extérieure pour les renflouer et soutenir la liquidité du secteur bancaire actuellement à rude épreuve.

Les rapports du FMI publiés il y a deux jours sur son programme avec la Côte d’Ivoire, programme allongé d’une année pour couvrir la période de l’élection présidentielle dans ce pays, donne l’opportunité aux acteurs de débattre des questions de fond. Nous pouvons leur dire d’ores et déjà que la stratégie d’endettement de la Côte d’Ivoire décrite dans son programme avec le FMI donne une place excessive à l’endettement extérieur en devises (euro ou dollar), et une stratégie incohérente sur la dette en FCFA/ECO qui ne sera pas possible si la parité fixe rigide sur l’euro est maintenue. Les investisseurs non-résidents n’achèteront pas notre dette en ECO dans un tel régime, et un endettement en euro sur la base de la fixité de la parité va hypothéquer le choix de régime de change des générations futures. Cette stratégie suppose donc une continuation d’un arrimage rigide sur l’euro à moyen terme qui ne doit pas être le choix du Sénégal, et par conséquent de l’UEMOA. Elle devra changer ou justifier la fin de notre compagnonnage avec la Côte d’Ivoire dans l’UEMOA (SENEXIT). Nous l’avons expliqué dans notre tribune intitulée « SENEXIT : Libéralisme Patriotique ou Socialisme? ».

Nous réitérons notre ferme opposition à un libéralisme social internationalisé à taux de change fixe ou « croissance redistributive » extravertie, pour reprendre Macron, sans l’inclusion financière de nos entreprises comme c’est actuellement le cas. Nous lui préférons un libéralisme patriotique facilité par un régime de change flexible permettant d’amortir nos chocs extérieurs, la diversification de nos économies, leur résilience, et facilitant la transformation de notre inclusion financière en cette monnaie en un capital national qui sera complété par des investisseurs étrangers. Cette stratégie serait mise en œuvre dans un environnement de liberté économique ouvert sur le monde et l’Afrique. La jeunesse africaine veut prendre son destin en main, et totalement, subir les conséquences de ses choix, et corriger ses erreurs en toute responsabilité.

Librement

Dr. Abdourahmane Sarr
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Consensus de Dakar: Pas le Choix de la Jeunesse Africaine

L’Afrique peut être une importante locomotive de la croissance mondiale, c’est vrai. Cependant, il ne faudrait pas faire de cette locomotive, un objectif de l’extérieur financé principalement par l’endettement en devises et l’investissement étranger, facilités par un régime de change fixe sans inclusion financière du secteur privé national. Ce consensus ne peut engager la jeunesse africaine, qui aspire à prendre son destin en main et qui n’a aucun problème avec l’orthodoxie d’une gestion vertueuse qui s’applique à tous les pays du monde. Nous n’avons pas besoin d’un traitement spécial du Fonds Monétaire International et des bailleurs et sommes en phase avec la mobilisation optimale des ressources locales, leur utilisation efficace, et une transparence dans un état de droit et un environnement de liberté économique propice au secteur privé, surtout national.

L’Afrique doit être sa propre locomotive et le reste du monde en bénéficiera nécessairement, y compris en apportant des compléments de ressources mais principalement en monnaie nationale, ce qu’un taux de change fixe ne permettra pas de réaliser. Nous l’avons expliqué dans notre tribune « Senexit: Libéralisme Patriotique ».

A défaut, ce que nous avons qualifié de « Libéralisme Social Internationalisé » réduira les africains à la périphérie dans leur propre continent, à travers la redistribution des retombées de la croissance principalement. Cette forme de croissance inclusive défendue par les Présidents Macky Sall et Ouattara sera réalisée avec le capital et la dette détenus par des non-résidents, en échange de nos infrastructures et d’entreprises étrangères dominantes sur notre sol.

Nous préférons une option qui permettrait aux petites et moyennes entreprises africaines de porter la croissance par leur inclusion financière dans une monnaie compétitive non arrimée.

Pour éviter ce scénario de dépendance de l’extérieur, les Présidents Macky Sall et Ouattara devraient revoir leur paradigme qui; à l’échelle de l’Afrique avec la ZLECA; fournira les instruments modernes qui répéteront l’histoire (exploitation et domination de l’Afrique après la traite négrière et la colonisation).

Les Nobel Modigliani et Miller nous ont expliqué que sous certaines conditions, il n’est pas important qu’une entreprise finance ses actifs avec de la dette ou du capital (encore faudrait-il en avoir), sa valeur dépendant de sa capacité à générer des revenus et le risque de ses actifs. Si nous nous endettons principalement à l’extérieur en devises pour financer notre croissance, nous appartiendrons (notre jeunesse ainsi que la valeur créée sur le continent) à ceux qui nous auront prêté cet argent.

Partant de ce qui précède, nous sommes en phase avec les Présidents sur une monnaie commune UEMOA appelée ECO, les autres pays de la CEDEAO n’ayant pas rempli la convergence macroéconomique nécessaire à notre stabilité. Cependant, nous sommes en désaccord total avec la position selon laquelle un ECO flexible serait synonyme d’inflation, comme défendu par nos chefs d’états et leurs invités du Cercle des Economistes.

En effet, nous devons responsabiliser la BCEAO et lui assigner un objectif de stabilité des prix sans la France ainsi qu’une autonomie d’objectif sur le taux de change et maintenir notre solidarité au vu notamment, de la situation sécuritaire dans la zone. Nous n’avons cependant pas besoin d’être arrimés à des devises étrangères pour avoir une discipline monétaire si nous choisissons d’être responsables.

Comme indiqué plus haut, la transformation de notre inclusion financière (le crédit bancaire) en un capital national sera facilitée par une monnaie flexible dans un contexte de stabilité des prix. Nous l’appelons « Libéralisme Patriotique », car la monnaie flexible soutiendra le maintien du capital dans notre espace, en soutenant notre balance des paiements face à des chocs.

Par ailleurs, l’amélioration de la qualité de la dépense publique dans nos pays nécessitera que nous comprenions que ce qu’un état central doit faire, dont la sécurité est un exemple, est différent de ce qui doit être fait au niveau de pôles régionaux pour que la participation citoyenne, par les impôts et le choix des dépenses, garantisse les bons choix (éducation, santé, infrastructures utiles).

La solution de la qualité est également à ce niveau décentralisé dans le contexte d’un cadre macroéconomique à l’échelle centrale stable avec des déficits soutenables (intérieurs et extérieurs), car finançables par des ressources intérieures et une dette principalement en monnaie nationale. La Côte d’Ivoire et le Sénégal n’ont pas respecté ces principes ces dernières années.

Les pays de l’UEMOA ne doivent pas considérer le Fonds Monétaire International ou la France comme leur état central. Il leur faut davantage responsabiliser les populations à la base et jouer pleinement le rôle d’un état central, libéré des chaines de la dépendance. Pour cela, il faudrait également se départir de la mentalité qui consiste à gérer nos états comme des entreprises. Cette façon de faire est plus appropriée à l’échelle locale, car en compétition avec d’autres échelles locales dans un même cadre macro-économique souverain bien géré. Dans un tel paradigme alternatif, le consensus de Dakar tel que présenté, ne serait pas nécessaire.

Librement !

Dr. Abdourahmane Sarr

Macky Sall: Socialiste, Libéral, ou Souverainiste

Le Président Macky Sall, malgré son expérience politique, continue de vivre une contradiction également entretenue, certainement, par la diversité idéologique et doctrinale dans son entourage. Il est un socio-démocrate qui s’est déclaré libéral et qui, à la pratique du pouvoir, se rend compte tous les jours que ses politiques d’inspiration socialiste (leadership d’état sans moyens) butent sur un mur. Il en est malheureusement à son dernier mandat, et n’aura pas le temps de faire la synthèse de ses contradictions révélées par les déclarations de politique générale de ses premiers ministres que nous n’entendrons plus.

En effet, la politique générale des 3 prochaines années sera le programme soutenu par le Fonds Monétaire International que les Sénégalais ne découvriront qu’en décembre après que le Conseil d’Administration du FMI l’ait avalisé. Le Sénégal a connu un endettement accéléré et accumulé des arriérés intérieurs pour assurer un deuxième mandat à son Président et devra subir une période de correction de ses finances publiques au vu de ses options de financement appuyées par les bailleurs. Le Président Macky Sall qui tient le portefeuille de Ministre de l’Economie et des Finances mettra donc en œuvre un programme d’inspiration libérale qui n’est pas tout à fait celui sur lequel il a fait campagne et que nous avons qualifié de socialiste. Le secteur privé sera déclaré futur moteur de la croissance si les réformes nécessaires sont mises en œuvre, et l’état se concentrera davantage sur des services publics de qualité dans le cadre de budgets programmes. Cette politique sera-t-elle faisable ? nous y reviendrons en temps opportun.

De ce fait, dans les 3 prochaines années, les sénégalais ne pourront plus compter sur leur état pour soutenir une croissance socialisée par l’endettement extérieur. Nous avons en effet montré dans nos récents rapports de rétrospective que le bilan macroéconomique du septennat écoulé a été socialiste avec des tensions de trésorerie en fin de mandat (lettres de confort et arriérés intérieurs) du fait de politiques redistributives insoutenables (bourses familiales, der, couverture maladie universelle) et un endettement extérieur qu’on aurait pu éviter. Les analyses de la croissance, des finances publiques, et de la monnaie, convergent toutes vers le rôle central que l’état et son budget ont joué au détriment du secteur privé durant la période 2012-2019. La croissance s’est tertiairisée par l’endettement public, socialisée par les réallocations budgétaires en faveur du secteur primaire et du social, et désindustrialisée par une substitution des travaux publics aux industries dans un contexte international favorable qui est en train de changer. Ce n’est que grâce à la revalorisation de notre PIB de 30% (résultat de nos politiques d’endettement et de dépenses publiques de 2000 à 2012) que les ratios de nos déficits budgétaires et de notre endettement se sont considérablement réduits. La politique d’Abdoulaye Wade que Macky Sall a poursuivie, mais dans une conjoncture internationale favorable, ne nous a donc pas réussi.

Notre classe politique a donc du pain sur la planche. Le climat général de réconciliation est favorable à un gouvernement d’union nationale qui pourrait être un cadre de construction de la synthèse des contradictions du Président Macky Sall. Cette synthèse nous la voulons « Libérale et Patriotique ». Pour ce faire, tous les camps, libéraux (reconstitués), socialistes (reconstitués), et souverainistes (en progression), doivent se retrouver autour du Président Macky Sall et ses partisans eux-mêmes composés de tous ceux précédemment énumérés et débattre.

Macky Sall n’est en effet plus la cible, mais c’est lui qui tient le pouvoir jusqu’en 2024 et peut aider à le transmettre par la réussite ou l’échec de la politique qu’il mettra en œuvre. Soyez donc en embuscade autour de lui et compétissez d’arguments sur ce que le gouvernement doit faire. L’alternative sera de s’opposer à toute synthèse qui pourrait découler d’un dialogue par la politique politicienne. De ce point de vue, il y aura des élections tous les deux ans d’ici 2024 pour vous départager dans les faits et dans l’opinion.

Librement

 
Dr. Abdourahmane Sarr
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Libérer les Finances du Sénégal et de la BCEAO

Dans une série de contributions dédiées à la gestion monétaire de la BCEAO, et à l’intention d’une cible particulière, nous soutenions (i) que la BCEAO est à la remorque des banques et des états dans sa politique de refinancement puisque les banques détiennent des titres d’état refinancés à la BCEAO et ne peuvent réduire cet encours que progressivement ou sevrer les états (ii) que le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont venus au secours de la BCEAO et des banques par des émissions d’eurobonds avec le double résultat d’une part, de renflouer les réserves de change négativement impactées par la politique de financement indirect de déficits budgétaires excessifs, et d’autre part, d’apporter de la liquidité aux banques au vu de la nécessité de réduire le volume de refinancement de la BCEAO (iii) que sa politique était plus ivoirienne que régionale dans sa gestion de la liquidité globale de l’union et enfin (iv) qu’elle était retournée à une hibernation salutaire sur ses instruments après un activisme dicté par sa politique ivoirienne et commerciale entre 2016 et 2018 puisque ses instruments annoncés de politique monétaire (taux d’intérêts et réserves obligatoires) n’ont pas de liens avec les développements du marché libre sur ces instruments.

Ces thèses sont confirmées par les analyses du dernier rapport de la surveillance régionale UEMOA du FMI, par l’encours disproportionné des titres de la Côte d’Ivoire sur le marché financier régional, et par le comportement des taux d’intérêts sur le marché, faits documentés dans le rapport de politique monétaire de septembre 2019.

Dans un tel contexte, notre banque centrale devra continuer à refinancer nos banques à un niveau qui corresponde au rythme d’ajustement budgétaire de l’union, notamment de la Côte d’Ivoire, avec le risque d’un effet d’éviction sur le crédit au secteur privé et sur les autres pays comme le Sénégal. En effet, la Côte d’Ivoire traine un déficit budgétaire plus élevé que sa capacité de financement régional et extérieur ne peut soutenir, ce qui rend sa croissance élevée par l’investissement public insoutenable. Il en résulte que son niveau d’investissement public engendre un déficit de son compte courant de la balance des paiements que les entrées de capitaux d’autres pays de l’union ou de l’extérieur ne suffisent pas à couvrir.

Le déficit de la balance des paiements qui s’en suit affecte les réserves de change de la BCEAO et nécessite des financements exceptionnels du FMI et de bailleurs alors que la Côte d’Ivoire ne devrait plus, comme le Sénégal, avoir de programme FMI avec financement.

La Côte d’Ivoire devrait donc non seulement réduire son déficit budgétaire bien en dessous du critère de convergence de 3% du PIB de l’union mais également réduire son recours au financement sur le marché régional pour donner de l’espace aux autres pays comme le Sénégal. Tous les pays de l’UEMOA, y compris la Côte d’Ivoire, pourraient du même coup réduire le financement en devises de leur dette publique de sorte à réduire la vulnérabilité extérieure de l’union. Ceci permettra également aux pays comme le Sénégal d’éviter des tensions de trésorerie et le recours à des arriérés intérieurs, lettres de confort aux banques, ou paiements en instance comme mode de financement effectif de dépenses budgétaires en année courante à payer avec des crédits budgétaires d’années à venir. Nos finances publiques seraient ainsi davantage libérées.

Dans un contexte où les états se financeraient davantage sur le marché régional en FCFA pour réduire le poids de leur dette en devises, l’union pourrait néanmoins avoir besoin d’entrées de devises avec la liquidité correspondante en FCFA qui provenaient du financement en devises des états. Cet apport sera bénéfique pour les réserves de change de la BCEAO et la liquidité des banques et à travers elles, le financement de l’économie. Pour ce faire, la BCEAO pourrait se substituer aux états et émettre des titres sur les marchés internationaux pour son propre compte afin de combler ce déficit en devises et en liquidité pour le secteur privé.

Elle pourrait prendre exemple sur la Banque de Tunisie qui des années durant a émis des titres sur le marché Samurai japonais notamment, dès fois pour son propre compte en soutien au secteur privé, d’autres fois pour le compte de l’état tunisien. Elle l’a fait récemment avec la garantie de l’état japonais au vu de la situation politique tunisienne. Les statuts de la BCEAO permettent de faire la même chose.
Pour matérialiser cette vision, nous recommandons à la BCEAO en collaboration avec la Commission de l’UEMOA d’élaborer une stratégie globale d’endettement public de l’union pour déterminer la composition appropriée globale en devises de cet endettement et les déclinaisons nationales. Il s’en suivra qu’il lui restera à gérer son propre bilan pour apporter le résiduel de financement en devises nécessaire à l’union par une présence sur les marchés internationaux.

Dans cette perspective, et en donnant une autonomie d’objectif à la BCEAO sur le taux de change et en l’affranchissant du Conseil des Ministres, les chefs d’états lui permettraient de mieux gérer le niveau de ses réserves de change dans ce nouveau rôle. Un taux de change flexible inciterait également davantage les investisseurs étrangers à s’intéresser à notre marché en FCFA, ECO devrait-on dire.

Cependant, ces investisseurs ne s’intéresseront pas à notre marché si le marché secondaire des titres d’état n’est pas actif et liquide pour leur permettre d’entrer et de sortir facilement au besoin.
De ce fait, nous concluons cette contribution en réitérant à l’endroit de la BCEAO que la liquidité actuellement détenue par les banques au-delà de leurs réserves obligatoires et qui est en réalité financée par la banque centrale n’est pas une liquidité potentiellement destinée au privé.

Les banques ont utilisé les réserves excédentaires non rémunérées qu’elles détenaient pour financer les états et refinancer ces mêmes montants qu’elles conservent en dépôt à la banque centrale. Ces dépôts, par ce mécanisme, sont devenus des dépôts rémunérés que la BCEAO doit considérer comme des dépôts détenus dans une facilité synthétique de dépôts qu’elle n’avait pas dans ses instruments, rémunération financée par les états. Puisque ces dépôts sont au-delà des réserves obligatoires, la BCEAO doit émettre des bons BCEAO pour éponger cette liquidité excédentaire afin d’avoir une emprise sur les taux d’intérêts du marché interbancaire qu’elle souhaite.

Ceci permettra d’animer le marché interbancaire et monétaire, ce qui favorisera un marché secondaire des titres d’état. Il en résultera également une réduction des profits nets de la BCEAO qui ne devrait pas l’inquiéter. Sa politique ne doit pas être commerciale mais monétaire et financière et les états devraient se tenir prêts à assumer les conséquences éventuelles sur le capital de la banque. Il serait peut- être judicieux, de ce point de vue, de changer les statuts de la BCEAO pour que son capital soit détenu au prorata du poids des états de l’UEMOA afin que les responsabilités éventuelles soient adéquatement distribuées. Un collège de gouverneurs nationaux aux droits de vote correspondants dans les décisions de la banque centrale en serait le corollaire.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

FCFA : Devenir ECO sans le Nigéria et le Ghana

Le Président Macron disait au sortir d’une audience avec le Président Ouattara que « la zone franc offre une stabilité monétaire mais il y a un problème de change qui se pose…il faut la moderniser ». Le Président Ouattara rétorquait que « le FCFA est notre monnaie…c’est notre affaire…nous allons y apporter des réformes en temps opportun…c’est une monnaie stable appréciée dans la sous-région… nous prévoyons son élargissement à la zone CEDEAO… ».

Nous disions que « le Président Ouattara avait raison de dire que le FCFA était notre monnaie. Mais puisque c’est le cas, nous avions besoin d’un leadership politique qui se responsabiliserait exclusivement dans la garantie de la parité qu’il s’est choisie : en faire son affaire exclusive par une gouvernance réformée de la BCEAO. C’est ça que réclament la jeunesse africaine et les experts africains. Le FCFA est une réserve de valeur, un moyen d’échange, et une unité de compte stable apprécié à ces fins car rigidement arrimé à l’euro. Sa stabilité est donc externalisée puisque relevant d’une politique monétaire qui est le résultat des exigences de cette parité. C’est de cette monnaie-là dont nous ne voulons plus précisément car une monnaie ce n’est pas seulement ça. Nous avons besoin d’une monnaie amortisseur de chocs pour accompagner notre industrialisation et notre ouverture au monde. Une monnaie stable du fait d’un leadership politique qui responsabilise la BCEAO sans la France et qui garantit également la stabilité des prix principalement par sa politique monétaire et non de change. Nos pays, stables et démocratiques, ont besoin d’une monnaie flexible pour accompagner leur industrialisation par le capital national à travers l’inclusion financière en cette monnaie ».

Pour ce faire, nous avions plaidé pour une autonomie d’objectifs sur l’inflation et le taux de change pour la BCEAO dans le cadre d’un régime de change flexible et un collège de gouverneurs de pays membres. C’est ce que les experts de la CEDEAO ont recommandé pour l’ECO monnaie de la CEDEAO pour les pays qui auront satisfait aux critères de convergence macroéconomique.  Nous avions cependant argumenté dans cette perspective, qu’à court terme, le Nigéria et le Ghana devaient garder leurs propres monnaies au vu de leurs poids et de leurs divergences macroéconomiques et structurelles avec les autres pays, ceux de l’UEMOA notamment.

En effet, dans des propos relayés par la presse à la veille du 55ieme sommet des chefs d’états de la CEDEAO nous disions : « qu’une monnaie commune de la CEDEAO, au vu des divergences macroéconomiques des états ne peut être, à court terme (2020), que de parité relativement fixe et arrimée à des devises étrangères stables. De ce point de vue, une telle monnaie prématurée ne serait pas différente d’un FCFA qui resterait en l’état ou même fixe par rapport à un panier de monnaies stables. Cette monnaie unique fixe à court terme, avec une banque centrale indépendante, aidera à une discipline budgétaire et à la stabilité monétaire dans les pays où elles n’existent pas encore. Une monnaie unique bien sûr faciliterait les échanges et les mouvements de capitaux qui pourraient exister entre les états comme c’est le cas déjà avec le FCFA, mais ne sera pas le principal facteur d’expansion des échanges commerciaux intra zone ni de mouvements de capitaux internes. En somme, une monnaie fixe CEDEAO étendrait le FCFA à la zone CEDEAO sans les accords de coopération. Ce serait une étape vers la monnaie flexible CEDEAO recommandée par les experts mais qui n’arrivera pas de sitôt puisque les pays n’ont pas encore convergé macro économiquement et structurellement.

« A terme, même si cette monnaie flexible devait arriver du fait d’une convergence macroéconomique et non structurelle, les asymétries existantes en termes de chocs intérieurs et extérieurs, ne justifieraient pas une monnaie unique aux pays de la CEDEAO. Elle aurait les mêmes inconvénients congénitaux que l’euro dominé par l’Allemagne et ne correspondant pas à la monnaie qu’il faut pour la Grèce par exemple, mais il s’agit là d’un choix politique des européens que les africains de l’ouest pourraient également faire. Il en découle que les pays de l’UEMOA n’ont pas d’intérêt économique à entrer dans une monnaie CEDEAO si cette dernière ne doit refléter qu’un panier de monnaies à court terme, et à moyen terme une monnaie flexible qui ne reflètera pas leurs fondamentaux ni leurs orientations économiques et politiques divergentes. La monnaie CEDEAO peut cependant représenter un choix politique des états membres aux conséquences économiques similaires à ce que vivent les pays des zones CFA, conséquences à subir par les générations futures au profit des investisseurs étrangers et du capitalisme d’états étrangers. En disant que la monnaie unique ECO de la CEDEAO qui entrerait en vigueur en 2020 devra être flexible et refléter une convergence macroéconomique, les experts de la CEDEAO ont mis les chefs d’état devant la responsabilité politique de reporter la mise en oeuvre de l’ECO à cette échelle ou elle sera fixe comme le FCFA en 2020, ce qui n’est pas désirable ».

Partant de ce qui précède, notre position est que le FCFA peut être renommée ECO en 2020 et mis en œuvre à l’échelle de l’UEMOA principalement en donnant une autonomie d’objectifs sur l’inflation et le taux de change à la BCEAO ce qui la libérerait de la tutelle française. Cette option nous est préférable nous le disions dans une tribune intitulée «SENEXIT: Libéralisme Patriotique ou Socialisme? » pour accompagner la liberté économique des états de l’UEMOA sous le leadership de la Côte d’Ivoire et du Sénégal engagés sur cette voie. Nous éviterions ainsi que nos banques centrales soient capturées individuellement par le socialisme congénital de nos sociétés et élites politiques. A terme, cette vision politique pourra être mise en œuvre à l’échelle de la CEDEAO si elle est partagée. L’euro est une vision politique libérale inaboutie en construction sans un état fédéral au libéralisme partagé. Nous pouvons construire notre propre espace de liberté économique seule voie vers la prospérité sans un état fédéral à court terme. Cet état pourra à terme arriver quand nos populations (y compris, Nigéria, Ghana, etc…) seront réellement prêtes pour la liberté, la responsabilité, et la décentralisation.

Librement 

  
Abdourahmane Sarr 
Président CEFDEL 
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Du Dialogue: Clarifier le Consensus et l’Opposition

Les sénégalais sont allés aux urnes et ont élu leur président en la personne de Macky Sall. Ce dernier, nous disions, par le parrainage et la justice, a aidé l’électeur sénégalais à confirmer ses choix exprimés en plusieurs élections : (i) trancher la compétition entre les héritiers de Senghor et de Wade et (ii) renouveler sa confiance en sa classe politique traditionnelle pour qu’elle le mène vers le développement malgré son échec des 60 dernières années. Il est donc vrai que l’électeur sénégalais est en quête d’un consensus sur le chemin du développement de la part de ceux qu’il considère comme les «sachants» de sa démocratie, ne connaissant pas lui-même le chemin.

Il n’est en effet un secret pour personne que l’électeur sénégalais moyen, et même le politicien moyen, ne sait pas distinguer entre les visions des candidats parmi lesquels il a la responsabilité de choisir.  Il n’est même pas certain que les candidats eux-mêmes puissent définir leur propre vision qu’on ne peut parfois découvrir qu’en les écoutant développer leurs propositions. Un dialogue national post électoral institutionnalisé entre les «sachants» peut de ce point de vue être utile pour dégager un consensus et permettre d’identifier ce que pourrait être une opposition constructive. Au Sénégal, nous avons soutenu que toute la classe politique a la même vision du développement :  celle d’un état et ses démembrements qui règleraient les problèmes des citoyens à leur place sans en avoir les moyens émanant de ces mêmes-citoyens ou d’une organisation financière le permettant. Le pétrole et le gaz vont renforcer cette réalité en relaxant la contrainte budgétaire du pays.

Il est donc très probable que le dialogue national produise des consensus découlant d’un «group think» ou d’une «pensée de groupe».  Cette pensée se caractérisera par l’absence de voix discordantes du fait d’un consensus inconscient du groupe devant produire les recommandations et qui, au final, les empêchera de voir qu’ils sont eux-mêmes le problème. Ce consensus national est le socialisme congénital sénégalais et le mode de gouvernance du pays qui en découle depuis 60 ans et qui consiste à croire que notre état peut nous développer. Notre état, les citoyens, et les acteurs politiques qu’il a produits sont notre problème. Nous avons donc besoin d’un leadership transformationnel fort qui dégagerait une vision alternative et appellerait à être suivi.

Nous pouvons effectivement nous accorder sur les règles du jeu démocratique (mode d’élection, parrainage, partis politiques, calendrier électoral, etc…), mais nous ne remettons jamais en question notre consensus congénital qui est la source de nos maux et le guide de nos choix. Il ne sert à rien d’élire des maires qui ne peuvent pas faire grand-chose. Il ne sert à rien de formuler des attentes d’un état central qui ne peut pas satisfaire nos demandes puisqu’il n’est que le reflet de notre propre incapacité à créer de la richesse et à nous gouverner dans la responsabilité. La richesse du sous-sol ne changera pas cette donne.  De ce point de vue, le dialogue national est nécessaire pour renouveler notre pacte démocratique et confirmer notre consensus congénital caractérisé par la main tendue à l’état qui ne produira pas de résultat. L’opposition se définira alors clairement au sortir de ce dialogue.

Le Président Macky Sall qui n’a plus de mandat à rechercher peut avoir décidé d’être au-dessus de la mêlée pour sortir du «groupe think» et remettre en cause sa propre vision que nous avions critiquée dans une tribune intitulée «Macky Sall a Choisi : Socialisme et Capital Etranger».  A défaut, il aura lui-même aidé par le dialogue et la «pensée de groupe» à confirmer ce que devrait être son opposition: le libéralisme dont il se réclame sans jamais en assumer les conséquences. Ce libéralisme qui devra également être patriotique nécessite la décentralisation du pays en pôles régionaux autonomes financièrement inclus dans une monnaie compétitive, des pôles à renforcer en moyens humains et matériels, l’élection des élus locaux sur cette base, et la mise en place d’un sénat où les «sachants» et les représentants des pôles régionaux pourront se retrouver et confronter leurs consensus locaux et multiples. Un report des élections locales sur cette base en vaudrait la peine pour bâtir un Sénégal «par» tous plutôt qu’un Sénégal «pour» tous.  Ces deux visions alternatives doivent s’affronter pour que le Sénégal puisse se transformer du fait d’un leadership nouveau, assumé, et suivi mais que le consensus ne permettra pas de produire dans le camp du pouvoir si Macky Sall ne l’affirme pas. C’est à se demander pourquoi l’APR a inscrit le manifeste de l’internationale libérale dans ses statuts.

  
Librement 

Dr. Abdourahmane SARR  
Président CEFDEL/MRLD      
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp  

Président Macky Sall : Ministre de l’Economie et des Finances

Dans nos pays en développement, la personnalité qui a en charge la coordination et la cohérence de la politique économique et financière du pays, premier collaborateur du Président de la République, est le Ministre de l’Economie et des Finances. De ce point de vue, nous sommes pour un régime présidentiel fort et en phase avec la suppression d’un poste de Premier Ministre qui n’aurait pas le portefeuille de l’économie et des finances. Choisir ce Ministre de l’Economie et des Finances n’équivaut pas nécessairement à choisir un rival ou un successeur, mais il faut le choisir, car le Président de la République ne peut pas efficacement assurer cette fonction et un successeur est inévitable.

Eclater cette fonction entre trois personnes, dont l’une dépouillée de la coopération, le tout à coordonner par un Ministre d’Etat plutôt que de responsabiliser des directions sous un seul homme de confiance sème les graines d’un quinquennat de gestion de conflits d’experts. Déjà, la fusion de l’économie et des finances avec le retour du plan nous a valu des statistiques de croissance invraisemblables, et une situation financière extrêmement précaire du fait de recettes incompatibles avec cette croissance supposée. Cette situation, le Fonds Monétaire International ne veut pas la décrire dans un langage clair et non diplomatique. Comme beaucoup le savent, l’accélération de notre endettement est le fait de déficits budgétaires effectifs trop élevés, insoutenables, et mis en œuvre de façon non transparente. Maintenant que le deuxième mandat est assuré, le Sénégal a besoin d’être mis sur les bons rails dans une transparence qui permettra la critique objective et constructive.

Par ailleurs, la forte volonté de planifier le développement depuis 2014, et la séparation du plan et des finances, ne correspondent pas à une vision d’un Président libéral.  La culture de plan, entendons de transformation structurelle volontariste de notre économie, par opposition à la planification nécessaire de biens et services publics de qualité à travers le budget, ne nous a jamais réussi et avait été abandonnée car nous ne nous sommes jamais donné les instruments de sa réussite. Nous avons déjà développé cette question dans nos précédentes contributions et rapports.

Notre développement dont le leadership était supposé désormais relever du secteur privé national du fait de l’échec de l’état, comme maintes fois réaffirmé avec l’appui de l’état, ne peut se faire dans une culture de planification centralisée du futur de notre économie avec ou sans pétrole et gaz. La planification du budget à moyen terme, des biens et services publics de qualité essentiellement, devrait donc de ce fait également relever du Ministre de l’Economie et des Finances. Le ministère du budget deviendrait alors également inutile puisque les dépenses à moyen terme ne peuvent être planifiées sans une vision à moyen terme de l’économie privée et du budget et leur gestion financière à court et moyen termes.

Aussi, la coopération, dans une logique financière, ne peut se faire sans les finances car la coopération dans un Ministère de l’Economie et des Finances ne devrait pas être une banque de projets financés par des bailleurs à inclure dans le budget car financés. Pour un pays du niveau du Sénégal, c’est une stratégie d’endettement à moyen terme qui doit déterminer nos modes de financement plutôt que des financements disponibles du fait d’une coopération bilatérale ou multilatérale efficace. Cette façon de combiner projet et financement relève du financement de projets privés ou publics privés hors budget et sous le leadership du secteur privé. En effet, une stratégie d’endettement doit s’élaborer indépendamment de la coopération financière. Idéalement, la bonne conception de projets publics aux niveaux des ministères devrait être séparée du mode de financement de ces projets. Lorsque les deux se font ensemble comme nous l’avons fait depuis 1960, nous perpétuons notre dépendance de bailleurs bilatéraux et multilatéraux, augmentons notre vulnérabilité extérieure, et retardons davantage notre développement. Nous ne rompons donc pas avec le passé.

Dans un pays comme le Sénégal où nous avons un Ministère de l’Economie et des Finances rompu à la tâche, il faudrait donc y mettre un homme de confiance. Ce dernier est peut-être le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République ou le Ministre de l’Economie du Plan et de la Coopération, ou encore celui des Finances et du Budget. Cela n’en ferait pas un successeur quel que puissent en penser leurs camarades de parti. L’ancier Premier Ministre est malheureusement un fervent adepte du plan, peut être du fait de son passage à l’industrie et à l’ONUDI.

Le développement peut-il être planifié à l’échelle centrale? Le Président de la République et les sénégalais dans le cadre d’un dialogue doivent d’abord répondre OUI à cette question car pour l’instant nous ne l’avons jamais réussi. Nous ne pouvons conclure sans réitérer qu’une des raisons principales de cet échec est que nous n’avons jamais eu l’instrument monétaire et de change pour accompagner cette façon de faire.

Le Président Macky SALL peut entrer dans l’histoire, mais son nouveau quinquennat entamé avec des erreurs que le Sénégal a déjà commises, risque de connaitre des ratés au démarrage. Les Sénégalais patienteront encore.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président du CEFDEL

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp