Afrique: Acteur Marginal, Réveil Forcé

« On ne peut rien pour les Etats qui ne veulent pas se prendre en main »

Le président Macky Sall vient de nous livrer ses premiers arguments économiques en faveur de l’annulation de la dette dans le Figaro. Son équipe économique devrait l’aider à comprendre que la comparaison des envois des sénégalais de l’extérieur à l’aide internationale est économiquement problématique, que l’Afrique n’est pas un acteur important du commerce international, qu’elle est une menace pour elle-même, pas le monde, et peut réaliser son destin libre en faisant ce qu’elle refuse de faire d’elle-même.

L’Afrique doit comprendre que la sous-exploitation de son potentiel de productivité locale du fait d’un déficit de leadership fait d’elle une convoitise du monde. Nous avons déjà traité de cette question dans notre tribune intitulée « Consensus de Dakar : Pas le Choix de la Jeunesse Africaine ». Le monde veut par une zone de libre-échange africaine et le financement du développement de l’Afrique en devises, exploiter, avec l’Afrique, le potentiel économique que l’Afrique se refuse d’exploiter elle-même. Cela veut dire qu’avec ou sans annulation de dettes, le Sénégal, sans programme avec le FMI, peut emprunter comme il veut à ceux qui sont prêts à endetter son élite pour un objectif supposé de croissance, car les populations n’y comprennent rien. Cela n’empêchera pas le FMI de tirer sur la sonnette d’alarme car les équipes qui viennent dans nos pays ne sont que des économistes de très haut niveau qui ne peuvent utiliser des arguments de l’homme de la rue pour défendre des points de vue politiques. Les conférences avec des économistes français entourés de nos chefs d’Etats convoqués pour la cause, n’y changeront rien. La preuve, nos Etats découvrent l’impuissance du FMI qui ne peut donner aucune injonction à des créanciers privés qui ont traité avec nos états directement. Ces derniers font leurs propres analyses de nos performances et de la soutenabilité de nos dettes au cas par cas, analyses qui ne relèvent pas de perceptions, mais fondamentalement de faits analysés par des humains qualifiés.

Nous avons déjà traité de la question de la dette dans notre précédente contribution intitulée « Annulation de Dettes NON, Souveraineté Monétaire OUI » pour expliquer que son annulation ne change pas grand-chose pour ceux qui savent comment une dette souveraine se gère. Une dette souveraine n’est presque jamais remboursée quelle que soit la monnaie dans laquelle elle est contractée. C’est renouvellement, défaut de paiement, ou monétisation par la planche à billets. Le reste, la croissance du PIB s’en occupe ou l’ajustement. Son annulation ne nous permettra que de nous endetter de plus belle en devises étrangères comme le souhaitent certains créanciers et libérera temporairement des charges d’intérêts. Lorsqu’on arrive à obtenir l’annulation de la dette, les bailleurs contrôlent vos finances car les emprunts nouveaux assimilés à ce qui devait être amorti (en réalité pour renouveler la dette existante) seront orientés vers les choix des bailleurs en compétition dans votre budget. Ces choix peuvent être ce que vous deviez faire par vous-mêmes avant d’en arriver à demander des annulations. Ils déterminent également les catégories de dépenses où les intérêts que vous n’avez plus à payer doivent aller, en imposant des planchers pour certaines dépenses à partir d’un point de référence.

Vous voyez bien que demander une annulation de dette est synonyme d’une perte de souveraineté car celui qui annule votre dette ne veut pas non plus vous permettre d’emprunter ou de rembourser de nouveaux créanciers avec les dettes qu’il vous a pardonnées. C’est en partie la raison pour laquelle certains bailleurs, par des dons, nous facilitent le remboursement de créanciers venant de leurs propres pays sans annulation de dettes. Il suffit de comparer les dons spontanés de l’union européenne (50% de l’enveloppe pour l’Afrique tout entière donnée au Sénégal) aux intérêts que nous devons à des investisseurs résidents en Europe cette année. Ce que les 25 pays les plus pauvres ont obtenu de facto au FMI et à la Banque Mondiale en dons de substitution au service de leurs dettes, nous l’obtenons directement en dons comme pays solvable ayant accès aux marchés mais quémandeur.

Dès lors, une fois que l’Afrique et ses «économistes» auront compris comment une dette souveraine quelle que soit la monnaie de dénomination se gère, il leur restera à découvrir de façon plus claire leurs inclinaisons idéologiques pour développer leurs pays. L’Afrique a deux choix à organiser (on évite les zones grises de compromis nécessaires délibérément) pour réaliser son destin libre : « Leadership d’Etat clair seul ou en ensembles ou sous-ensembles souverains pour réaliser son potentiel de développement » ou « Leadership de sa population, de ses petites entreprises, et de ses collectivités locales ». Elle doit opter pour la stratégie qui lui permettra de financer son développement libre. Toutes les autres discussions non-économiques sont inutiles de ce point de vue et polluent le débat sur des questions économiques sur lesquelles il n’y a pas grand débat, certaines relevant de choix et de préférences. On ne peut rien pour les Etats qui ne veulent pas se prendre en main.

Face à la contrainte de financement extérieur, il faut une flexibilité de taux de change et une stabilité macroéconomique pour éviter l’endettement extérieur et les ajustements inutiles. Face à la difficulté de découvrir les vrais secteurs porteurs, il faut d’avantage faire confiance aux acteurs économiques locaux plutôt que l’état si par ailleurs l’incompétence de l’Etat est supérieure aux imperfections du marché. Dans les deux cas, la flexibilité de change, comme exutoire, permet de corriger les erreurs. C’est cet exutoire qui a manqué à Houphouët Boigny et à Senghor, l’un plus libéral, l’autre socio-démocrate, là où Dia, même qualifié de communiste, aurait eu le courage de la souveraineté monétaire et s’en serait peut-être mieux sorti.

L’Etat du Sénégal est fondamentalement et congénitalement socialisant (centralisateur du processus de notre développement) et est pour le premier choix malgré les professions de foi dans les programmes avec le FMI et dans la rhétorique en faveur du relai du secteur privé. Il faut alors assumer et s’en donner les moyens : Reprendre sa banque centrale, son taux de change, et mener le développement avec la rigueur de gestion macroéconomique et de dette qui vont avec. Nous avons appelé cette stratégie SENEXIT. A défaut, il faut organiser le secteur privé et son inclusion financière pour qu’il prenne le relai véritablement avec l’exutoire toujours du taux de change.

Revenant à la sortie du président de la République sur les transferts des migrants. Nous disions dans une récente contribution qu’un pays qui ne peut pas exporter des biens et services se retrouve obligé d’exporter des êtres humains qui par leurs envois au pays financent l’équilibre de sa balance des paiements. L’aide extérieure est une aide budgétaire alors que les envois des sénégalais de l’extérieur ne sont pas destinés au budget. Sans envois des sénégalais de l’extérieur, c’est la population qui s’ajusterait. Sans aide extérieure, c’est le budget de l’état insuffisamment financé par des populations pauvres qui ne voient leur état nulle part d’essentiel qui s’ajusterait. Dans les deux cas, il ne s’agit que de financement de balance des paiements, et dans le cas de l’aide, des ressources que les populations ne voient pas.

La migration est le résultat de l’échec du leadership africain à créer de la richesse sur son sol par ses propres moyens, obligeant ses fils et ses filles à s’exporter pour financer les importations de leurs familles restées au pays. Ces importations marginales dans l’échiquier mondial sont en partie facilitées par des monnaies non gérées mais administrées assurant le retour des transferts dans les pays d’origine. Le monde assoiffé de pouvoir n’attend que l’annulation de la dette publique africaine pour s’assurer de son contrôle pour les 400 prochaines années sur son propre sol afin de partager son destin avec elle.  Il nous faut refinancer la dette extérieure existante en monnaie nationale et gérer notre pays de façon à pouvoir y arriver.

Librement

Dr. Abdourahmane Sarr est Président du CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Annulation de Dettes NON, Souveraineté Monétaire OUI

« Le nouvel appel de Dakar dont le président Français s’est fait l’écho est une répétition qui ne va pas dans le sens de nos intérêts. Nous n’y gagnerons pas comme nous n’y avons pas gagné depuis 1960 »

Le Président Macky SALL nous a invité le 3 Avril, 2020, soixantième anniversaire de notre indépendance, à réaliser notre destin, mais a appelé quelques jours plus tard à une annulation de notre dette publique en se basant sur des arguments de solidarité internationale. Il nous a aussi dit que cette idée lui est venue lorsqu’il s’est rendu compte que les intérêts sur la dette du Sénégal représentaient presque 50% du budget réel de riposte Covid-19 d’environ 600 milliards qu’il venait d’élaborer. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître de dire NON à l’annulation de la dette, nous voudrions par cette contribution convaincre une certaine cible qu’une annulation de dette n’est pas dans notre intérêt, si nous voulons prendre notre destin en main. La plupart des observateurs seraient effectivement d’accord que la dette extérieure est un handicap pour notre développement. Pour le Sénégal, son niveau actuel soutenable est une chance pour que nous changions de paradigme et poursuivre la politique générale annoncée par nos autorités en janvier 2020 et dont ils ne sont en réalité pas convaincus. Nous l’avons démontré dans nos contributions intitulées « Programme Sénégal-FMI : Paradigmes à Revoir » et « Consensus de Dakar : Pas le Choix de la Jeunesse » qui motivent notre opposition à « L’Appel de Dakar ».

Le non-économiste qui demande une annulation de sa dette a une logique budgétaire de gestion de ses finances. En effet, il suppose que l’annulation de sa dette va lui permettre d’économiser le service de la dette (intérêts et amortissements) et dégager des ressources qu’il pourra affecter à des dépenses nouvelles. Ce raisonnement est également valable pour un individu qui gère un budget familial, une collectivité locale, ou une entreprise qui ne peuvent en général s’endetter que pour financer des projets spécifiques. Une fois leurs dettes remboursées, ils libèrent des ressources pour des dépenses nouvelles ou peuvent emprunter à nouveau dans la même logique. Nos états ont toujours fonctionné de la sorte, car ils ne sont toujours pas gérés, malgré les indépendances, comme des états souverains. Cependant, ils découvrent progressivement avec le développement de marchés financiers nationaux et l’accès aux marchés financiers internationaux, que la gestion de dette d’un état souverain ne suit pas la logique d’un individu, d’une entreprise, ou d’une collectivité locale. Ceux-ci, en général, empruntent pour des projets spécifiques avec des ressources affectées au remboursement, ce qui n’est pas le cas d’un souverain.

Un état souverain, dans la quasi-totalité des cas, a un déficit budgétaire en permanence, ce qui n’est pas le cas d’un individu. C’est-à-dire que ses recettes (impôts, taxes, et autres) et ses dépenses (courantes et d’investissements) se soldent généralement par un déficit. Si cet état est déjà endetté, cela veut dire, qu’à part les intérêts pris en compte dans ses dépenses courantes, le reste du service de la dette, donc les amortissements, ne provient jamais des recettes. Les ressources d’emprunts qu’un comptable mettrait dans les ressources pour financer des amortissements ne sont pas considérées dans une démarche analytique comme des recettes, mais simplement comme un renouvellement d’emprunts. Le sénégalais lambda qui a une durée de vie limitée, dirait que cette façon de faire est « emprunter pour payer une dette ». C’est vrai, mais pour un état qui ne meurt pas, cet exercice peut durer une éternité sans qu’il n’ait à se préoccuper du remboursement de sa dette. La stabilisation de la dette par rapport au PIB du pays est suffisante, bien que les intérêts puissent prendre de l’espace dans les dépenses. Lorsque les intérêts sont payés principalement à des résidents épargnants, l’argent reste dans le pays. En revanche, lorsque ces intérêts sont payés à des non-résidents, il faut avoir les devises nécessaires pour les rembourser, toutes choses étant égales par ailleurs.

Allant plus loin, les gestionnaires de dette des états souverains déterminent le volume de dettes qu’ils doivent émettre dans une année donnée par la somme du déficit budgétaire à financer excluant les intérêts (appelé déficit primaire) qui leur vient d’une direction du budget, auquel ils ajoutent les intérêts et les amortissements de la dette existante qu’ils maîtrisent. Ce total devient le montant à rechercher sur les marchés. Dès lors que ce montant est finançable, tout en stabilisant la dette en pourcentage du PIB, il n’est pas nécessaire que la dette existante et les intérêts soient remboursés avec des recettes effectives en réduisant le volume d’investissements ou d’autres dépenses. Il est donc essentiel qu’une croissance soutenable du PIB soit au rendez-vous pour stabiliser la dette en pourcentage du PIB. Malheureusement, la croissance du Sénégal (sans pétrole et gaz) était en décélération sans Covid-19.

Si par ailleurs, le déficit budgétaire global est limité, comme c’est notre cas à 3% du PIB du fait de critères de convergence pour des raisons autrement valables (nous y reviendrons), cela veut dire qu’une annulation de dettes ne libérera que l’espace des intérêts sur la dette. Ceci parce que l’amortissement pouvait ne jamais être remboursé mais toujours renouvelé par un emprunt nouveau non affecté à une dépense spécifique et nous serions toujours limités à un déficit de 3% du PIB. En revanche, si l’amortissement est dû à une banque, il doit être amorti avec des ressources réelles si la banque ne nous fait pas un nouveau crédit non affecté à un projet spécifique d’où l’importance d’avoir accès aux marchés et d’être vu par eux comme étant un souverain solvable qui honore ses engagements. Nous devions déjà atteindre les 3% du PIB de déficit en 2020 et devrons y revenir au plus tard en 2022.

Nous voyons par ce développement qu’une annulation de dettes extérieures, conjuguée d’une limite sur le déficit budgétaire global en pourcentage du PIB ne libère que deux choses : 1) des dépenses d’intérêts 2) un espace pour plus d’emprunts extérieurs si l’épargne nationale est limitée à court terme. Si ces emprunts extérieurs sont pour des projets spécifiques, il faudra les rembourser ou emprunter sans affectation à des projets spécifiques pour ne pas avoir à rembourser ces emprunts avec des recettes budgétaires. A noter que des projets peuvent avoir des taux d’intérêts concessionnels mais achetés à des prix plus élevés que leur valeur réelle compensant ainsi le créditeur pour les intérêts subventionnés. Il s’y ajoute que si un choc défavorable devait nécessiter une dévaluation de la monnaie du débiteur, la concessionnalité du prêt risque de ne plus être si importante au vu de montants à amortir plus élevés en monnaie nationale. La politique de nos autorités publiée en janvier 2020 prévoyait déjà une réduction à moyen terme de notre dette extérieure, politique à laquelle elles ne croient pas, d’où l’appel à un consensus de Dakar rejeté sur la dette et sponsorisé par des économistes français.

Le nouvel appel de Dakar dont le Président Français s’est fait l’écho est une répétition qui ne va pas dans le sens de nos intérêts. Nous le disons au Président Macky Sall avec la plus grande sincérité. L’après Covid-19, et le retard d’exploitation du Pétrole et du Gaz, ne vont que révéler ce qui était déjà connu : l’échec d’une politique de croissance et d’émergence basée sur la dette extérieure et l’état sans les préalables, comme diplomatiquement décrié par les partenaires.

Notre position est donc que nous ne devons pas renouveler des emprunts en devises si l’espace était libéré pour de soi-disant meilleurs projets ou de nouvelles dettes concessionnelles. Nous ne devons pas non plus militer pour des déficits budgétaires plus élevés que dictés par notre critère de convergence pour lever du même coup la contrainte d’endettement extérieur. Nous ne devons pas non plus lever la contrainte de déficit budgétaire pour cause de ressources extérieures, concessionnelles ou non, disponibles si cela veut dire pour nos états de prendre des espaces de capacités d’absorption qui devraient aller à notre secteur privé. Nos autorités ont argumenté que le secteur privé devait prendre le relai de la croissance puisque dans notre cas, l’état s’était endetté de manière inconsidérée entre 2000 et 2020. Qu’il en soit ainsi car c’est le rôle du critère de convergence.

Il nous faut renforcer notre marché financier national et que les investisseurs étrangers acceptent de nous prêter notre déficit d’épargne en bonne partie en notre propre monnaie. Notre déficit budgétaire devra être limité par cette contrainte de financement en monnaie nationale par des résidents ou non-résidents, et dans une mesure raisonnable d’emprunts en devises de préférence du marché et non de banques pour des projets spécifiques. Les emprunts en devises de banques (multilatérales ou privées) ne devront être que pour des projets aux revenus propres capables de se rembourser hors budget et pour des risques de change maitrisés et partagés.

Nous ne pourrons pas émettre de dettes en monnaie nationale à des non-résidents étrangers à notre zone monétaire si nous n’avons pas une souveraineté monétaire et une flexibilité de taux de change. Ceci, comme nous l’avons maintes fois argumenté, parce que ces investisseurs préfèrent une monnaie flexible qu’ils peuvent analyser par rapport à ses fondamentaux et investir sur des maturités relativement courtes pour pouvoir plus facilement liquider leurs positions. A défaut, ils préfèrent une dette à long terme mais en devises, option qui n’est pas compatible avec la stratégie d’endettement que nous préconisons. Le Président de la République a délégué le leadership de cette question au Président Ouattara qui préfère un ancrage rigide du FCFA sur l’euro pour des raisons valables qui ne correspondent pas aux intérêts du Sénégal.

Nous disons donc NON à l’annulation de la dette bilatérale et multilatérale si elle vise à nous permettre de la renouveler en devises et poursuivre la politique de 2000-2020. Nous n’y gagnerons pas comme nous n’y avons pas gagné depuis 1960, car cette annulation permettra à nos dirigeants socialisants de reprendre de plus belle les mêmes politiques qu’ils ont reniées sous la contrainte des dettes qu’ils ont déjà contractées en notre nom. Notre salut se trouve dans l’inclusion financière de nos populations dans une monnaie compétitive, un environnement de liberté économique, et la responsabilisation de nos collectivités locales pour focaliser l’état central dans ce qui nous est commun et dont la santé n’est qu’un exemple que notre état découvre subitement.

De ce point de vue, enfin, nous voudrions dire à l’endroit des équipes du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale que la substitution progressive de la dette extérieure en une dette en monnaie locale présentée dans leur dernière analyse de viabilité de la dette du Sénégal pour décaisser les fonds Covid-19 est incompatible avec le cadre macroéconomique présenté. Il est impossible pour le Sénégal d’augmenter la dette intérieure de 30% PIB entre 2024 et 2039 dans un contexte de ralentissement de la croissance et une dette en hausse sans réforme monétaire. Cette analyse est à revoir car ce ne sera possible qu’avec une accélération soutenue de la croissance sans le pétrole et le gaz avec des réformes qui iraient dans le sens du respect des principes de la déclaration « Mobilizing with Africa ». Il s’agit d’une croissance à mener par le secteur privé dans l’après Covid-19. Pour le Sénégal, cela veut dire volontairement respecter les engagements déjà pris en janvier 2020 au vu des résultats 2012-2019 avec ou sans programme FMI/Banque Mondiale de gestion transitoire de crise. Ceci veut dire prendre notre destin en main.

 

Librement

 

Dr. Abdourahmane Sarr

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Réalisons notre Destin, Libres

Le Président de la République a pris de bonnes mesures sur le plan de la riposte macroéconomique face aux effets de la pandémie qui « en nous mettant à l’épreuve » nous fait faire ce qui devait être fait même sans la crise. Le creusement du déficit associé au remboursement des arriérés de l’état répond à la critique que nous avions formulée sur le programme du FMI publié en janvier 2020 « Programme Sénégal-FMI : Décryptage et Paradigmes à Revoir ». Il est également en ligne avec les recommandations que nous avions formulées dans notre tribune intitulée « Organiser la résilience systémique à la crise » au vu de notre contrainte monétaire qu’il faudra lever dans une deuxième phase et qui nous imposait une riposte budgétaire d’envergure financée par le FMI, les bailleurs, et les banques. Les mesures fiscales nous semblent également appropriées, de même que le programme de garantie de crédits bancaires responsabilisant qui de droit. Par ailleurs, le Ministère des Finances devrait profiter de l’effacement de la dette fiscale pour préparer une réforme fiscale d’envergure en 2021 dans le cadre du programme « Yaatal » et réduire les taux et types d’impôts afin d’élargir l’assiette fiscale à tous. Le Ministère de l’Economie quant à lui devrait travailler à l’élaboration d’une stratégie de résilience systémique au-delà de la crise. En effet, les options stratégiques du Plan Sénégal Emergent ne renforcent pas notre résilience puisque ce sont des plans locaux dans la diversité qu’il aurait fallu et comme nous l’avons argumenté ailleurs, une économie basée sur des PMEs du secteur informel plus productives.

Sur le plan social cependant, nous aurions préféré comme nous le disions, un transfert de cash de 25000 FCFA à chaque sénégalais adulte ou les 6 millions ayant une carte d’identité pour un montant de 150 milliards. Un kit alimentaire assorti de paiements de factures est un plan de « résistance » spécifique et non de « résilience ». La résilience est le résultat de réactions diverses et appropriées à nos échelles individuelles et collectives contre des chocs et selon nos circonstances. Avec un transfert de cash, le montant par famille aurait ainsi varié et la dépense en fonction des besoins qui ne sont pas nécessairement des vivres de soudure, et aurait indirectement soulagé certains sénégalais dans la diaspora qui sont des soutiens de famille au Sénégal. L’effet macroéconomique aurait également été systémique et pas seulement dans le secteur de l’alimentation moins touché dans la conjoncture d’une économie au ralenti mais sans confinement. Le secteur informel au cœur de notre économie en aurait également davantage profité.

Le Président de la République a néamoins fait dans le compromis en tenant en compte des thèmes chers à son opposition : « mettre l’humain au cœur du développement » ou encore la « souveraineté alimentaire », mais la liberté à laquelle il a appelé pour que nous réalisions notre destin ne sera pas pour bientôt. En effet, nous ne partageons pas, en ce qui concerne le Sénégal, que notre dette bilatérale et multilatérale soit effacée, même si tel peut être le cas pour d’autres états africains fragiles.

Le Sénégal a dépassé ce stade et a argumenté que son endettement extérieur en devises de ces dernières années était nécessaire et bien utilisé pour une croissance future et du pétrole en perspective. Tel n’était pas le cas et nous avons encore la possibilité de changer de cap pour ne pas répéter l’histoire et effectivement réaliser notre destin dans la responsabilité sans tendre la main à autrui. Les bilatéraux représentent des peuples libres et dignes et nous voulons que nos enfants aspirent à la même chose. Les multilatéraux sont des banques dont nous nous aurons besoin dans le futur. L’appui que le FMI vient de nous octroyer dans un contexte où nous ne lui devions presque rien par les efforts du sénégalais lambda est un appui normal pour tous les pays du monde qui doit nous être disponible à nouveau demain. Seul un moratoire nous semble approprié pour le Sénégal, et encore, car ce dont nous avons besoin c’est de substituer la dette extérieure en devises en une dette en monnaie nationale détenue par des non-résidents investisseurs non bilatéraux et multilatéraux. Ces investisseurs ne prêtent pas à des états qui au moindre problème demandent des effacements de dettes du fait d’une mauvaise gestion en périodes favorables et sans les instruments de gestion macroéconomique, notamment la monnaie. En effet, ce ne sont pas des effacements de dettes qui sont sollicitées par les entreprises auprès de nos banques privées et à la BCEAO, mais bien des rééchelonnements et reports d’échéances.

Nous préférons également une révolution agricole à une souveraineté alimentaire. Une grande productivité agricole peut nous garantir la sécurité alimentaire sans passer par une politique d’autosuffisance alimentaire potentiellement inefficace. Pour ce faire, nous invitons nos autorités à mettre en œuvre une réforme foncière d’envergure dans le cadre d’un nouveau plan national d’aménagement du territoire et de plans locaux complémentaires. En effet, la finalité de la production dans une économie monétaire et d’échange et non de subsistance n’est pas la consommation propre des producteurs (individuellement ou collectivement) mais la vente pour des revenus. La finalité est l’obtention de revenus pour pouvoir se procurer ce que l’on désire d’où que ça puisse provenir tout en garantissant la sécurité alimentaire. Dans cette perspective il nous est même possible de garantir un revenu minimum à notre population rurale qui n’est pas obligée de travailler la terre qui continuera à lui appartenir, mais exploitable par des usufruitiers plus efficaces qui maitrisent les chaines de valeur. Nous l’avons argumenté dans notre contribution intitulée «Un Revenu Minimum Garanti pour une Révolution Agricole » qui inciterait nos agriculteurs dans leurs localités aux cultures vivrières à cycles courts.

Réalisons notre destin, réellement libres, après 60 ans d’indépendance. Cette liberté nous ne pourrons l’obtenir sans passer par l’épreuve du fer comme l’a dit le Président de la République, donc celle de la rupture. Comme nous le disions à la veille de la Présidentielle de 2019, « Optons pour un Sénégal qui prend son destin en main pour découvrir ce qu’est ce destin avec courage et foi ».

Ce destin nous ne pourrons le découvrir libres sans l’inclusion financière de notre population dans une monnaie compétitive dans le contexte d’un environnement de liberté économique et une décentralisation autonomisante et responsabilisante de pôles régionaux résilients et librement solidaires. Nous avons travaillé dans ce sens sur un projet novateur et structurant, l’avons exposé aux autorités monétaires qui n’ont pas émis d’objection (www.sofadel.com). Nous l’exposerons aux autorités et à la classe politique pour bâtir un consensus qui permettra à nos PMEs et nos collectivités locales de réaliser leur potentiel sans tendre la main à autrui.

Bonne fête de l’indépendance

Dr Abdourahmane Sarr
Président CEFDEL/MRLD
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Sénégal: Organiser la Résilience Systémique au Covid-19

Nous disions il y a trois jours que «la résilience systémique ne peut être que le résultat de réactions diverses et appropriées à nos échelles individuelles et collectives contre des chocs et selon nos circonstances. Il faut donc suivre les recommandations des experts dans tous les domaines et être en alerte sur ce qui se fait bien ailleurs pour éviter de verser dans l’amateurisme.

Au-delà des mesures de prévention et de contrôle de la propagation de la maladie, nous disions que l’état devait préparer une riposte contracyclique pour suppléer au ralentissement attendu du secteur privé dans les limites de nos équilibres à gérer. Ceci, par la mobilisation d’une partie des ressources financières que le secteur financier national allait allouer au privé, et financer un déficit budgétaire plus élevé que prévu, accélérer le remboursement des arriérés de l’état, accorder des crédits d’impôts aux secteurs les plus affectés et observables par leurs déclarations d’impôts, et compenser nos manques à gagner et besoins en devises au FMI. Au sortir de cette crise, nous disions qu’il nous faudra évaluer nos capacités de résilience systémique dans tous les domaines vitaux de notre pays. Il nous faudra notamment réexaminer nos options économiques qui, comme nous l’avons argumenté ailleurs, ne vont pas dans le sens de la résilience systémique parce découlant de choix de l’état ou de partenaires étrangers plutôt que de la diversité des PMEs du secteur informel et de pôles régionaux à autonomiser.

Dans l’intérim, il est important de savoir qu’un problème systémique n’est pas un problème sectoriel ou multisectoriel aux éléments constituants identifiables car variables. De ce fait, on ne peut pas faire l’inventaire exhaustif des éléments constitutifs d’un problème systémique d’ordre macroéconomique. C’est dans la diversité des réactions appropriées qu’un système résilient revient plus rapidement à son état antérieur.

Dès lors, la réponse systémique doit être immédiate et d’abord macroéconomique. Dans le cas du Sénégal, et des pays de l’UEMOA, cette réponse ne peut être que budgétaire. La banque centrale ne doit pas être sollicitée ni par les états, ni par les banques, sans recadrage budgétaire car tout soutient des banques ou de la banque centrale sera in fine budgétaire dans notre cadre monétaire actuel. Des crédits non performants refinancés par la banque centrale pour permettre aux banques de financer des pertes d’entreprises affectées ne peut se faire qu’avec la garantie de l’état, ce qui nous ramène à un double problème budgétaire (celui du bilan de la banque centrale et de celui des banques). Cette liquidité, la banque centrale ne peut pas non plus la soutenir sans les réserves de change correspondantes que seuls les états peuvent aller chercher pour ne pas hypothéquer la reprise après la crise. Tout ceci devrait nous suffire comme preuve qu’il y a urgence à adopter la monnaie ECO UEMOA en 2020, à la flexibiliser, et à donner à la BCEAO une autonomie d’objectif sur le taux de change.

Il faut donc par l’endettement de l’état immédiatement mobiliser les ressources qui nous sont disponibles au Fonds Monétaire International en la circonstance, et qui peuvent aller à plus de 150 milliards, en ce qui nous concerne, et qui n’ajouteront qu’environ 1 pourcent du PIB à notre dette. Ces montants en réserves de change permettront par ailleurs à la banque centrale de soutenir un volume supplémentaire de titres d’états en FCFA et atténuer l’impact sur la demande globale, notamment du secteur des services. La mise en œuvre d’un nouveau cadre budgétaire doit être immédiate en ne réduisant pas notamment les crédits budgétaires en cours d’exécution jusqu’à plus de visibilité. L’utilisation appropriée de cette liquidité découlant d’un déficit budgétaire plus élevé que prévu par les citoyens assurera la bonne distribution sans que la bureaucratie d’état et le lobbying n’en déterminent la destination. Cette option devrait être celle des libéraux.

Dans un contexte où l’état et la BCEAO cherchent à accélérer l’inclusion financière des populations, l’état a là une autre opportunité. L’allocation d’un montant forfaire (25 000 CFA) à 3 millions de sénégalais, à travers des comptes de monnaie électronique (orange money, freecash etc…) à souscrire par les récipiendaires, représenterait 75 milliards des montants mobilisables au FMI. Ceci devrait se faire avec des incitatifs d’utilisation des montants alloués sous forme électronique au niveau des opérateurs. Pour la mise en œuvre, Il suffirait d’allouer des titres à ces sociétés qui ne les liquéfieront qu’au besoin dans les banques et à travers elles à la BCEAO qui détiendrait la contrepartie en devises mobilisées par les états. Cette politique de transferts de cash est actuellement mise en œuvre par plusieurs pays pour soutenir la demande globale sans ciblage particulier.  Cette option est également plus libérale et plus juste envers les populations qui toutes contribuent à la soutenabilité de notre dette, pas seulement les entreprises. La diversité des reactions des entreprises et des individualités leur capacité d’adaptation à la crise au fur et à mesure qu’elle se déroule n’est pas à sous-estimer. Il faut donc éviter de trop centraliser la réaction gouvernementale, pour soutenir la résilience de notre système économique.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Programme FMI-Sénégal: Décryptages et Paradigmes à Revoir

Les documents de politique générale du Sénégal viennent d’être publiés par le Fonds Monétaire International à la suite de l’approbation par son Conseil d’Administration du programme conclu avec nos autorités. Cette politique met davantage l’accent sur la nécessité de s’appuyer sur le secteur privé pour réaliser notre émergence, après que la première phase du PSE n’ait pas réussi à livrer ses promesses de début de transformation structurelle, y compris par des projets privés, étrangers ou sous impulsion d’état, pour booster la croissance. Il est vrai que le langage diplomatique du FMI ne permet pas toujours de présenter les choses exactement comme elles sont. Nous avons démontré ce bilan dans notre rapport rétrospectif 2012-2018 appelant à un changement de paradigme pour promouvoir le secteur privé par une liberté économique plus accrue qui nous a toujours fait défaut (bilan socialiste, perspective libérale www.cefdel.net).

Nous avons néanmoins eu 5 années de croissance forte, du fait essentiellement d’une politique budgétaire plus expansionniste que présentée, indirectement financée par la banque centrale, par un endettement extérieur inconsidéré, et mise en œuvre de façon non transparente (lettres de confort aux banques et arriérés intérieurs). Cette politique a bénéficié d’un environnement extérieur favorable (baisse des prix du pétrole et des denrées sans baisse de taxation des citoyens, dépréciation de l’euro) pour donner des résultats meilleurs que ceux obtenus entre 2007 et 2012 avec plus ou moins les mêmes politiques. Par ailleurs, un revirement de la conjoncture internationale somme toute meilleure qu’en 2007-2012 avec la hausse des prix du pétrole, ainsi qu’un endettement à stabiliser, sont entrain de produire une décélération de la croissance. Le secteur agricole qui avait beaucoup contribué à l’accélération récente de la croissance avec l’appui de l’état est projeté en décélération dans le nouveau programme. De ce fait, sans l’avènement du pétrole et du gaz en perspective, nous retournerions à nos performances historiques de croissance insuffisante.

Cette grâce du ciel risque cependant de retarder notre émergence, car elle va desserrer l’étau budgétaire et permettre à l’état de poursuivre sa vision d’un état développementaliste socialisant sans avoir les instruments nécessaires d’accompagnement, nous y reviendrons. Les sénégalais doivent savoir que le secteur pétrolier et gazier n’ajoutera que 5% de notre PIB annuellement. En comparaison, les sénégalais de l’extérieur ont progressivement augmenté leurs envois de 4% du PIB en 2000 à 12% par an aujourd’hui, soit 8% du PIB de plus. Ces ressources n’ont fait qu’alimenter une augmentation du niveau de nos importations en pourcentage du PIB sans réduire notre déficit commercial. Par ailleurs, les recettes fiscales supplémentaires attendues du secteur énergétique ne sont que de 1.5% du PIB en moyenne, soit moins que les dons de 2% du PIB que nous recevons tous les ans de nos partenaires. Un pays comme la Côte d’Ivoire, par exemple, prévoit dans les 5 prochaines années, une réduction à presque zéro des dons dans son budget. Ces comparaisons sont à méditer si nous pensons que l’avènement du pétrole et du gaz va transformer notre pays sans que nous ne changions de paradigme de gestion.

La correction de nos dérapages budgétaires pour avoir un nouveau départ a donc dû nous être imposée comme préalable à la présentation de notre nouveau programme au Conseil du FMI (actions préalables dans le jargon consacré). Il s’agissait, par une deuxième loi de finances rectificative 2019, et une loi de finances 2020, d’éponger les arriérés de l’état, d’arrêter la mise en œuvre non transparente de déficits budgétaires effectifs plus élevés que présentés aux partenaires, et de les maintenir à 3% du PIB en 2020 et à moyen terme en ligne avec nos engagements, y compris dans l’UEMOA. Le FMI n’est cependant pas allé au bout de sa logique, car nous ne partageons pas la stratégie d’apurement progressif des arriérés intérieurs dans le programme. La capacité d’endettement du Sénégal doit pouvoir lui permettre d’émettre des titres, même en devises, et d’éponger ses arriérés en une fois pour soutenir le secteur privé et les banques. De ce point de vue, il ne fallait pas ajouter la dette des entreprises publiques à l’analyse de la viabilité de la dette publique, ce qui aurait permis à l’état central de transformer les arriérés en une dette marchande, tout en prenant en compte, dans les risques, un passif éventuel venant d’entreprises publiques défaillantes. La prise en compte de ces passifs conditionnels est prévue par le cadre d’analyse de la viabilité à un niveau plus faible que la dette totale des entreprises publiques qui a été prise en compte dans l’analyse. En effet, les entreprises publiques en question ont des actifs, y compris avec une valeur marchande en devises (exemple, les avions d’Air Sénégal).

En attendant que le peuple se conscientise, ou que le dialogue national change la donne, nous voici donc à nouveau à la case de départ avec le seul gendarme en mesure de s’assurer que nous maintenions la stabilité macroéconomique malgré nos options souveraines potentiellement mal orientées. En effet, bien qu’annonçant à nouveau que le secteur privé sera le moteur de la croissance dans le PSE II, comme c’était d’ailleurs le cas dans le PSE I, l’état n’a pas l’intention de changer de méthode. Avec l’avènement du pétrole et du gaz, notre état pense maintenant avoir les moyens de mettre en œuvre sa véritable vision d’un état développementaliste avec en perspective des projets de partenariats publics-privés à tour de bras avec les ressources publiques qui doivent aller dans d’autres priorités (éducation, santé, etc..).

Pour s’assurer que cette stratégie ne mettra pas en péril notre cadre macroéconomique, le FMI nous a donc imposé, et de façon non appropriée sur le plan de l’optimalité, un ancrage du programme sur la dette publique totale (y compris des entreprises publiques) à réduire. Il s’en est suivi une stratégie d’endettement que nous ne partageons pas, car le niveau d’endettement de l’état central n’a pas besoin d’être réduit mais stabilisé en pourcentage du PIB en ligne avec le niveau de déficit budgétaire arrêté à 3%.  En effet, même si cet ancrage par la dette publique totale permet d’éviter un endettement extérieur excessif dans l’éventualité de l’échec de projets publics-privés (y compris avec la Chine et autres), il ne prévoit pas de réduire la part de l’endettement en devises dans le portefeuille de l’état de façon plus délibérée. Dans une optique de réformes visant à passer réellement le relai de la croissance au secteur privé national et international dans un environnement de liberté économique véritable et un état aux priorités recadrées, notre régime de change à flexibiliser ferait partie des réformes nécessaires.

Un taux de change plus flexible permettrait à l’état d’attirer les investisseurs privés dans son marché financier en monnaie nationale, et avoir le taux de change comme exutoire au cas où ses projets, même financés en devises, ne réussissent pas. Ce n’est donc pas simplement le niveau d’endettement qu’il faut contenir, il faut également contenir sa composition en devises de façon plus volontariste pour permettre à un taux de change de jouer son rôle sans que la dette totale ne dépasse certains seuils dans l’éventualité d’une dévaluation. Nous l’avons argumenté en détail dans le rapport cité à l’entame de cette contribution. Une stratégie d’endettement qui privilégie la dette extérieure même concessionnelle ne nous met pas à l’abri des conséquences de ce risque de change. L’initiative des pays pauvres très endettés et celle relative à l’allègement des dettes dues aux multilatéraux en sont la preuve, bien que les projets financés par ces mêmes multilatéraux aient été bénis. De plus, dans notre cadre institutionnel actuel où les flux de capitaux vers la sortie ne sont pas libres (les sénégalais ne peuvent pas transférer des capitaux librement à l’extérieur) le risque de refinancement d’une dette en monnaie nationale est limité. De ce fait, la stratégie d’endettement qui privilégie les maturités longues en monnaie nationale dans un environnement où l’épargne est courte, et où même les non-résidents préféreraient des maturités plus courtes en monnaie nationale car moins risquées, est à revoir. Le risque de variabilité des taux d’intérêts pourrait en valoir la peine en termes de coûts économisés.

Cela dit, ce n’est pas parce que la politique de change préférable ne peut être décidée qu’à l’échelle de l’UEMOA qu’elle ne doit pas être un préalable à une meilleure stratégie que ce que le programme prévoit. L’annonce du caractère désirable d’une telle politique, comme cela se fait dans les programmes de pays comme le Maroc, ne devrait pas poser de problème particulier. Cette politique qui permet une dette extérieure en monnaie nationale et une monnaie plus faible en échange de tarifs extérieurs plus bas, pourrait améliorer notre compétitivité extérieure et réduire notre vulnérabilité extérieure. Des tarifs extérieurs plus bas et des taux d’imposition plus faibles iraient également dans le sens voulu de formaliser notre économie et élargir l’assiette fiscale. Si nous ne pouvons obtenir ce changement de paradigme au niveau de l’UEMOA, le Sénégal doit opérer son SENEXIT de cette UEMOA et de la CEDEAO pour prendre son destin en main et mettre en œuvre les excellentes réformes contenues dans le programme publié. Ces réformes vont dans le sens d’améliorer les performances du Sénégal en matière de liberté économique.

Si le régime de change n’est pas flexibilisé, nous maintiendrons la stabilité macroéconomique qui s’est améliorée entre 2012 et 2019. Cette amélioration est tout de même partiellement à l’actif du Président Macky SALL au vu des déficits hérités en 2012, mais elle a été en bonne partie fortuite (prix du pétrole notamment). Dans le cas contraire, le Sénégal demeurera un pays non émergent malgré le pétrole et le gaz. Même dans le paradigme développementaliste de l’état, reconnu et implicitement décrié dans le programme (zones économiques spéciales, projets PPP aux risques fiscaux non évalués), un régime de change flexible d’accompagnement de la libéralisation du pays aiderait à bâtir une économie plus résiliente et plus performante.

De ce dernier point de vue, nous disons à l’endroit des équipes du FMI et du Ministère des Finances que la stratégie d’endettement décrite dans le programme du FMI avec la Côte d’Ivoire suppose une continuation de la parité fixe avec l’euro. Elle le suppose car la dette extérieure continue d’y avoir un rôle très important en poids, ce qui suppose que cette dette, si son risque de change doit être contenu, sera en euro comme préféré par le Président Ouattara. Cet ancrage que le Sénégal semble partager ne suppose donc pas la flexibilité du taux de change qu’il faut pour qu’il puisse bâtir une économie diversifiée, résiliente, et ouverte sur le monde avec une croissance génératrice d’emplois menée par le secteur privé y compris national. Cet ancrage suppose dans le cas de la Côte d’Ivoire, le leadership d’un secteur privé national financièrement plus inclus et des investisseurs étrangers bien ancrés dans un pays qui, ces 5 dernières années, a gagné en place dans les indices de liberté économique (voir rapport cité). En effet, le programme publié par le FMI montre que le Sénégal a un secteur informel deux fois plus élevé qu’en Côte d’Ivoire, une population moins scolarisée, et un score sur l’accès au crédit deux fois moins performant auquel la politique de la BCEAO, qui a été par moment plus ivoirienne que régionale, n’est pas étrangère.

Il demeure, cependant, que la déclaration de politique générale du Sénégal pour les trois prochaines années va dans le bon sens et représente un changement de cap par rapport aux énoncés de priorités du PSE 1. A la place du paradigme volontariste de transformation structurelle de l’économie par des projets publics-privés stratégiques à mettre en œuvre de façon « agressive », la nouvelle lettre de politique met davantage l’accent sur les réformes structurelles pour créer un environnement de liberté économique pour le secteur privé. Ceci, dans la stabilité macroéconomique, et une gestion responsable sur le plan macroéconomique des ressources pétrolières et gazières. La mise en œuvre de budgets programmes nous permet aussi d’espérer que l’état se concentrera davantage là ou il est attendu (éducation, santé, infrastructure de base, renforcement de la décentralisation dans la mise en œuvre autonome des programmes sociaux).

De ce fait, les instruments publics de financement (FONSIS, FONGIP, BNDE, CDC, DER, ADPME), s’ils doivent soutenir le paradigme «Doomed to Choose » ou « Condamnés à Choisir» des voies de développement du secteur privé par un appui de l’état doivent être déployés si des marges de manœuvre budgétaire sont réellement disponibles. Ces marges de manœuvre ne peuvent cependant être obtenus au détriment du secteur privé par des impôts plus élevés, par un effet d’éviction des banques privées, ou une utilisation inadéquate de ressources provenant du pétrole et du gaz. Les impôts doivent être utilisés pour des services publics de qualité en soutien aux citoyens pour qu’ils puissent plus facilement consentir à l’impôt dans le cadre d’une politique de décentralisation véritable. Cependant, la volonté exprimée par l’état «de réaliser une accélération massive des investissements privés à travers un programme ambitieux de projets bancables, mûrs, développés avec un capital d’amorçage dédié » semble indiquer une divergence entre les priorités du programme conclu et la réalité que nous vivrons les trois prochaines années.

Dans cette dernière éventualité, on devra vivre avec l’ancrage par la dette publique totale du FMI qui nous permettra au moins de repartir si on échoue une nouvelle fois. Bien que ce paradigme ne soit pas plus approprié que celui de l’état développementaliste sans l’exutoire du taux de change dans un environnement de liberté économique véritable pour tous, il limitera les dégats.

 

Librement

 

Dr Abdourahmane SARR

Président CEFDEL

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

ECO et Libéralisme: Relever le Défi d’Abdoulaye Wade

Un projet libéral est en construction sous nos yeux avec l’avènement de l’ECO et une parité fixe à court terme qui fera l’objet d’une bataille pour sa flexibilisation en fonction du type de libéralisme auquel le défenseur d’une position adhère : Afrique locomotive du monde, financée de l’extérieur en devises, ou Afrique sa propre locomotive en monnaie nationale, bénéficiant au reste du monde avec leurs financements en compléments ? Nous avons traité de cette question dans notre tribune intitulée : « Consensus de Dakar : Pas le Choix de la Jeunesse Africaine ». Dans ce débat, le père du libéralisme africain, Abdoulaye Wade et son parti le PDS, sont absents. Les socialistes qui devraient préférer une monnaie avec un souverain ont abdiqué, embarqués qu’ils sont dans le bateau du libéralisme social ou de la croissance redistributive, alors qu’avec une politique de change leur approche d’un état développementaliste a plus de chance de réussir malgré leurs échecs historiques.

Ma première lecture du livre du Président Abdoulaye Wade « Un Destin pour l’Afrique » date de 1989 alors que j’étais sur les bancs des Hautes Etudes Commerciales de Montréal, et je ne me souvenais plus, aujourd’hui, d’une seule ligne de son contenu. Depuis, j’ai eu un PhD en économie, une maitrise de l’Université de Harvard, fait carrière au Fonds Monétaire International, visité beaucoup de pays, confronté mes idées aux réalités, et me suis construit une idéologie qui se trouve être libérale et une doctrine pour matérialiser cette vision.

En effet, comme étudiant en économie pure aux États-Unis, le libéralisme, je n’y suis pas arrivé par le détour d’études en philosophie politique, mais par l’apprentissage de l’économie et à sa pratique concrète dans la finance internationale. Ma doctrine est celle de l’autonomie et de la liberté «Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp» à laquelle je suis également arrivé sans savoir qu’elle a été recommandée par Cheikh Ahmadou Bamba, guide spirituel d’Abdoulaye Wade, suite à son expérience avec l’autorité coloniale.

Par ailleurs, l’analyse de la trajectoire politique et économique du Sénégal pour la mise en œuvre de cette doctrine m’a amené à proposer ce que j’appelle le « Libéralisme Patriotique ». Ce libéralisme patriotique nous est préférable à un libéralisme internationalisé socialisant parce que notre population n’est pas financièrement incluse pour pouvoir saisir les opportunités que le capital étranger saisira à sa place pour une nouvelle domination. Pour ne pas être centralisé et dirigiste donc socialisant, ce libéralisme patriotique serait mis en œuvre dans le cadre d’une décentralisation autonomisante et responsabilisante des communautés de base où les solidarités libres se construiront et dont Massalikoul Djinan est une illustration. Libres, car l’individu qui ne se sentirait pas à l’aise dans le contrat social local peut s’installer dans une autre communauté dans un ensemble patriotique au rôle se limitant aux consensus des ensembles constituants. Cet ensemble patriotique maitriserait son environnement économique et financier et serait ouvert sur le monde. Il s’agit là d’un enracinement et d’une ouverture.

C’est fort de ces convictions que j’ai décidé de relire un « Destin pour l’Afrique » du Président Abdoulaye Wade que je me suis proposé de critiquer 30 ans après ma première lecture. J’y ai effectivement trouvé qu’il avait lancé un défi à la jeunesse pour qu’elle trouve la voie de son intégration dans la marche du monde. De ce point de vue, Il disait en conclusion de son livre qu’un de ses professeurs lui avait dit « C’est en suivant le fleuve qu’on arrive à la mer ». Devons nous suivre le fleuve ? Ça m’a rappelé ce qu’un professeur remarquant que j’avais d’excellentes notes dans son cours de mathématiques malgré mes absences répétées m’avait dit : « Monsieur Sarr, vous êtes une rivière, même quand vous restez dans votre lit, vous suivez votre cours ». Effectivement, l’Afrique suit toujours son cours dans l’histoire malgré son absence relative sur la scène internationale, et peut rester dans son lit tout en suivant son cours, pour éviter de se perdre handicapée dans la mer de la mondialisation.

Oui l’Afrique a été potentiellement coupée du monde par la désertification du Sahara, et l’étendue de son territoire a favorisé la multiplicité des communautés, des langues, et des cultures, vivant libres les unes des autres sans une unité politique, ce qui est l’essence même du libéralisme. Cette diversité de communautés étanches et socialisantes a aussi facilité la domination de l’Afrique par des peuples regroupés dans des ensembles plus grands avec une unité d’action facilitée par leur unité politique. Cette domination qui a eu pour noms « esclavage » et « colonisation » avec comme conséquence une diaspora d’origine africaine ne veut pas dire que l’Afrique et la Diaspora aient une unité culturelle bien qu’elles aient une histoire commune d’agression extérieure notamment.

De ce fait, la négritude et l’oppression ne peuvent pas être le soubassement d’un panafricanisme libéral qui ne se réaliserait que par des Etats-Unis d’Afrique pour faire face aux oppresseurs d’hier et construire l’Afrique par le haut. Laissons cette vision aux socialistes. Une unité politique africaine sur cette base et en réaction à la construction de grands ensembles comme l’Europe, la Chine, ou les Etats-Unis ne se justifierait pas à court terme. Le panafricanisme africain doit se baser sur le postulat de la diversité culturelle et idéologique des peuples d’Afrique, et le libéralisme que cela suppose nous interdit d’imposer aux peuples d’Afrique une superstructure socialisante. S’il ne peut s’agir du libéralisme panafricain par les États-Unis d’Afrique planificateur et socialisant d’Abdoulaye Wade, et de libéralisme social internationalisé sans inclusion financière des africains, nous n’avons d’autre option que le libéralisme patriotique : La somme de nos diversités libérales nationales et locales permettra de définir ce qu’une entité commune, sans unité politique, devra réaliser pour le panafricanisme voulu par le Abdoulaye Wade libéral et non socialiste.

Ce libéralisme patriotique ne sera également pas travailliste. Abdoulaye Wade s’est résigné au facteur travail puisqu’il n’envisageait la disponibilité du capital et de la technologie que par l’aide extérieure dans la fonction de production (technologie, capital, travail). La maitrise de la monnaie et la densité démographique reconstituée nous permettra d’avoir le capital nécessaire et les investissements étrangers en compléments.

En effet, la technologie moderne permet dans des espaces géographiques denses en populations, de capturer la monnaie officielle émise (un capital financier) par l’émission d’un moyen d’échange digital (de troc), et maitriser l’orientation citoyenne de ce capital mobilisé. Les populations seraient ainsi incluses dans leur propre système monétaire et financier et ne dépendront pas d’un état dirigiste défaillant et corruptible qui s’approprierait les ressources financières sous l’influence d’un personnel politique incompétent. Conjugué à une maitrise de l’outil de change au niveau national ou à une échelle supérieure (UEMOA) pour que la monnaie soit compétitive, le libéralisme patriotique en s’ouvrant au monde tout entier ne sera pas contraint par la petitesse de nos marchés intérieurs. Ceci serait également préférable à un libre échange qui ne serait qu’à l’échelle africaine pour être le lit de notre future domination. Future domination, car ce libre échange se ferait sans monnaie africaine flottante, et la fixité de change faciliterait l’entrée et le rapatriement de capitaux en devises hors du continent, ce qui confinerait notre jeunesse au travaillisme et donc au salariat.

Cette semaine a été marquée par l’annonce de l’abandon du FCFA avec en perspective l’avènement de l’ECO de l’UEMOA qui est attendu flexible dans un proche avenir. Je me suis désolé de n’avoir pas entendu un parti politique libéral prendre position dans le débat. Pour émettre un avis valable sur la monnaie, il faut conserver une cohérence dans trois domaines : 1) Politique 2) Economique et 3) Technique. Une erreur de cohérence dans un des domaines rend le débat impossible. Les partis politiques sénégalais ont été absents, et les camps libéraux comme socialistes sont interpellés à plus d’un titre.

Nous sommes pour le libéralisme et considérons que le pas franchi sous le leadership du Président de la Conférence des Chefs d’Etat, Alassane Ouattara, est une opportunité. Concrètement, si l’engagement d’un ECO flexible pouvait se matérialiser sans la France, nous serions pour, dans le cadre d’un collège de gouverneurs nationaux, que le Président Ouattara devienne le Président de la future Banque Centrale de l’Afrique de l’Ouest (BCAO) de l’UEMOA, sans le Ghana et le Nigéria dès 2020 rendant compte à un parlement Ouest Africain. Ce serait une bonne sortie pour lui et clarifierait le fait qu’un projet libéral préfèrerait un Président de Banque Centrale au sommet de la hiérarchie des institutions qu’un Président de la République dans un état fédéral au libéralisme non assumé contrairement à un pays comme les états-unis. De ce point de vue, nous sommes en phase avec la construction européenne qui est un projet libéral sans souverain au libéralisme partagé par tous les états membres. L’Angleterre libérale l’a compris et a fait son BREXIT pour aller vite. Nous pourrions être contraints à un SENEXIT mais pas pour livrer le pays à des socialisants qui utiliseraient l’outil monétaire pour financer leurs choix imposés aux citoyens avec le résultat attendu qu’on connait dans notre contexte politique. Dans cette dernière éventualité autant rester dans l’UEMOA.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp.

FCFA: Débat Clarifé, Victoire d’Etape avec l’ECO

La décision de renommer le FCFA ECO, de mettre fin à la centralisation d’une partie des réserves de change de la BCEAO au trésor français, ainsi qu’à la présence de représentants français dans les organes de gouvernance de la BCEAO malgré la continuité de la garantie de convertibilité française est une étape dans la bonne direction. Elle a l’avantage de clarifier le débat sur le FCFA qui était pollué par ces questions non essentielles, y compris celle du lieu d’impression de nos billets.

La question fondamentale sur laquelle tous les acteurs sont à présent obligés de se concentrer est la parité rigide de l’ECO, notre monnaie, par rapport à l’euro, parité qui ne sera pas dans les faits garantie par les nouveaux engagements de la France, pas plus qu’elle ne l’était avec la centralisation de réserves de change au trésor français. En effet, la France n’est que le garant politique de notre union monétaire et joue pour nous un rôle d’état central du fait d’un déficit de leadership politique assumé. Notre parité, ce sont nos réserves de change qui la garantissent et si nous devions être à court de réserves de change, comme tous les pays du monde, nous aurions recours au Fonds Monétaire International en dernier ressort. Le FMI a tous les instruments appropriés à cet égard. C’est ce qui explique certainement que la nouvelle garantie de la France soit assortie d’une nécessité de retour de représentants français dans notre gouvernance si elle devait s’exercer.

La décision prise par les chefs d’état est néanmoins une décision d’étape à saluer dans le processus devant mener à la libération totale de l’ECO, et donc de nos économies. Sur le plan pratique, cette libération ne pouvait se faire le même jour, d’où l’annonce d’une garantie française, mais la prochaine étape est la responsabilisation de la BCEAO avec une autonomie d’objectif sur le taux de change sans la France.

La Directrice Générale du Fonds Monétaire International dit également saluer «une étape importante dans la modernisation de notre arrangement monétaire avec la France…et son institution se tient prête à accompagner la mise en œuvre des réformes qui viennent d’être décidées». Dans la mesure où aucune décision techniquement difficile à mettre en œuvre n’a été prise et qui aurait nécessité une assistance du FMI, nous pouvons dire sans risque de nous tromper que nous allons vers la flexibilisation de l’ECO dans un avenir proche. Il faudra au préalable préparer la BCEAO et renforcer sa gouvernance pour lui permettre d’être à l’abri de ce que nous appelons «Fiscal Dominance » ou financement monétaire de déficits budgétaires, qui est souvent à l’origine de forts taux d’inflation dans les pays à régime de change flexible avec un leadership irresponsable.

Dans la mesure où nous sommes dans une union, nous pouvons espérer que dans une gouvernance nouvelle avec un collège de gouverneurs, aucun de nos états n’aura l’influence que la Côte d’Ivoire a eu dans la gestion de la BCEAO qui les 5 dernières années a indirectement financé des déficits excessifs de nos états. Un tel comportement dans le cadre d’un régime de change flexible nous vaudra bien évidemment une inflation forte à la place des réserves de change que nous avons perdues et l’endettement extérieur que la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont dû encourir augmentant ainsi notre vulnérabilité extérieure pour les renflouer et soutenir la liquidité du secteur bancaire actuellement à rude épreuve.

Les rapports du FMI publiés il y a deux jours sur son programme avec la Côte d’Ivoire, programme allongé d’une année pour couvrir la période de l’élection présidentielle dans ce pays, donne l’opportunité aux acteurs de débattre des questions de fond. Nous pouvons leur dire d’ores et déjà que la stratégie d’endettement de la Côte d’Ivoire décrite dans son programme avec le FMI donne une place excessive à l’endettement extérieur en devises (euro ou dollar), et une stratégie incohérente sur la dette en FCFA/ECO qui ne sera pas possible si la parité fixe rigide sur l’euro est maintenue. Les investisseurs non-résidents n’achèteront pas notre dette en ECO dans un tel régime, et un endettement en euro sur la base de la fixité de la parité va hypothéquer le choix de régime de change des générations futures. Cette stratégie suppose donc une continuation d’un arrimage rigide sur l’euro à moyen terme qui ne doit pas être le choix du Sénégal, et par conséquent de l’UEMOA. Elle devra changer ou justifier la fin de notre compagnonnage avec la Côte d’Ivoire dans l’UEMOA (SENEXIT). Nous l’avons expliqué dans notre tribune intitulée « SENEXIT : Libéralisme Patriotique ou Socialisme? ».

Nous réitérons notre ferme opposition à un libéralisme social internationalisé à taux de change fixe ou « croissance redistributive » extravertie, pour reprendre Macron, sans l’inclusion financière de nos entreprises comme c’est actuellement le cas. Nous lui préférons un libéralisme patriotique facilité par un régime de change flexible permettant d’amortir nos chocs extérieurs, la diversification de nos économies, leur résilience, et facilitant la transformation de notre inclusion financière en cette monnaie en un capital national qui sera complété par des investisseurs étrangers. Cette stratégie serait mise en œuvre dans un environnement de liberté économique ouvert sur le monde et l’Afrique. La jeunesse africaine veut prendre son destin en main, et totalement, subir les conséquences de ses choix, et corriger ses erreurs en toute responsabilité.

Librement

Dr. Abdourahmane Sarr
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Consensus de Dakar: Pas le Choix de la Jeunesse Africaine

L’Afrique peut être une importante locomotive de la croissance mondiale, c’est vrai. Cependant, il ne faudrait pas faire de cette locomotive, un objectif de l’extérieur financé principalement par l’endettement en devises et l’investissement étranger, facilités par un régime de change fixe sans inclusion financière du secteur privé national. Ce consensus ne peut engager la jeunesse africaine, qui aspire à prendre son destin en main et qui n’a aucun problème avec l’orthodoxie d’une gestion vertueuse qui s’applique à tous les pays du monde. Nous n’avons pas besoin d’un traitement spécial du Fonds Monétaire International et des bailleurs et sommes en phase avec la mobilisation optimale des ressources locales, leur utilisation efficace, et une transparence dans un état de droit et un environnement de liberté économique propice au secteur privé, surtout national.

L’Afrique doit être sa propre locomotive et le reste du monde en bénéficiera nécessairement, y compris en apportant des compléments de ressources mais principalement en monnaie nationale, ce qu’un taux de change fixe ne permettra pas de réaliser. Nous l’avons expliqué dans notre tribune « Senexit: Libéralisme Patriotique ».

A défaut, ce que nous avons qualifié de « Libéralisme Social Internationalisé » réduira les africains à la périphérie dans leur propre continent, à travers la redistribution des retombées de la croissance principalement. Cette forme de croissance inclusive défendue par les Présidents Macky Sall et Ouattara sera réalisée avec le capital et la dette détenus par des non-résidents, en échange de nos infrastructures et d’entreprises étrangères dominantes sur notre sol.

Nous préférons une option qui permettrait aux petites et moyennes entreprises africaines de porter la croissance par leur inclusion financière dans une monnaie compétitive non arrimée.

Pour éviter ce scénario de dépendance de l’extérieur, les Présidents Macky Sall et Ouattara devraient revoir leur paradigme qui; à l’échelle de l’Afrique avec la ZLECA; fournira les instruments modernes qui répéteront l’histoire (exploitation et domination de l’Afrique après la traite négrière et la colonisation).

Les Nobel Modigliani et Miller nous ont expliqué que sous certaines conditions, il n’est pas important qu’une entreprise finance ses actifs avec de la dette ou du capital (encore faudrait-il en avoir), sa valeur dépendant de sa capacité à générer des revenus et le risque de ses actifs. Si nous nous endettons principalement à l’extérieur en devises pour financer notre croissance, nous appartiendrons (notre jeunesse ainsi que la valeur créée sur le continent) à ceux qui nous auront prêté cet argent.

Partant de ce qui précède, nous sommes en phase avec les Présidents sur une monnaie commune UEMOA appelée ECO, les autres pays de la CEDEAO n’ayant pas rempli la convergence macroéconomique nécessaire à notre stabilité. Cependant, nous sommes en désaccord total avec la position selon laquelle un ECO flexible serait synonyme d’inflation, comme défendu par nos chefs d’états et leurs invités du Cercle des Economistes.

En effet, nous devons responsabiliser la BCEAO et lui assigner un objectif de stabilité des prix sans la France ainsi qu’une autonomie d’objectif sur le taux de change et maintenir notre solidarité au vu notamment, de la situation sécuritaire dans la zone. Nous n’avons cependant pas besoin d’être arrimés à des devises étrangères pour avoir une discipline monétaire si nous choisissons d’être responsables.

Comme indiqué plus haut, la transformation de notre inclusion financière (le crédit bancaire) en un capital national sera facilitée par une monnaie flexible dans un contexte de stabilité des prix. Nous l’appelons « Libéralisme Patriotique », car la monnaie flexible soutiendra le maintien du capital dans notre espace, en soutenant notre balance des paiements face à des chocs.

Par ailleurs, l’amélioration de la qualité de la dépense publique dans nos pays nécessitera que nous comprenions que ce qu’un état central doit faire, dont la sécurité est un exemple, est différent de ce qui doit être fait au niveau de pôles régionaux pour que la participation citoyenne, par les impôts et le choix des dépenses, garantisse les bons choix (éducation, santé, infrastructures utiles).

La solution de la qualité est également à ce niveau décentralisé dans le contexte d’un cadre macroéconomique à l’échelle centrale stable avec des déficits soutenables (intérieurs et extérieurs), car finançables par des ressources intérieures et une dette principalement en monnaie nationale. La Côte d’Ivoire et le Sénégal n’ont pas respecté ces principes ces dernières années.

Les pays de l’UEMOA ne doivent pas considérer le Fonds Monétaire International ou la France comme leur état central. Il leur faut davantage responsabiliser les populations à la base et jouer pleinement le rôle d’un état central, libéré des chaines de la dépendance. Pour cela, il faudrait également se départir de la mentalité qui consiste à gérer nos états comme des entreprises. Cette façon de faire est plus appropriée à l’échelle locale, car en compétition avec d’autres échelles locales dans un même cadre macro-économique souverain bien géré. Dans un tel paradigme alternatif, le consensus de Dakar tel que présenté, ne serait pas nécessaire.

Librement !

Dr. Abdourahmane Sarr

Macky Sall: Socialiste, Libéral, ou Souverainiste

Le Président Macky Sall, malgré son expérience politique, continue de vivre une contradiction également entretenue, certainement, par la diversité idéologique et doctrinale dans son entourage. Il est un socio-démocrate qui s’est déclaré libéral et qui, à la pratique du pouvoir, se rend compte tous les jours que ses politiques d’inspiration socialiste (leadership d’état sans moyens) butent sur un mur. Il en est malheureusement à son dernier mandat, et n’aura pas le temps de faire la synthèse de ses contradictions révélées par les déclarations de politique générale de ses premiers ministres que nous n’entendrons plus.

En effet, la politique générale des 3 prochaines années sera le programme soutenu par le Fonds Monétaire International que les Sénégalais ne découvriront qu’en décembre après que le Conseil d’Administration du FMI l’ait avalisé. Le Sénégal a connu un endettement accéléré et accumulé des arriérés intérieurs pour assurer un deuxième mandat à son Président et devra subir une période de correction de ses finances publiques au vu de ses options de financement appuyées par les bailleurs. Le Président Macky Sall qui tient le portefeuille de Ministre de l’Economie et des Finances mettra donc en œuvre un programme d’inspiration libérale qui n’est pas tout à fait celui sur lequel il a fait campagne et que nous avons qualifié de socialiste. Le secteur privé sera déclaré futur moteur de la croissance si les réformes nécessaires sont mises en œuvre, et l’état se concentrera davantage sur des services publics de qualité dans le cadre de budgets programmes. Cette politique sera-t-elle faisable ? nous y reviendrons en temps opportun.

De ce fait, dans les 3 prochaines années, les sénégalais ne pourront plus compter sur leur état pour soutenir une croissance socialisée par l’endettement extérieur. Nous avons en effet montré dans nos récents rapports de rétrospective que le bilan macroéconomique du septennat écoulé a été socialiste avec des tensions de trésorerie en fin de mandat (lettres de confort et arriérés intérieurs) du fait de politiques redistributives insoutenables (bourses familiales, der, couverture maladie universelle) et un endettement extérieur qu’on aurait pu éviter. Les analyses de la croissance, des finances publiques, et de la monnaie, convergent toutes vers le rôle central que l’état et son budget ont joué au détriment du secteur privé durant la période 2012-2019. La croissance s’est tertiairisée par l’endettement public, socialisée par les réallocations budgétaires en faveur du secteur primaire et du social, et désindustrialisée par une substitution des travaux publics aux industries dans un contexte international favorable qui est en train de changer. Ce n’est que grâce à la revalorisation de notre PIB de 30% (résultat de nos politiques d’endettement et de dépenses publiques de 2000 à 2012) que les ratios de nos déficits budgétaires et de notre endettement se sont considérablement réduits. La politique d’Abdoulaye Wade que Macky Sall a poursuivie, mais dans une conjoncture internationale favorable, ne nous a donc pas réussi.

Notre classe politique a donc du pain sur la planche. Le climat général de réconciliation est favorable à un gouvernement d’union nationale qui pourrait être un cadre de construction de la synthèse des contradictions du Président Macky Sall. Cette synthèse nous la voulons « Libérale et Patriotique ». Pour ce faire, tous les camps, libéraux (reconstitués), socialistes (reconstitués), et souverainistes (en progression), doivent se retrouver autour du Président Macky Sall et ses partisans eux-mêmes composés de tous ceux précédemment énumérés et débattre.

Macky Sall n’est en effet plus la cible, mais c’est lui qui tient le pouvoir jusqu’en 2024 et peut aider à le transmettre par la réussite ou l’échec de la politique qu’il mettra en œuvre. Soyez donc en embuscade autour de lui et compétissez d’arguments sur ce que le gouvernement doit faire. L’alternative sera de s’opposer à toute synthèse qui pourrait découler d’un dialogue par la politique politicienne. De ce point de vue, il y aura des élections tous les deux ans d’ici 2024 pour vous départager dans les faits et dans l’opinion.

Librement

 
Dr. Abdourahmane Sarr
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Libérer les Finances du Sénégal et de la BCEAO

Dans une série de contributions dédiées à la gestion monétaire de la BCEAO, et à l’intention d’une cible particulière, nous soutenions (i) que la BCEAO est à la remorque des banques et des états dans sa politique de refinancement puisque les banques détiennent des titres d’état refinancés à la BCEAO et ne peuvent réduire cet encours que progressivement ou sevrer les états (ii) que le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont venus au secours de la BCEAO et des banques par des émissions d’eurobonds avec le double résultat d’une part, de renflouer les réserves de change négativement impactées par la politique de financement indirect de déficits budgétaires excessifs, et d’autre part, d’apporter de la liquidité aux banques au vu de la nécessité de réduire le volume de refinancement de la BCEAO (iii) que sa politique était plus ivoirienne que régionale dans sa gestion de la liquidité globale de l’union et enfin (iv) qu’elle était retournée à une hibernation salutaire sur ses instruments après un activisme dicté par sa politique ivoirienne et commerciale entre 2016 et 2018 puisque ses instruments annoncés de politique monétaire (taux d’intérêts et réserves obligatoires) n’ont pas de liens avec les développements du marché libre sur ces instruments.

Ces thèses sont confirmées par les analyses du dernier rapport de la surveillance régionale UEMOA du FMI, par l’encours disproportionné des titres de la Côte d’Ivoire sur le marché financier régional, et par le comportement des taux d’intérêts sur le marché, faits documentés dans le rapport de politique monétaire de septembre 2019.

Dans un tel contexte, notre banque centrale devra continuer à refinancer nos banques à un niveau qui corresponde au rythme d’ajustement budgétaire de l’union, notamment de la Côte d’Ivoire, avec le risque d’un effet d’éviction sur le crédit au secteur privé et sur les autres pays comme le Sénégal. En effet, la Côte d’Ivoire traine un déficit budgétaire plus élevé que sa capacité de financement régional et extérieur ne peut soutenir, ce qui rend sa croissance élevée par l’investissement public insoutenable. Il en résulte que son niveau d’investissement public engendre un déficit de son compte courant de la balance des paiements que les entrées de capitaux d’autres pays de l’union ou de l’extérieur ne suffisent pas à couvrir.

Le déficit de la balance des paiements qui s’en suit affecte les réserves de change de la BCEAO et nécessite des financements exceptionnels du FMI et de bailleurs alors que la Côte d’Ivoire ne devrait plus, comme le Sénégal, avoir de programme FMI avec financement.

La Côte d’Ivoire devrait donc non seulement réduire son déficit budgétaire bien en dessous du critère de convergence de 3% du PIB de l’union mais également réduire son recours au financement sur le marché régional pour donner de l’espace aux autres pays comme le Sénégal. Tous les pays de l’UEMOA, y compris la Côte d’Ivoire, pourraient du même coup réduire le financement en devises de leur dette publique de sorte à réduire la vulnérabilité extérieure de l’union. Ceci permettra également aux pays comme le Sénégal d’éviter des tensions de trésorerie et le recours à des arriérés intérieurs, lettres de confort aux banques, ou paiements en instance comme mode de financement effectif de dépenses budgétaires en année courante à payer avec des crédits budgétaires d’années à venir. Nos finances publiques seraient ainsi davantage libérées.

Dans un contexte où les états se financeraient davantage sur le marché régional en FCFA pour réduire le poids de leur dette en devises, l’union pourrait néanmoins avoir besoin d’entrées de devises avec la liquidité correspondante en FCFA qui provenaient du financement en devises des états. Cet apport sera bénéfique pour les réserves de change de la BCEAO et la liquidité des banques et à travers elles, le financement de l’économie. Pour ce faire, la BCEAO pourrait se substituer aux états et émettre des titres sur les marchés internationaux pour son propre compte afin de combler ce déficit en devises et en liquidité pour le secteur privé.

Elle pourrait prendre exemple sur la Banque de Tunisie qui des années durant a émis des titres sur le marché Samurai japonais notamment, dès fois pour son propre compte en soutien au secteur privé, d’autres fois pour le compte de l’état tunisien. Elle l’a fait récemment avec la garantie de l’état japonais au vu de la situation politique tunisienne. Les statuts de la BCEAO permettent de faire la même chose.
Pour matérialiser cette vision, nous recommandons à la BCEAO en collaboration avec la Commission de l’UEMOA d’élaborer une stratégie globale d’endettement public de l’union pour déterminer la composition appropriée globale en devises de cet endettement et les déclinaisons nationales. Il s’en suivra qu’il lui restera à gérer son propre bilan pour apporter le résiduel de financement en devises nécessaire à l’union par une présence sur les marchés internationaux.

Dans cette perspective, et en donnant une autonomie d’objectif à la BCEAO sur le taux de change et en l’affranchissant du Conseil des Ministres, les chefs d’états lui permettraient de mieux gérer le niveau de ses réserves de change dans ce nouveau rôle. Un taux de change flexible inciterait également davantage les investisseurs étrangers à s’intéresser à notre marché en FCFA, ECO devrait-on dire.

Cependant, ces investisseurs ne s’intéresseront pas à notre marché si le marché secondaire des titres d’état n’est pas actif et liquide pour leur permettre d’entrer et de sortir facilement au besoin.
De ce fait, nous concluons cette contribution en réitérant à l’endroit de la BCEAO que la liquidité actuellement détenue par les banques au-delà de leurs réserves obligatoires et qui est en réalité financée par la banque centrale n’est pas une liquidité potentiellement destinée au privé.

Les banques ont utilisé les réserves excédentaires non rémunérées qu’elles détenaient pour financer les états et refinancer ces mêmes montants qu’elles conservent en dépôt à la banque centrale. Ces dépôts, par ce mécanisme, sont devenus des dépôts rémunérés que la BCEAO doit considérer comme des dépôts détenus dans une facilité synthétique de dépôts qu’elle n’avait pas dans ses instruments, rémunération financée par les états. Puisque ces dépôts sont au-delà des réserves obligatoires, la BCEAO doit émettre des bons BCEAO pour éponger cette liquidité excédentaire afin d’avoir une emprise sur les taux d’intérêts du marché interbancaire qu’elle souhaite.

Ceci permettra d’animer le marché interbancaire et monétaire, ce qui favorisera un marché secondaire des titres d’état. Il en résultera également une réduction des profits nets de la BCEAO qui ne devrait pas l’inquiéter. Sa politique ne doit pas être commerciale mais monétaire et financière et les états devraient se tenir prêts à assumer les conséquences éventuelles sur le capital de la banque. Il serait peut- être judicieux, de ce point de vue, de changer les statuts de la BCEAO pour que son capital soit détenu au prorata du poids des états de l’UEMOA afin que les responsabilités éventuelles soient adéquatement distribuées. Un collège de gouverneurs nationaux aux droits de vote correspondants dans les décisions de la banque centrale en serait le corollaire.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR
Président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp