Arbitrer deux Forces Partisanes: APR et PASTEF

A la veille des législatives de 2022 nous disions que le champ politique sénégalais partisan bipolarisé Yewwi-Benno était une bonne chose pour notre démocratie à la croisée des chemins en 2024. Une bonne chose car il permettait un arbitrage citoyen non partisan engagé puisque les deux camps nous disent que le pouvoir appartient au peuple.

De ce fait, il fallait construire une force citoyenne non partisane pour arbitrer la bipolarisation. Le F24 ayant incorporé des forces partisanes d’opposition aux intérêts divergents, notamment Yewwi, a fait la même erreur congénitale que Yewwi: Absence de projet commun et d’objectivité, mais volonté d’unité d’action. Sa manifestation a donc de facto démontré que le leader des forces partisanes d’opposition est bien Ousmane Sonko, l’absent le plus présent de leur manifestation de vendredi.

Nous rappelions les principes du “Exit, Voice, and Loyalty » comme disait l’autre « Partir, S’exprimer, et Loyauté « . En politique ou dans les organisations, ceux qui ne sont pas d’accord et ont où aller sortent du groupe s’ils ne peuvent pas exprimer leur désaccord en interne et ne peuvent être loyaux à un certain consensus. Nous l’avons observé dans Yewwi (Barthélémy Dias, Maire de Dakar) dans Benno (Idrissa Seck, Candidat Obligatoire).

S’ils n’ont pas où aller, dans notre champ politique partisan bipolarisé, ils restent loyaux et n’expriment pas leur désaccord ou l’expriment tendrement (Khalifa Sall). S’ils peuvent exprimer leur désaccord et ont où aller, ils peuvent rester pour bâtir un consensus démocratiquement acceptable auquel ils pourraient en retour être loyaux (Ousmane Sonko). Sans Macky Sall (APR) Benno n’est rien et sans Ousmane Sonko (PASTEF) Yewwi n’est rien. Ils sont les seuls à pouvoir quitter leur groupe sans y perdre des plumes. La classe politique sénégalaise au pouvoir et dans l’opposition est donc prise en otage par deux leaderships dans un « mortal combat » dont l’épilogue pourrait bien être cette semaine: il y aura procès avec prise de corps ou pas?

Le problème du Sénégal de 2024 ne devrait pas être une compétition électorale électoraliste et un rapport de forces violentes (État et Citoyens) mais de visions. A l’heure où nous parlons seul PASTEF a une vision différente du statu quo à arbitrer.

Une force citoyenne non partisane unifiée est toujours nécessaire, à défaut, la majorité silencieuse devra se résigner à la partisanerie électoraliste.

Librement

OUI Monsieur le Premier Ministre

Nous espérons que Boubacar Camara appréciera avec humour le titre de ce texte de clarification puisqu’il nous a décerné la qualité de président de la République à la suite de notre revue de son livre « Construire le Sénégal du Futur » dans notre contribution intitulée « Boubacar Camara : président ou Premier ministre ».

Le futur du Sénégal nous est tellement cher que lorsqu’on en parle, croyez-nous, nos opinions sont dépourvues de toute personnalisation et nous ne pouvons être le bras armé de personne. Pour cette même raison, la critique publique écrite et réfutable est toujours proposée, critique avec laquelle tout un chacun peut être en désaccord argumenté. C’est ce que Boubacar Camara a fait tout en réaffirmant ce que nous avions déjà compris, c’est-à-dire : « Il doit être clair pour tous que les ressources naturelles sont l’épine dorsale du modèle de développement que je propose et servent à la fois de levier et source de financement équitable », nous dit-il.

Pour cela, sa vision est décrite ainsi qui suit « Bâtir un Sénégal prospère par un capital humain épanoui à partir de l’exploitation judicieuse des ressources naturelles [notamment par l’optimisation de toutes les chaînes de valeurs des produits, en renforçant les acteurs essentiels de la société] pour un développement durable ». C’est précisément de cette vision basée sur les ressources naturelles dont nous ne voulons pas, nous lui préférons une bonne gestion par des ressources humaines de qualité libérées d’un État pesant aux choix plus que discutables.

Nous n’avons donc aucun désaccord profond autre que sur la vision car la reformulation de la vision que nous lui avons proposée, après lecture annotée des 300 pages de son livre, capture sa préoccupation sur le capital humain et ses interventions souhaitées : « Un Sénégal associé à ses proches voisins dans un État fédéral libre, développé, et bien géré dans la solidarité à travers l’industrialisation financée par le troc de ressources naturelles en échange des investissements nécessaires. Dans les investissements nécessaires entendez tout ce que Boubacar Camara veut financer par le troc, d’une part, par son État développementaliste (les chaînes de valeur choisies) et, d’autre part, le capital humain pour lequel nous n’avons aucun souci et que nous mettons au rang de priorité que l’état soit développementaliste ou pas. Sans les ressources humaines de qualité, jeunes, femmes, bref ses fils et ses filles, le Sénégal ne pourra pas être bien géré et ne pourra pas conduire son industrialisation.

Le Sénégal, à la croisée des chemins en 2024, devrait être confié à un président de la République à la vision comprise par ceux qui peuvent la comprendre et qui l’acceptent. Notre revue du livre de Boubacar Camara a tiré comme conclusion que sa vision présentée n’est pas désirable pour le Sénégal de notre point de vue car elle se résume à un mode de financement qui ne libèrerait pas l’Afrique, et est inadaptée à un pays « frontier market » comme le Sénégal. Nous avons dépassé le stade du « bartering » pour vendre nos projets potentiels en partenariats public-privé. Nous Sénégalais, et pourquoi pas la classe politique, pouvons avoir un consensus sur le reste des développements de son livre.

Notre revue a permis à Boubacar Camara de réaffirmer deux choses, d’abord réitérer avec force l’amalgame qu’il fait entre un mode de financement et la structuration appropriée d’un partenariat public privé, ensuite sa vision du développement par les ressources naturelles. Tout ce qu’il écrit sur la structuration de projets à travers des « Special Purpose Vehicles », notamment, est vrai mais il n’est point besoin de faire dans le troc pour atteindre ces résultats lorsqu’on a un État bien géré qui a un bon cadre macroéconomique et qui a accès aux marchés financiers internationaux (nous ne parlons pas de bailleurs de fonds bilatéraux ou multilatéraux). Ce n’est peut-être pas la tasse de thé ou de café de Boubacar Camara mais un Sénégal libre dans une Afrique libre devra se faire par le moyen de stratégies à moyen terme d’endettement séparées de ses projets viables finançables par partenariats public privé.

Dans la bonne gestion de la dette souveraine, les déficits et les charges de la dette (intérêts et capital), ce que nous appelons les déficits primaires et les charges de la dette sont refinancés et peuvent ne rien avoir à voir avec les flux de projets spécifiques structurables. Les arguments que Boubacar Camara nous sert le prouvent : « le choix du recours aux ressources naturelles ne doit être écartée ou relégué au second plan…structurer des financements en procédant à un troc…le tout c’est de bien le faire….on se présente aux marchés financiers autrement avec des garanties solides ». La meilleure garantie c’est la bonne gestion du risque souverain d’une part (macroéconomique et structurel), et la bonne structuration de tous les projets d’autre part. Nul besoin de faire du troc pour atteindre les deux objectifs à moins de n’avoir aucune confiance en soi en dehors d’un « special purpose vehicle » avec lequel on peut par ailleurs avoir tous les avantages listés par Boubacar Camara sans convention de troc. Encore une fois, certains pays africains n’ont pas d’autres choix que le troc avec des partenaires spécifiques et/ou d’offrir en garantie les flux de devises sur leurs ressources naturelles privant leurs banques centrales des mêmes devises pour une gestion macroéconomique responsable et souveraine dans la liberté. « La disponibilité d’un partenaire financièrement solide et doté d’une expérience avérée qu’il convient évidemment de sélectionner dans des conditions transparentes », comme le dit Boubacar Camara, ne nécessite pas de troc de ressources naturelles.

Revenant à la personnalisation supposée du débat, n’étant pas d’accord avec la vision de Boubacar Camara pour notre pays, nous lui disons en toute sincérité qu’il a convaincu sur un autre volet, et nous pensons que c’est son parcours qui l’a justifié. De la même manière que ses projets de troc qu’il a vécus ne nous agréent pas pour le Sénégal, Boubacar Camara, de son vécu dans l’administration, nous a proposé 36 secrétaires d’État dont les ministres ne seraient pas les patrons mais le Premier ministre pour dépolitiser l’administration. Nous avons jugé que cette administration qu’il nous a proposée pourrait lui être confiée puisqu’il ne nous a pas convaincu sur la vision. Il a toute notre confiance, pas nous en tant que président de la République, et pourquoi pas, mais un nous en tant que personne et un nous potentiellement collectif de Sénégalais que notre critique aura convaincus.  Nous sommes loin d’accuser Boubacar Camara de chercher un poste de Premier ministre. Il peut être assuré, en revanche, que les thèses de notre revue ont bien évidemment eu comme objectif de marquer notre différence maintes fois exprimées. Que Boubacar Camara ne veuille pas jouer les seconds couteaux est de son droit, mais nous ne sommes pas convaincus de la vision qu’il propose car elle ne libérera pas le Sénégal du statu quo d’un État centralisé, développementaliste, qui n’aura pas les moyens de sa politique, ni seul, ni dans une fédération avec ses voisins qui ne pourra avoir qu’une banque centrale hors de portée. Ce dernier point peut être davantage développé si nécessaire car il est lié à tous les schémas de financement, y compris le troc proposé.

Pour l’heure, nous espérons que Boubacar Camara pourra convaincre les Sénégalais qu’il a une meilleure stratégie de financement que les candidats déclarés qui nous proposent également de nous développer par la transformation structurelle dirigée de notre économie ou de nous développer par les ressources naturelles à travers un état développementaliste bien financé. Pour changer de cap, il nous dit lui-même :  le commandant du navire doit disposer de tous les outils nécessaires pour déterminer la nouvelle route à suivre et se donner les moyens de s’y maintenir en faisant face à toutes les intempéries. Ce commandant, en l’occurrence l’état, notamment son bras technique, l’administration publique, doit administrer le navire et sa cargaison…l’administration doit…s’arracher des griffes de la politique…». On ne peut pas faire du troc de ressources naturelles sans avoir des valeurs collectivistes que Boubacar Camara partage avec bien d’autres qui n’ont pas choisi le troc, qu’ils débattent sur leurs visions partagées.

Nous préférons responsabiliser les Sénégalais, leurs entreprises, et leurs collectivités locales, « la cargaison », et laisser l’État s’occuper de ce qui nous est réellement commun dans la diversité cultuelle, culturelle, et des citoyennetés. Il ne s’agit pas ici de néolibéralisme, car l’État peut avoir des rôles à circonscrire par nécessité ou opportunité, précision pour parer aux réactions épidermiques des collectivistes.

Nous ne sommes pas encore candidat mais si on devait l’être ce sera pour porter la vision d’un Sénégal de liberté, de patriotisme et de progrès qui fait effectivement l’objet d’une offre publique d’adhésion.

Librement.

Boubacar Camara: Président ou Premier Ministre

C’est avec plaisir que nous nous sommes attelés à la lecture attentive du livre de Boubacar Camara « Construire le Sénégal du Futur ». Nous nous étions promis de lui consacrer un article du fait de notre perception de la sincérité de son auteur dans son engagement pour le Sénégal et également pour contribuer à attirer l’attention sur son importance. Son livre est effectivement paru en même temps que celui de Cheikh Yerim Seck « Macky Sall face à l’histoire » qui l’a éclipsé puisque traitant du sujet favori des Sénégalais, les intrigues politiques.

Suite à la lecture du livre, nous sommes arrivés à la conclusion que le dernier chapitre devait être le premier et la vision définie au début du livre reformulée ainsi qui suit pour être plus exacte : Un Sénégal associé à ses proches voisins dans un État fédéral libre, développé, et bien géré dans la solidarité à travers l’industrialisation financée par le troc de ressources naturelles en échange des investissements nécessaires. Nous aurions ensuite titré le livre : « Le Sénégal Leader dans une Afrique Nouvelle ».

De ce fait, au-delà de la bonne gouvernance et de la solidarité, la thèse principale de Boubacar Camara se trouve dans sa stratégie de financement par le troc de ressources naturelles qu’auraient les états fédérés et à défaut de cet état à court terme, le Sénégal qui changerait de cap. Nous disions dans des contributions précédentes que l’alternance au pouvoir dans un pays pouvait se justifier par trois facteurs : 1) Une mauvaise allocation des ressources budgétaires 2) Une gestion peu efficiente, efficace, et éthique des affaires publiques 3) une mauvaise stratégie de création de richesses, ou les trois à la fois. Pour nous, le problème principal du Sénégal se trouve dans notre stratégie de création de richesse car dans le contexte d’une grande pauvreté, une mauvaise allocation de ressources insuffisantes, le manque d’éthique et d’efficacité d’un état centralisé source de convoitises corruptrices, et l’incapacité de financer la solidarité, sont des conséquences pour les libéraux que nous sommes. Si en revanche, on est adepte d’un État stratège à travers le budget pour la création de richesse, comme semble l’être Boubacar Camara, il est normal qu’il mette l’accent sur la nécessité d’une administration développementaliste agissant avec une éthique à toute épreuve, mais surtout capable de financer sa vision. Engagé dans ce dernier paradigme et conscient de la contrainte de financement de cet état, Boubacar Camara s’est rabattu sur les ressources naturelles à échanger pour financer ses interventions.

Cependant, dans l’argumentaire, Boubacar Camara a plus convaincu sur la gouvernance et l’éthique que sur la création de richesses. En effet, il n’est pas nécessaire d’opérer un troc de nos ressources naturelles pour financer un État stratège, car que ça soit une dette non liée cash fongible ou du troc, dans les deux cas, il s’agira d’une dette garantie par des revenus potentiels y compris de l’exploitation de ressources naturelles. Il est d’ailleurs préférable dans une stratégie d’endettement à moyen terme, de ne pas se lier les mains par le troc avec des partenaires spécifiques, car nous ne pouvons pas emprunter toute la valeur actuelle de nos ressources naturelles en une fois. Même si nous le pouvions, il ne serait pas indiqué de dépenser les ressources correspondantes car l’inflation que ça générerait, au vu des capacités de production limitées à court terme, détruirait notre économie comme c’est le cas dans les pays victimes de la maladie dite « hollandaise » riches en ressources naturelles. Il est préférable d’avoir accès aux marchés financiers (en monnaie nationale ouverts aux résidents et non-résidents ou en devises) et avoir la liberté de financer comme nous le voudrions un état développementaliste en partenariat public-privé. Ces partenariats seraient ouverts à la concurrence dans un cadre macroéconomique maitrisé sans sombrer dans la dépendance vis-à-vis de partenaires spécifiques. Cette dernière façon de faire a effectivement lié les mains de plusieurs pays africains qui ont hypothéqué leurs ressources naturelles à la Chine en échange d’infrastructures. Ces pays n’ont pas nécessairement accès aux marchés financiers internationaux pour d’autres raisons. Le Sénégal n’a pas le même problème.

Ceci dit, même avec cette problématique de financement résolue par la dette fongible plutôt que le troc, il demeure qu’un état stratège financé du fait de sa solvabilité découlant de sa richesse en ressources naturelles bien exploitées, devra être efficace, efficient, et éthique dans sa gestion. De ce dernier point de vue, Boubacar Camara a convaincu.

Que Boubacar Camara nous ait plus convaincu dans le registre du management que du leadership n’est pas étonnant au vu de son parcours professionnel d’Inspecteur d’État. Il a fait un diagnostic de tous les secteurs et a fait des recommandations pour améliorer leur gestion, c’est la perspective d’un auditeur. Il a brillamment exposé la nécessité de séparer 15 fonctions ministérielles politiques de fonctions administratives dans 36 directions pourvues en personnel par le mérite sous le leadership de 9 secrétaires d’état également fonctionnaires. Ces secrétaires d’état seraient sous l’autorité hiérarchique d’un Premier Ministre. Ce Premier Ministre ne pourra en réalité être qu’un administratif et c’est de ce point de vue que nous avons titré notre article, Boubacar Camara, Président ou Premier Ministre. Il nous semble que Boubacar Camara a réussi une interview pour le poste de Premier Ministre et le Sénégal aurait gagné à l’avoir à ce poste pour mener une réforme de notre administration qui la purgerait de l’influence de la politique politicienne et de la corruption. Il en a la crédibilité.

Ainsi, s’il s’avère que le président de la République que nous élirons est adepte d’un État stratège, il aurait une administration efficace, efficiente, et travaillant dans l’éthique sous la direction d’un Premier ministre administratif. C’est ce que le Sénégal a eu sous Senghor (suite à la dualité sur la direction de l’exécutif avec son conflit avec Mamadou Dia) et également sous Abdou Diouf qui a eu à jouer le rôle de Premier Ministre administratif avant de supprimer le poste comme président. Sous sa présidence, les institutions de Bretton Woods ont pris le leadership et lui l’administration avec des Premiers ministres administratifs. La politisation de l’administration sous Abdoulaye Wade nécessite donc un retour à l’orthodoxie et sa restauration, et de ce point de vue, un Boubacar Camara aurait toute notre confiance au vu de la connaissance qu’il en a et qu’il a brillamment démontré dans son livre.

Il laisserait ainsi le débat du leadership se tenir sur, d’une part, la voie d’un État développementaliste pour le Sénégal, ou celui d’un État décentralisé faisant confiance à son secteur privé dans ses diversités locales à appuyer plutôt qu’à orienter dans des directions potentiellement contraignantes. Le troc de ressources naturelles pour des investissements qui pourraient hypothéquer notre avenir inutilement en est déjà un exemple. Une monnaie sénégalaise ou fédérale aux mains d’un État fédéral dirigiste ne serait également pas désirable. À l’échelle nationale, elle impliquerait un état déconcentré plutôt que décentralisé source de convoitises corruptrices, et à l’échelle fédérale, un consensus sur une stratégie de développement qui n’est pas imaginable à court terme. En effet, cet État fédéral serait nécessairement libéral à cette échelle, décentralisé et respectueux des diversités, et la gestion de sa banque centrale hors de portée de l’état développementaliste comme c’est le cas de notre banque centrale régionale. A défaut, son régime de change sera fixe pour que ses composantes nationales adeptes d’un état développementaliste soient contraintes par une discipline budgétaire. Cette contrainte de discipline étant réelle, cet état continuera à étouffer son secteur privé par la fiscalité intérieure ou douanière, et à s’endetter à son détriment.

Nous invitons Boubacar Camara à s’investir dans le chantier de la restauration de la dépolitisation de l’administration sénégalaise, son efficience, son efficacité, et sa probité en œuvrant pour l’élection d’un président de la République qui s’engagerait sur cette voie. S’il s’avère qu’il reste convaincu de la nécessité pour le Sénégal d’hypothéquer ses ressources naturelles et de poursuivre la voie d’un État développementaliste comme ce fut le cas en Asie mais sans les ressources nécessaires et une banque centrale, il pourrait soutenir un candidat avec les mêmes convictions. Les développements du livre ne s’éloignent pas des politiques de Macky Sall qu’il a jugées bonnes dans l’ensemble, et ne s’éloignent pas non plus sur beaucoup d’aspects des thèses d’Ousmane Sonko, s’ils arrivent tous les deux à identifier les secteurs à soutenir pouvant développer le Sénégal.

En revanche à certains endroits, Boubacar Camara semble jouer dans l’équilibrisme en disant que le rôle d’une administration de développement est d’accompagner la création de richesse, ce qui n’est pas la même chose que de définir la voie de création de richesse dans une approche collectiviste et irrespectueuse des individualités et du petit secteur privé non choisi. Nous le citons : « La vocation de l’administration publique est d’accompagner la création de richesse…Elle ne doit en aucun cas constituer un obstacle…ou retarder la mise en œuvre de projets. Elle ne doit ni s’abstenir de faire quand il faut agir, ni retarder ou hésiter à laisser faire, le cas échéant ». Si le « first best » c’est d’accompagner, c’est une administration libérale différente de celle qu’on appelle « Doomed to Choose » ou « Condamné à Choisir » donc développementaliste, bien qu’envisageable si nécessaire dans le « first best ». Boubacar Camara n’a donc pas clairement défini le cap à changer et comme nous le disions en introduction nous pensons que la vision du livre devrait être reformulée et clarifiée.

Dans tous les cas, il pourrait être le Premier ministre de ce président qui gagnerait et s’occuperait de « mettre de l’ordre » pour nous en mettant en œuvre les réformes administratives contenues dans son livre, y compris des institutions qui sont exactement les mêmes qu’actuellement, exceptée une vice-présidence à une femme que nous soutenons. On ferait ainsi d’une pierre deux coups. Il s’occuperait de la « raison », le management de toute la communauté nécessitant une décentralisation autonomisante et responsabilisante respectueuse des citoyennetés locales gages de liberté, et laisserait le « cœur », le leadership, à d’autres comme il en a fait la distinction concernant l’agent en position de service de l’État.

Nous concluons cette revue par dire que nous sommes en accord parfait avec Boubacar Camara sur un Revenu Minimum Garanti qui consacrerait la solidarité nationale donnant l’égalité d’opportunités et non l’égalité des résultats à tous les Sénégalais, tout en protégeant nos couches vulnérables. Son financement est un challenge. Nos amis libéraux sociaux apprécieront, car cette forme de solidarité développée dans le livre est libérale. De ce fait, l’idéologie dite « travail solidaire » proclamée dans le livre est ambiguë. Le fruit du travail libre et non collectif n’appartient en principe à aucune idéologie, mais la forme de la solidarité OUI. En bons libéraux, nous sommes pour la démocratie politique, économique, cultuelle et culturelle, et pour le progrès consensuel et la libre solidarité y compris décentralisée et contre le conservatisme excessif qui serait démocratiquement imposé. C’est l’objet de notre Offre Publique d’Adhésion (OPA) à un Sénégal de liberté, de patriotisme, et de progrès à la classe politique partisane.

Librement.

DPG Reportée Candidat de la Continuité

Le Premier ministre Amadou Bâ, de toute évidence un homme de qualité et de compétence, n’a pas fait sa Déclaration de Politique Générale. Le discours qu’il a prononcé à l’Assemblée nationale, trop long et sectoriellement trop spécifique, devait l’être avant la session budgétaire pour être pertinent car il n’était qu’une synthèse des récents débats budgétaires. Notre problème stratégique n’est pas le listing de ce qu’on peut faire ou qu’on a pu faire avec le budget actuel dans l’éthique et la transparence, nos allocations de ressources budgétaires n’étant pas si mauvaises. Notre problème est une problématique de création de richesse insuffisante pour alimenter un budget à la hauteur des attentes en termes de biens et services publics en quantité et en qualité suffisantes.

Le Premier ministre n’a donc fait qu’une revue du bilan des politiques sectorielles en cours, ainsi que leurs perspectives à très court terme, tout en affirmant clairement que le PSE sera actualisé à la suite de larges concertations. Effectivement, dire qu’on veut un Sénégal émergent en 2035 est trop simpliste comme vision puisqu’une vision doit pouvoir se décliner en une seule phrase qui doit comporter la stratégie principale qu’on compte mener vers cette émergence. Nous comprenons donc que le Premier ministre puisse s’approprier la vision d’un Sénégal émergent en 2035 tout en affirmant que le PSE sera revu, actualisé, et réorienté car il ne s’agit en réalité que de plans changeants au gré des circonstances.

Dans cette perspective, il a appelé à un consensus pour résoudre le problème fondamental du pays, l’emploi des jeunes et la satisfaction de leurs aspirations à la liberté et à l’autonomie. Les autres politiques déclinées qui sont essentiellement sociales et redistributives (équité sociale et territoriale notamment) ne dépendent que de nos capacités budgétaires tributaires de la création de richesse. Il a ainsi donné rendez-vous à la représentation nationale dans six mois pour présenter son programme qui ne pourra être qu’un programme de campagne, le sien, mais dans la continuité. Dans la continuité, car malgré sa volonté nouvelle de réorienter le PSE pour qu’il soit porté principalement par le secteur privé national à financer par la mise en place d’une Banque publique, certains paramètres sur lesquels il ne compte pas s’appuyer feront que son programme ne pourra s’inscrire que dans la continuité. En effet, dans les grands axes qu’il a déclinés pour ce PSE actualisé en perspective, il compte ajuster le cadre macroéconomique et stabiliser la dette, ce qui est bien, mais il ne compte pas sur la décentralisation en pôles économiques, certains contrôlés par l’opposition, et ne voit pas un problème avec la monnaie dans le consensus qu’il compte bâtir. Il ne pourra donc produire qu’un consensus de continuité des politiques publiques alors que la jeunesse aspire à la rupture. Amadou Bâ ne pourra, de ce fait, pas présenter une offre de changement bien qu’il semble avoir la volonté de dépasser les stratégies jusque-là menées en appelant à une réflexion collective sur le développement de notre économie sans autosatisfaction.

De ce point de vue, la répétition est pédagogique mais nous n’allons pas aborder la question monétaire sous l’angle de la compétitivité du taux de change, de chocs qu’il peut absorber, ou de la discipline budgétaire possible sans arrimage même si elle n’est pas appliquée par les républiques indisciplinées. Cependant, quitte à être technique, puisque le Premier ministre a qualifié la question de complexe, nous allons emprunter un autre chemin de persuasion pour convaincre nos élites de la nécessité d’une réforme monétaire pour une émergence portée par le secteur privé national et à la base. Le lecteur qui ne comprendra pas nous en excusera. En effet, ayant écouté nos députés, nous avons l’impression que la problématique n’est pas suffisamment maîtrisée par ceux qui ont en charge notre destinée. Néanmoins, la nécessité de l’inclusion financière du privé national pour une émergence patriotique semble maintenant s’installer dans le discours puisqu’on parle d’une banque publique qui n’est pas la solution puisqu’étant une option quasi budgétaire avec les mêmes travers dans notre cadre actuel. Il reste cependant la question monétaire.

De quoi s’agit-il ? Dans un article de 2019 intitulé « SENEXIT : Libéralisme Patriotique ou Socialisme », notre thèse principale était que le Sénégal devait prendre son destin en main par l’autonomie monétaire à l’échelle nationale ou sous-régionale avec une inclusion financière de nos populations, entreprises et collectivités locales et en finir avec la socialisation du développement par les plans centraux. A défaut, notre émergence sera financée par le privé extérieur et ne sera pas patriotique et inclusive, nos populations se contentant de la redistribution par l’état central. Pour comprendre il faut d’abord savoir qui du gouvernement ou de la Banque Centrale Régionale a le contrôle sur la stratégie de financement de nos pays. La réponse à cette question déterminera également la réponse à la question de savoir si notre émergence sera portée par le secteur privé national ou étranger.

Au Sénégal, l’appartenance à l’UEMOA et l’arrimage de notre monnaie à l’euro ont comme conséquence que c’est monsieur le gouverneur qui dirige, s’il n’est pas lui-même dirigé par la Côte d’Ivoire, ou le capital étranger. La raison est que le financement de nos déficits budgétaires et de nos économies en monnaie nationale dépendent des limites que peut permettre le financement de la banque centrale pour la préservation de ses propres équilibres et objectifs (notamment d’inflation qui affecte la compétitivité et de réserves de change pour garantir la parité monétaire). Ces limites s’imposent, quel que soit notre potentiel de croissance inclusive que le financement de nos petites entreprises pourrait permettre car cette croissance pourrait avoir besoin de devises étrangères pour des importations. Cette situation nécessite que nos états et notre économie sollicitent des ressources en devises puisque les étrangers ne veulent pas nous financer en monnaie nationale sans garantie de pouvoir retourner dans leurs devises sans risque de change. Si la Banque Centrale privilégie ainsi le leadership du capital en devises facilité par l’arrimage de notre monnaie, cela veut dire que le Sénégal doit accepter ce leadership du capital étranger à travers l’état ou directement dans l’économie pour son émergence. Si le déficit budgétaire de l’état est maîtrisé, comme le Premier Ministre en a l’intention, mais qu’une banque publique mobilise des ressources que le secteur privé bancaire ne prêtait pas, les mêmes besoins de devises se poseraient si l’état absorbe le risque que le privé bancaire ne prenait pas et que l’exutoire du taux de change n’est pas disponible. Il découle de ce qui précède que l’arrimage de notre monnaie à l’euro et la gouvernance de la BCEAO peuvent déterminer l’ordre social de demain devenant ainsi une question éminemment politique par rapport aux aspirations de liberté et d’autonomie de notre jeunesse. Si nous utilisons des ressources en devises provenant de nos ressources pétrolières et gazières pour accommoder des pertes de devises que l’arrimage nous impose, nous les aurons potentiellement gaspillées.

Nous venons de sortir d’une crise sanitaire qui a nécessité d’organiser une résilience systémique par des politiques de substitution aux crédits au secteur privé conjoncturellement en retrait, des déficits budgétaires plus élevés et financés par le marché financier régional et les capitaux étrangers dont le FMI. Dans ce contexte, notre banque centrale avait dû changer de politique. Elle avait entamé une politique monétaire restrictive de volume de financement entre 2016 et 2019 et encouragé nos états à se financer sur le marché des eurobonds pour reconstituer ses réserves de change gaspillées à la suite d’une politique de financement trop accommodante de déficits budgétaires du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. À la suite de la crise sanitaire, elle a mis en place en 2020 une politique monétaire accommodante sans restriction de quantité, par nécessité, avec des taux d’intérêt à la baisse puisqu’elle ne pouvait mesurer l’ampleur du repli du secteur privé pouvant accommoder le financement des États. Dans la mesure où les capitaux étrangers sont venus financer les États en masse, l’annonce d’une baisse des taux d’intérêts directeurs qui ont peu d’influence sur le marché bancaire puisque ce dernier est en excédent de liquidité, n’a principalement influencé que le coût du crédit des États. La disponibilité de ressources de la banque centrale sans limites ne posait pas de problèmes puisque les réserves de change à perdre en contrepartie des dépenses budgétaires étaient financées par les capitaux étrangers en plus des droits de tirages spéciaux du FMI.

Une fois ces ressources extérieures absorbées en pertes de réserves de change au fur et à mesure des dépenses des états comme c’est actuellement le cas, la banque centrale devra progressivement revenir à sa politique quantitative restrictive de 2019 pour continuer de préserver ses réserves de change. Ceci d’autant plus que l’inflation d’origine monétaire et interne commence à augmenter. Ses taux d’intérêts directeurs qu’elle a récemment augmentés, nous l’avons déjà dit ailleurs, n’ont pas grande importance pour le marché de l’UEMOA puisque la liquidité déjà disponible auprès des banques n’est pas une liquidité qu’elles ont l’intention de prêter au secteur privé quel que soit le taux, mais aux états. L’augmentation progressive des taux directeurs de la BCEAO, dont celle du 9 Décembre 2022, jusqu’à leur niveau de 2019, ne sera donc que cosmétique et ne feront qu’augmenter le coût de financement des états et être en cohérence avec la tendance des taux de banque centrale européenne. Les États s’ajusteront au rythme de la disponibilité du financement extérieur s’ils ne veulent pas créer un effet d’éviction sur leur secteur privé qui reprend progressivement son activité. C’est surtout le cas en Côte d’Ivoire et ce serait le cas au Sénégal si une banque publique devait s’accaparer de la liquidité disponible au niveau des banques privées qui financent le secteur privé financièrement déjà inclus. Au vu des contraintes de niveau d’endettement soutenable et de vulnérabilités extérieures qui s’imposent à nos états, leur destin de financement n’est pas entre leurs mains dans notre architecture monétaire actuelle, mais entre les mains de la Banque Centrale Régionale. Il leur faut au prorata de leurs poids économiques peser sur la politique de financement de la banque centrale dans le respect de son autonomie d’objectif sur une inflation faible, un taux de change flexible, des taux d’intérêt pertinents pour le marché, afin de pouvoir atténuer la contrainte de réserves de change et favoriser un développement endogène.

Cette lecture politique et macroéconomique clarifie que la politique de celui qui dirige, donc monsieur le gouverneur ou des gouverneurs d’une BCEAO réformée, déterminera ce que celui qui NE DIRIGE PAS peut faire puisqu’il n’a pas de banque centrale propre. En effet, nous sommes sortis d’une crise sanitaire pour entrer dans les conséquences des politiques qu’elle a nécessitées (plafond atteint d’endettement à stabiliser), de même que les politiques que la crise sécuritaire russo-ukrainienne a imposées. Les options qui s’offrent à monsieur le gouverneur vont donc déterminer ce que ceux qui NE DIRIGENT PAS seront obligés de faire. Dans le cadre institutionnel actuel, ceux qui ne dirigent pas et qui n’ont plus de marge de manœuvre d’endettement interne ou externe seront à la merci du secteur privé international, du capitalisme d’états étrangers, et de l’intermédiation d’organismes internationaux de développement. Ces options ne correspondent pas aux aspirations de notre jeunesse : le courage du leadership de notre avenir et de notre destin.

Si la déclaration de politique générale de Juin 2023 n’aborde pas ces problématiques, et nous sert à nouveau un listing de politiques sectorielles à financer par le budget qui lui-même dépend de la richesse créée, elle sera passée à côté. Si la Déclaration de 2023 ne nous parle que des réformes du climat des affaires qui doit être bon et neutre pour tous sans aborder ces questions, ces réformes ne seront que pour le secteur privé national et étranger financièrement inclus. Si la déclaration de 2023, ne parle pas de pôles régionaux en compétition entre eux et avec le monde et inclus financièrement avec l’aide de l’État, l’émergence ne pourra pas être inclusive. Les entreprises sénégalaises, pas nécessairement des champions nationaux, sont les petites et très petites entreprises de l’informel et de l’économie solidaire dans les territoires et notamment les centres urbains épicentres des territoires. Si en revanche l’État central compte mener le processus de création de richesse par le budget et une banque publique, il devrait nous dire quels sont ses choix de secteurs et de territoires en tant qu’État développementaliste et socialisant. La transformation structurelle de l’économie ce ne sont pas les infrastructures par l’endettement, mais par l’industrialisation et la formalisation de l’informel pour créer de la richesse pouvant alimenter un budget de biens et services publics y compris les infrastructures. Il faudra choisir car ce qui nous a été servi hier n’est pas une déclaration de politique générale. C’était une déclaration de politiques sectorielles spécifiques et une prise de rendez-vous puisque le président n’a pas encore choisi de dauphin. Même dans les secteurs, il est préférable de nous parler de politique générale, notamment la gouvernance des secteurs de l’agriculture pour une révolution agricole par l’agribusiness, de la santé, de l’éducation dans lesquels nous dépensons beaucoup de ressources mais avec peu d’efficacité.

Notre Offre Publique d’Adhésion (OPA) à la majorité silencieuse de citoyens sénégalais est à un Sénégal de liberté, de patriotisme, et de progrès dans le sillage du Manifeste d’Andorre des libéraux. Il s’agit d’une alternance doctrinale que nous n’avons jamais connue et qui nécessite une nouvelle architecture monétaire et un pays décentralisé en pôles économiques autonomes.

Librement.

Soutien à Sonko, OPA sur Yewwi-Wallu

Soutenir Ousmane Sonko c’est soutenir l’idée d’une alternative au statu quo, mais pas nécessairement le contenu actuel de l’alternative et son leadership. De ce fait, tout en le soutenant, il faut une offre publique d’achat (OPA) sur Yewwi-Wallu qui est la coalition électoraliste compétitive dont le projet alternatif est à clarifier. Dans le jargon financier, une offre publique d’achat (OPA) est une démarche pour la reprise d’une société par une autre qui considère que la société convoitée a plus de valeur que sous la gestion actuelle d’un certain leadership et projet. L’OPA est amicale lorsque le leadership de la société convoitée accepte que sa valeur serait plus importante sous un autre projet. Elle est hostile lorsque la société qui convoite approche directement les actionnaires de la société convoitée pour racheter leurs actions sans l’accord du leadership actuel.

Dans notre champ politique partisan que nous avions souhaité bipolarisé, l’alternative électoralement compétitive face à l’hégémonie de la coalition du pouvoir et son projet du statu quo de dépendance de l’extérieur, c’est Yewwi-Wallu sous le leadership spécifique d’Ousmane Sonko. Ce dernier est soutenu par les militants d’un Sénégal souverain (ou actionnaires de l’idée) que nous souhaitons libéral, patriotique, et progressiste (Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp). Ce libéralisme patriotique et progressiste, un libéralisme de gauche, qui pour nous représente l’alternance doctrinale dont le Sénégal a besoin pour se développer, a été défini dans nos contributions intitulées «SENEXIT: Libéralisme Patriotique ou Socialisme? » et «ECO et Libéralisme, Relever le Défi d’Abdoulaye Wade ». Malheureusement, depuis la précampagne, Yewwi a adopté une stratégie populiste et électoraliste qui peut marcher mais avec un projet collectiviste et socialisant depuis les élections locales. Nous avions appelé à clarifier ce projet dans notre contribution intitulée «Ousmane Sonko, Dilemme entre Libéralisme et Collectivisme».

Nous soutenons donc Yewwi-Wallu électoralement, mais recommandons une OPA amicale ou hostile sur le projet qu’il est censé représenter car il n’est pas encore libéral et Wallu n’a pas de programme libéral différent de celui du pouvoir mais ne peut pas le rejoindre. Accepter qu’Ousmane Sonko porte le leadership sur le plan électoraliste et populiste de l’alternative, et soutenir sa coalition aux législatives pour exprimer le désir de changement, n’exclut donc pas une OPA amicale ou hostile sur le projet de Yewwi-Wallu en direction de l’élection présidentielle de 2024.

De ce fait, tous ceux qui veulent une alternative au pouvoir devraient voter pour l’inter-coalition Yewwi-Wallu bien qu’il soit très probable que les libéraux votent la liste nationale Wallu dans les départements où Yewwi porte le drapeau. En effet, les libéraux risquent de voter leur liste nationale dans les départements où Yewwi porte la bannière à cause du dilemme bien connu du prisonnier auquel leurs électeurs avertis feront face. Le dilemme du prisonnier pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept est un problème rencontré par deux prisonniers complices d’un crime pour lequel la police n’a pas assez de preuves et qui faisant l’objet d’interrogatoires séparés décident de collaborer et ne pas avouer leur crime. Si l’un confesse et l’autre non, le premier est libéré et son complice écope d’une peine de 20 ans de prison. La même offre est faite à son complice. Si tous les deux confessent, ils se retrouvent avec 10 ans de prison chacun. Si aucun des deux ne confesse, ils écopent de 5 ans de prison chacun pour un crime de moindre importance au vu des preuves. La meilleure solution est la coopération, ne pas avouer, et prendre 5 ans. Cependant, l’un des prisonniers a un fort incitatif à avouer et se retrouver libre s’il pense que son complice va respecter leur accord en ne confessant pas le crime. Ceci est d’autant plus probable s’il n’y aura pas de représailles de ce dernier sous les barreaux pour 20 ans et que la situation ne se reproduira pas de sitôt. Au final, ils risquent tous les deux d’avouer leur crime.

Dans le cas de l’inter-coalition Yewwi-Wallu, les militants des deux coalitions ont donc intérêt à voter pour leur propre liste nationale là où leur coalition n’est pas tête de file pour maximiser leurs députés surtout si leur allié respecte l’engagement dans les départements qu’il ne dirige pas. Ils ont d’autant plus intérêt à voter leur propre liste nationale s’ils pensent que leur apport ne permettra pas à l’inter-coalition de remporter un département ou que l’allié peut l’emporter sans leur apport au vu des résultats des élections locales. En effet, la coalition au pouvoir a remporté la plupart des départements malgré les divisions dont le poids a été pesé et qui seront moindres aux législatives. Nous nous attendons donc à une victoire de la coalition du pouvoir d’autant plus que la question d’un troisième mandat du Président Macky Sall n’est pas encore à l’ordre du jour. Il n’est également pas question de faire dans le populisme de gauche (promesse de réduire les prix ou de renégocier des contrats) ou le populisme de droite conservateur (promesse de criminaliser l’homosexualité dont la pratique ouverte est déjà réprimée par la loi).  Il est question pour le Sénégal de poursuivre sa marche jusqu’à la Présidentielle pour que le pays et les investisseurs privés nationaux et internationaux ne fassent pas du surplace plus tôt que prévu. Ceci d’autant plus que le Président de la République peut reconduire les crédits budgétaires votés en 2022 pour les années 2023 et 2024 et que l’orientation budgétaire pluriannuelle est déjà approuvée. Il est donc surtout question de peser les oppositions au régime avant la présidentielle et de ce point de vue il s’agit principalement de peser Yewwi-Wallu.

Par ailleurs, nous avions noté qu’à la suite d’une victoire de la coalition au pouvoir, le Président Macky Sall ou sa majorité pourrait appeler à un référendum avec une seule question : Est-ce que vous souhaiteriez que l’assemblée que vous avez élue confirme un Premier Ministre et un Président de la République dans un nouveau régime politique ? Si la réponse est OUI, il pourrait ne pas y avoir de Présidentielle au suffrage direct en 2024. Ce serait inacceptable car c’est notre régime présidentiel centralisé où le pouvoir distribue les privilèges et tient la bourse qui permet de gagner des locales et des législatives pour gouverner. Si la réponse est NON, comme elle devrait l’être au nom de l’exigence de respect de la parole donnée, Macky SALL pourrait néanmoins être candidat en 2024 bien que nous en doutions. Si sa candidature est éventuellement validée par le conseil constitutionnel ou celles de ses dauphins potentiels, ces candidatures devraient avoir en face, non pas la rue principalement, mais un projet alternatif par rapport au bilan et des perspectives de co-construction de notre développement avec l’étranger. C’est le défi de Yewwi-Wallu.

De ce fait, et comme nous l’avons développé ailleurs, il n’est pas souhaitable que le leadership d’Ousmane Sonko soit contesté dans la coalition Yewwi-Wallu par une compétition électoraliste partisane à l’intérieur de cette inter-coalition ou à l’extérieur en direction de la présidentielle de 2024. Même avec les libertés de certains leaders recouvrées du fait d’une réforme du code électoral par le pouvoir ou du fait d’une cohabitation improbable, la priorité de cette inter-coalition, et de toute l’opposition partisane actuelle qui doit la rejoindre, doit être la définition d’un projet alternatif pour la liberté, le patriotisme, et le progrès. A défaut, cette opposition devra faire face à une OPA hostile de forces citoyennes non partisanes pour cette alternative.

Ce projet alternatif à ce que fait le pouvoir n’est actuellement pas représenté dans l’opposition où seul ARR Sénégal résiste encore à la bipolarisation du champ politique partisan. Cependant, AAR Sénégal que nous avions mis dans la catégorie qu’on a appelé les frustrés du pouvoir qui ont élu le pouvoir, était avec le pouvoir, ont un pied dans le pouvoir en la personne d’Idrissa Seck dont ils ont soutenu le projet à la Présidentielle de 2019, n’a pas de projet alternatif. Dans la charte de leur contrat de législature figure l’objectif d’un rassemblement de l’opposition pour une alternative et un projet souverain de développement. Ceci après qu’ils se soient pesés sans adhérer à un projet de cette opposition au-delà du refus d’un troisième mandat hypothétique. AAR Sénégal, comme pour Yewwi-Wallu en campagne, n’a que des propositions de mesures de gestion dans le cadre du statu quo du paradigme du pouvoir : c’est-à-dire, le leadership d’état pour notre développement par des lois et règlements ainsi que des plans et options alternatives d’allocations de ressources budgétaires limitées d’un état qui n’a pas les moyens de sa politique y compris sociale. C’est le bilan du pouvoir, croissance et orientation sociale insoutenables par l’endettement extérieur et vulnérables aux chocs. Il n’est pas étonnant que ARR, comme certaines composantes de Yewwi-Wallu également anciens frustrés du pouvoir, aient soutenu le programme d’Idrissa Seck à la présidentielle de 2019 qui ne proposait pas une vision nouvelle. Ce dernier a été cohérent.

Aucune coalition n’a remis en question le système qui est la centralisation constitutionnelle de l’État et de ses plans au plus déconcentrés, ainsi que notre appartenance à une zone monétaire et ses conséquences sur nos possibilités de gestion et de financement de notre développement par un état dirigiste. Yewwi, par le biais de PASTEF, ne s’en démarque que sur une seule proposition, l’autonomie monétaire qu’il n’a pas mentionnée en campagne alors que la nouvelle convention de coopération validée par le Parlement français sur notre future monnaie l’ÉCO attend sa ratification par les parlements des pays de l’UEMOA. Dans l’intérim, le FCFA tel qu’on l’a administrativement connu est mort, mais reste inchangé sur le plan pratique et notre pays dans l’UEMOA et la CEDEAO ne changera pas en conséquence quel que soit ce qu’offre l’opposition. Le régime monétaire est du domaine de la loi de même que les prérogatives des collectivités locales.

Nous reviendrons dans une autre contribution sur la nécessité d’un SENEXIT de l’UEMOA si nous voulons prendre notre destin en main avec un patriotisme économique véritable et un projet souverain de développement comme l’appelle AAR de ses vœux. Dans l’intérim, nous appelons à voter pour le leadership spécifique d’Ousmane Sonko et la coalition Yewwi-Wallu pour ce qu’elle pourrait être après les législatives avec un projet partisan de souveraineté nationale assumée mais ouverte sur le monde et progressiste. A défaut, une OPA citoyenne sera nécessaire.

Librement

Dr. Abdourahmane SARR

Président CEFDEL

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Dilemme de YAW: Liberalisme ou Collectivisme

Nous remercions Ousmane Sonko de nous avoir cité dans son livre « Les territoires du développement » à travers notre contribution intitulée « Consensus de Dakar, pas le choix de la jeunesse africaine ». Dans cette contribution, nous avions soutenu que nos États de l’UEMOA ne devaient pas considérer les bailleurs et le Fonds Monétaire International comme leur État central et nos États comme des entreprises uniques dans leurs territoires ou des collectivités locales uniques qui collectivisent le processus de développement à travers des projets d’envergure choisis et financés lors de groupe consultatifs notamment. En prenant leurs souverainetés pleines sur la gestion économique, notamment par le décrochage de leur monnaie, la décentralisation en pôles régionaux dans leurs pays leur permettrait de jouer pleinement leurs rôles d’États centraux. Le paradigme de collectivisation du processus de développement ou la gestion de ces pôles comme des entreprises uniques aurait alors plus de chance de réussir.

Cela dit, cette façon de faire n’est pas notre option première. Elle est dans le même esprit que le Plan Sénégal Émergent, bien que plus diversifiée, en collectivisant par des plans aux échelles de plusieurs territoires et de plusieurs leaderships politiques, le processus de développement économique. C’est le paradigme « Doomed to Choose » ou « Condamné à Choisir » des voies de développement économique que nous avons expliqué dans notre critique de la première déclaration de politique générale du Premier ministre Boun Abdallah Dionne « la vision qui sous-tend la déclaration de politique générale a-elle été adaptée au contexte ». Il suppose une analyse des forces et faiblesses d’un territoire (comme une entreprise) et de choisir des voies pour le développer embarquant toutes les ressources du territoire dans ces directions. Des cabinets privés l’ont promu dans nos pays aidés en cela par des bailleurs.

Cette vision, dans le cadre de la décentralisation, oblige une délimitation du pays en pôles sur la base de critères de secteurs à développer et de forces et faiblesses. Le Plan Sénégal Émergent ayant déjà des projets de territoires sur la même base et ayant l’intention de diriger le développement avec des consultations locales certes, n’a pas encore jugé nécessaire d’autonomiser des pôles. Le programme du pouvoir à Dakar (Abdoulaye Diouf Sarr) est dans la même logique. Ceci, parce que ces pôles ne seront pas auto-finançables dans notre cadre institutionnel actuel puisqu’il n’y a pas véritablement de niches fiscales de cette envergure et la coopération internationale est principalement centralisée. C’est ce qui explique le statu quo de l’Acte III de la décentralisation et en partie la séparation inefficace du ministère des Finances et celui de l’Économie, du Plan, et de la Coopération où l’un réfléchit et l’autre administre les ressources. Le véritable ministre est le président de la République qui dirige et bientôt le Premier ministre. Nous en avons parlé dans notre contribution intitulée « Macky Sall : ministre de l’Économie et des Finances ».

Ce paradigme collectiviste est préféré par les organismes internationaux de développement dans le contexte de la décentralisation puisqu’il permet de matérialiser le concept de plan de développement local participatif. Participatif certes, mais dirigé par le leadership politique local dans une division des rôles entre les échelles centrale et locales, toutes les deux contraintes par la non-disponibilité de ressources locales pour financer leurs plans. De ce fait, dans ce paradigme décentralisé, le leadership politique local pluriel est également toujours à la merci des bailleurs et des investisseurs internationaux d’où les agropoles et les zones économiques spéciales du président Macky Sall. Ces projets pourraient réussir, mais ils ne développeront pas une économie résiliente faite de la diversité de ses petites et moyennes entreprises libérées de l’orientation d’intérêts internationaux et de logiques politiciennes.

Le paradigme développé dans « Les territoires du développement » est donc le même que celui du Plan Sénégal Émergent. Ils diffèrent dans les méthodes de mise en œuvre, mais ils ont la même essence. Ils ne libèrent pas le peuple. Mis en œuvre dans plusieurs pôles régionaux autonomes et en compétition, il est cependant plus libéral que sa version centralisée. Il a plus de chance de réussir mais sa planification du développement économique comme on planifierait l’aménagement du territoire et les services publics en fait un paradigme dirigiste. Il n’est pas préféré par les libéraux véritables qui sont pour la responsabilisation des citoyens eux-mêmes et du privé national ou local dans leurs diversités en mettant en place les conditions de leur propre développement, notamment leur financement au niveau local et celui étranger en complément.

C’est cette volonté qui nous avait amené à théoriser notre modèle de monnaie nationale complémentaire au FCFA qui ne correspond pas à ce qui se fait en France, en Angleterre, ou en Suisse qui dans ces contextes et même dans le nôtre sans adaptation auront un impact limité. Limité car les monnaies locales en France et ailleurs comptent sur la vitesse de circulation monétaire (la vélocité) et la volonté des usagers pour avoir un effet de quantité monétaire, et restent convertibles en totalité en monnaie nationale. Ceci fait qu’elles ne sont pas différentes de leurs monnaies nationales dans le fond. Ce qu’il nous faut dans notre contexte est d’approfondir notre secteur financier par l’inclusion financière de nos populations et davantage innover pour avoir le même effet de quantité en volume que le secteur bancaire sans nécessairement compter sur la vélocité ou les banques qui n’arrivent pas à inclure la population. Nous n’entrerons pas dans les détails techniques de notre projet Senxaliss. Ces détails ont été développés dans notre contribution intitulée « Relance post-Covid Endogène : Comment ? ».

Ces éléments de clarification nous permettent cependant d’aborder le dilemme de la coalition Yewwi Askan Wi en termes de leadership politique et de choix doctrinal. Nous avions défini Ousmane Sonko comme un patriote socialisant qui depuis son livre « Solutions » que nous avons critiqué « Ousmane Sonko et le socialisme congénital sénégalais » se rapproche davantage du libéralisme tout en conservant son penchant socialisant au sens de sa volonté de collectiviser ou diriger le développement (le Plan Collectif Local). De ce point de vue, il est devenu un libéral social comme le président Macky Sall, mais plus libéral localement, puisqu’il est prêt à autonomiser les territoires étant en pole position pour en diriger un, la Casamance. Macky Sall a choisi le libéralisme internationalisé socialisant qui met en avant l’État central et ses partenaires étrangers (publics et privés) dans le plan et une fibre sociale de redistribution des fruits (PUDC, CMU, DER, etc..). L’autre leader principal, Khalifa Sall, est un libéral social, non pas au sens de la collectivisation du développement économique, son parti d’origine ayant expérimenté son échec dans notre cadre institutionnel actuel, mais au sens de la redistribution et d’appui à « l’individu », « l’humain » (éducation, santé, cadre de vie, infrastructures de base, etc…). Cette différence a été exprimée à Ziguinchor lors de leur meeting de démarrage de campagne où Khalifa Sall (comme Barthélémy Dias à Dakar) a axé son discours sur l’humain et son autonomie, rejoignant notre slogan « Moom Sa Bopp Mënél Sa Bopp ». Il a présenté Ousmane Sonko comme un futur bon maire de Ziguinchor mais pas nécessairement comme futur président de la République. Ceci n’a pas semblé être le cas des autres orateurs présents et la perception de Sonko lui-même en campagne.

Les leaders de Yewwi Askan Wi doivent davantage clarifier leur slogan et la véritable signification du lieu de démarrage de leur campagne à Ziguinchor. Ils ont commencé à le faire comme nous les y exhortions dans notre contribution intitulée « Yewwi Askan Wi : Erreur stratégique de Pastef » mais leurs visions d’une décentralisation autonomisante et responsabilisante ne semblent pas les mêmes malgré leur volonté de « libérer » le peuple.

La vision collectiviste développée dans le livre « Les territoires du développement » ne correspond également pas nécessairement à la vision de l’économie sociale et solidaire plus libérale qu’ Ousmane Sonko a exprimée en discours à Ziguinchor et qui privilégie une coopération entre le public d’une part et le privé et les citoyens libérés des leaders politiques aux niveaux international, central et local d’autre part qui est notre option. Il faudra clarifier pour les électeurs et les citoyens.

Nous invitons, sans prétention, la classe politique sénégalaise à opérer une renaissance doctrinale car elle est presque dans sa totalité socialisante et collectiviste par nécessité dans notre cadre institutionnel actuel. Nous les exhortons à épouser le Libéralisme Patriotique Progressiste que nous avons développé dans notre contribution intitulée « Senexit :  Libéralisme Patriotique ou Socialisme ? ». Il met en avant les individus d’une part et les responsabilise dans leur propre développement par la diversité de leurs propres plans de développement. C’est son caractère progressiste. Son volet patriotique est facilité par le décrochage de notre monnaie de son lien extérieur. Il est libéral car il met les territoires de même que les individus et les entreprises en compétition. Ceci n’empêche pas la planification de l’aménagement du territoire et des services publics à court, moyen, et long terme aux échelles nationales et locales. Il n’exclut pas non plus le paradigme « Doomed to choose » mais seulement dans les limites de disponibilités de marges budgétaires sans effet d’éviction du secteur privé. Notre état en ajustement n’a pas de marge et ne doit pas gaspiller nos ressources pétrolières et gazières à venir.

C’est le sens de notre décentralisation autonomisante et responsabilisante. Il nécessite l’inclusion financière par une monnaie nationale complémentaire dans 5 pôles régionaux polarisés par des grandes villes et non des pôles à créer principalement sur la base de secteurs choisis ou d’avantages supposés. Cet instrument monétaire sera déterminant dans notre cadre institutionnel actuel. Il permettra de matérialiser une économie sociale et solidaire soutenable et dont l’impact ne sera pas marginal dans un contexte de grande pauvreté. Cet instrument n’a pas été développé dans « Les territoires du développement » d’Ousmane Sonko et ne correspond pas comme nous l’avons dit à ce qui se fait en Europe. Notre modèle a pris en compte toutes les objections exprimées par la BCEAO en 2015 et est prêt pour expérimentation avec tous les élus locaux du pouvoir comme de l’opposition.

Cette posture indépendante par l’écriture et l’influence des débats de fond n’enlève en rien la possibilité d’un engagement politique dans le contexte d’élections comme nous l’avions fait de par le passé. Comme disait Mamadou Dia dans une lettre réponse à Senghor qui lui demandait de renoncer à la politique pour le libérer de prison «…Je crois qu’il faut distinguer la politique en tant qu’intégration dans la cité, dans la communauté humaine, et la politique en tant que déploiement d’une technologie de conquête du pouvoir….. Parler du développement implique, de quelque bout qu’on prenne les problèmes, cette dimension politique…. je n’entends de nulle façon me mettre à entreprendre la conquête du pouvoir.…Mais je tiens à préciser que cette appréciation réaliste n’a pas à prendre la forme d’un engagement invalidant l’idée d’une hypothèse alternative…c’est un principe intangible auquel on ne peut apposer des arrangements particuliers… », disait-il.

Librement

Dr. Abdourahmane Sarr est président CEFDEL

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Opposition Electoraliste: Erreur Stratégique de PASTEF!

Le nom est bien choisi « Yewwi Askan Wi » ou « Libérer le peuple » et il correspond au projet du parti leader de la coalition qui ambitionne de libérer le Sénégal de l’emprise internationale. Il fallait en avoir le courage et présenter aux Sénégalais une coalition politique sous le leadership d’Ousmane Sonko et non une coalition électorale. Les couleurs de la coalition, à défaut de rappeler celles du Parti Socialiste, sont les couleurs de Pastef. Le compromis d’une coalition électorale sans projet commun et un leadership clair dès sa constitution est une erreur stratégique de notre point de vue.

Les élections locales et législatives au Sénégal sont faites à dessein pour être gagnées, du point de vue du suffrage proportionnel global, par le pouvoir et l’opposition d’être représentée. La victoire de l’opposition en 2009 dans les grandes villes n’a pas empêché que les acteurs des assises nationales, artisans de ces victoires, n’aient pas été choisis par les Sénégalais qui ont préféré la continuité par un simple changement d’hommes. Ces mêmes hommes qui ont aidé à élire le pouvoir, étaient avec le pouvoir, ou ont été au pouvoir, sont dans l’opposition et dans la coalition « Yewwi Askan Wi », ce qui montre qu’il ne s’agit pas d’hommes mais effectivement de système. Comme nous le disions dans notre contribution soutenant la candidature d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2019 « Macky La Continuité, Sonko la Rupture« , ce système auquel les Sénégalais sont habitués a nécessité que notre pays soit géré comme une seule entreprise devant présenter ses projets à des bailleurs puisque n’ayant pas les moyens de sa politique. Cet état socialisant a fait l’objet de convoitises corruptrices de tous bords puisque ne pouvant pas satisfaire tout le monde dans sa façon de faire y compris ses propres agents.

Les élections de 2022 ne feront donc pas exception et les objectifs intermédiaires de la coalition électorale, notamment sur les libertés, ne seront pas atteints. Le Sénégal n’a pas un problème de liberté politique et de démocratie. La coalition «Yewwi Askan Wi» devait travailler sur un projet fédérateur qui aurait été minoritaire en 2022 mais compétitif dans un premier tour de scrutin en 2024. Au contraire, la coalition a reporté à 2024 ce qui sera de profondes divergences si tous les leaders constitutifs devaient se présenter à cette élection. Nous aurons alors une compétition entre les tenants des assises nationales ressuscités (du pouvoir et de l’opposition), ceux de Pastef pour des ruptures systémiques fondamentales, et ceux de la grande famille libérale sociale pour la continuité. Il s’en suivrait un risque que la confusion électoraliste, une fois de plus, ne permette pas aux sénégalais d’avoir une alternative politique réellement nouvelle.

De ce fait, le Sénégal n’a pas besoin d’une coalition électorale composée pour la plupart d’acteurs qui nous ont montré ce dont ils étaient capables à un moment ou à un autre en termes de propositions ou de gestion. La cible n’est pas Macky Sall car il ne fera pas de troisième mandat, son régime non plus, mais la doctrine de gouvernance du Sénégal qui n’a jamais été libérale et patriotique et devra l’être pour que nous nous mettions sur le chemin du développement. Comme nous le disions à Ousmane Sonko commentant son livre « Solutions », il ne s’agit pas pour nous de libérer l’État de l’étranger seulement mais plutôt de libérer le peuple lui-même de son État et de sa classe politique à renouveler.

La politique du ôte-toi que je m’y mette pour les frustrés du pouvoir qui ont élu Macky Sall ou qui n’ont pas pu le rejoindre ne peut pas fédérer les Sénégalais. De ce fait, nous exhortons la coalition «Yewwi Askan Wi » de nous définir son slogan et de clarifier ce sur quoi ils peuvent d’ores et déjà s’entendre dans le fond, car l’opposition au régime n’est pas suffisante pour nous.

Le Sénégal n’a pas de problème fondamental de gouvernance, ni de liberté politique, ni d’allocations des ressources. Nous disions dans une interview du magazine Réussir de décembre 2018 que « trois raisons peuvent justifier une alternance politique de façon générale. La première est la corruption et un mécontentement quant à la gestion sur le plan éthique des acteurs. La deuxième est que les gestionnaires de l’appareil d’État manquent d’efficacité et d’efficience ou allouent les ressources publiques de manière inéquitable. La troisième est qu’il faut alterner pour une meilleure stratégie de développement, c’est-à-dire comment faire pour que le gâteau Sénégal soit plus large. Il ne s’agit dans ce dernier cas, ni de corruption systémique, ni d’allocation des ressources ou d’efficacité dans la gestion, mais d’améliorer le processus de développement du pays et de création de richesse.

Pour nous, ce n’est pas un plan de l’État central qui va le réaliser. Notre problème est culturel car on pense que le développement se fera avec notre État central si seulement nous pouvions le libérer de l’influence étrangère. C’est une erreur. Nous pouvons avoir une économie qui crée de la croissance inclusive auto-entretenue par des ressources qui ne viennent pas du pétrole ou du gaz ou de l’étranger, mais du génie de chaque Sénégalais et de sa communauté locale. La question est le comment.

La coalition nous doit une réponse à cette problématique, et les tenants des assises nationales, un contenu de politiques publiques pour prendre en charge les préoccupations bien campées de ces assises. La mise en place de pôles régionaux annoncés en est un élément essentiel et la coalition devra nous donner un signal clair sur les leaders pressentis de ces pôles et surtout leur vision par rapport à l’ensemble Sénégal. Celui de Dakar sera révélateur.

Librement.

Abdourahmane Sarr

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

FCFA-ECO Ousmane Sonko Clarifie

Ousmane Sonko a clarifié dans le sens que nous souhaitions, sa position sur les enjeux autour de la question du FCFA et de sa transition vers l’ECO. L’enjeu est essentiellement politique. Face à la nécessité d’une « Renaissance Doctrinale » à laquelle nous appelions et que nous avons appelé Libéralisme Patriotique Progressiste, Il faut choisir.

Soit on est pour l’utilisation de l’instrument monétaire comme outil de developpement à une echelle nationale en toute responsabilité « SENEXIT » soit comme instrument de gestion macroéconomique amortisseur de chocs et d’erreurs à l’échelle de l’UEMOA avec une banque centrale forte bénéficiant de l’autonomie d’objectif sur le taux de change et éventuellement comme rempart contre la doctrine socialisante du statu quo dirigiste du développement. Les choix sont donc idéologiques mais dans la responsabilité avec une monnaie FLEXIBLE qui pourrait nous prémunir du Libéralisme Internatinoalisé Socialisant qui dominerait l’Afrique.

Nous invitons toute la classe politique sénégalaise à opérer cette Renaissance Doctrinale pour un nouveau Sénégal. Cette renaissance se fera avec le Libéralisme que nous n’avons jamais connu.

Message au FMI: Pas de New Deal Particulier pour l’Afrique

Il n’était peut-être pas nécessaire que nous nous exprimions à propos du « Sommet de Paris sur le Financement des Économies Africaines Post Covid » puisque nous avons déjà développé notre position sur le sujet dans une série de contributions inaugurée par celle intitulée « Consensus de Dakar Pas le Choix de la Jeunesse Africaine ». Cette contribution faisait suite à la Conférence de Dakar sur la dette africaine tenue en 2019 en présence de la Directrice Générale du FMI. Sa thèse principale était que l’Afrique pouvait être une importante locomotive de la croissance mondiale, mais qu’il ne fallait pas faire de cette locomotive un objectif de l’extérieur financé principalement par l’endettement en devises et l’investissement étranger facilités par des régimes de change fixes sans inclusion financière du secteur privé national. Ce consensus ne pouvait engager la jeunesse africaine qui aspire à prendre son destin en main. De ce point de vue, nous disions que nous n’avions pas besoin d’un traitement spécial du FMI et des bailleurs ; que nous étions en phase avec la mobilisation optimale des ressources locales, leur utilisation efficace, une transparence dans un état de droit, et un environnement économique propice à l’essor du secteur privé surtout national aidé en cela par des monnaies plus flexibles. C’est ce que nous avons appelé le libéralisme patriotique par opposition au libéralisme internationalisé socialisant qui viserait à partager les fruits de la croissance avec l’Afrique tout en la dominant.

En effet, les tenants de ce « Consensus de Dakar », en veilleuse du fait de la pandémie, ajoutent les effets marginaux de cette dernière sur la plupart de nos économies pour raviver leur thèse. Ce consensus peut se résumer ainsi : « Le monde a un potentiel de croissance par une capacité de production sous exploitée qu’une demande provenant de l’Afrique pourrait soutenir. Dans la mesure où l’Afrique n’a pas la capacité de financement nécessaire dans son paradigme actuel de gouvernance, les pays avancés doivent l’aider à le faire, soit directement, ou à travers le FMI et les institutions de financement du développement. Ceci serait un modus operandi complémentaire et en concurrence avec les méthodes de pays adeptes du capitalisme d’état (Chine, Russie, Turquie, etc…). Pour ce faire, une partie de la dette de certains pays d’Afrique pourrait être annulée ou convertie en apports dans des projets. Par ailleurs, il devrait être autorisé aux pays africains qui ont des marges d’endettement de programmer des déficits budgétaires plus élevés et que le financement de ces déficits se fasse à des taux concessionnels pour atténuer le risque de surendettement extérieur en devises ». L’argumentaire peut se comprendre et ces choix peuvent être exploités mais dans l’orthodoxie de la gestion macroéconomique.

Dans une série de contributions complémentaires, nous nous sommes exprimés contre l’annulation de dettes soutenables car nous voulons le refinancement progressif du stock actuel de cette dette en monnaie nationale bien que finançable par des non-résidents libres investisseurs dans notre marché sous-régional.  Cette stratégie nécessite une réforme monétaire permettant à notre banque centrale, en ce qui concerne l’UEMOA, d’avoir une autonomie d’objectif sur le taux de change en le gérant selon nos besoins. Cette flexibilité n’est pas synonyme de flexibilité externalisée par un arrimage à un panier de monnaies euro/dollar/yuan. Nous avons développé cette thèse dans notre contribution intitulée « Annulation de Dette Non, Souveraineté Monétaire Oui ». Les instruments classiques du FMI peuvent nous aider à accompagner une telle transition en soutenant nos réserves de change au besoin face à des chocs temporaires si nous adhérons à une bonne gestion macroéconomique et financière.

De ce point de vue, nous avons appelé le Président Macky Sall dans notre contribution intitulée « Afrique, Acteur Marginal Réveil Forcé » à ne pas se faire le porte-parole d’une relance africaine par le financement extérieur en devises. Ce n’est pas dans l’intérêt de l’Afrique et de sa jeunesse qui aspire à prendre son destin en main libre et non dans la co-construction. La thèse principale de cette contribution était que l’arrimage rigide de notre monnaie sur l’euro et l’endettement en devises que cela faciliterait, lierait notre destin à celui de l’Europe et de la France en particulier. Le Président Houphouët Boigny avait pris cette option en 1960 mais la nécessité d’un ajustement de taux de change qu’il a refusé malgré la détérioration des termes de l’échange dans un marché international libre, a fait que son pays n’a pas bénéficié de l’option libérale qu’il avait prise puisqu’il croulait sous le poids des dettes en devises. Il a eu les mêmes résultats que Leopold Sédar Senghor avec l’échec de son socialisme démocratique. Deux hommes aux idéologies opposées mais embarqués dans le même bateau avec la France par leur arrimage monétaire auraient pu tous les deux réussir s’ils n’étaient pas liés par une union monétaire héritée mais non choisie.

Celui qui avait choisi cette option pour eux avait comme dessein une confédération avec des territoires autonomes sans autonomie monétaire. Ceci a fait que leurs principaux instruments d’ajustement devant l’échec ou les chocs défavorables étaient l’austérité et/ou les annulations de dettes de leurs créanciers qui les finançaient par ailleurs avec leurs propres réserves de change. Dans la mesure où nous n’avions pas accès aux marchés des eurobonds, ce rôle de banquier du détenteur de leurs réserves de change n’était pas mauvais en soi si les risques liés aux échecs étaient partagés. C’est peut-être, là, la nouveauté dans un New Deal qui favoriserait les projets publics privés aux risques partagés. Néanmoins, pour éviter ce scénario de dépendance de l’extérieur à travers des instruments modernes qui répéteraient l’histoire (exploitation et domination de l’Afrique après la traite négrière, la colonisation et l’endettement), nous ne voulons pas de New Deal particulier en dehors de mécanismes éprouvés de financement de projets viables. Nous exhortons le Président Macky à rester dans cette orthodoxie.

Au Sénégal, nous sommes à nouveau à la croisée des chemins avec la Côte d’Ivoire avec laquelle nous partageons une même banque centrale mais n’avons pas les mêmes fondamentaux et pas nécessairement les mêmes options idéologiques. Les signaux macroéconomiques sont au vert en Côte d’Ivoire avec une dette publique autour de seulement 40% du PIB suite à la revalorisation de son PIB et un déficit budgétaire maitrisé qui peut facilement être ramené au critère de convergence de l’UEMOA de 3% du PIB de déficit établi pour favoriser le leadership du secteur privé dans notre développement. Elle a de la marge d’endettement et de déficit budgétaire, mais ne peut le financer sur le marché sous régional sans effet d’éviction sur son secteur privé et sur les autres États de l’Union. Le Sénégal, en revanche, a déjà utilisé ses marges d’endettement après la revalorisation de son PIB en 2015 et son endettement approche les 70% du PIB qu’il souhaiterait ne pas avoir à respecter. Il n’a donc presque plus de marge. Une annulation de dette et sa reconstitution progressive lui permettrait d’avoir la même stratégie de financement que la Côte d’Ivoire qui a choisi le libéralisme internationalisé socialisant qu’une parité fixe sur l’euro lui permettra de réaliser avec le financement extérieur en devises comme gage aux investisseurs étrangers.

Cette dernière option ne devrait pas être celle du Sénégal et de ceux qui sont adeptes de notre libéralisme patriotique en faveur de nos très petites entreprises. Ce libéralisme nécessite que nos entreprises soient financièrement incluses dans une monnaie compétitive et que notre dette extérieure en devises soit réduite qu’elle soit concessionnelle ou non. En effet, une dette extérieure même concessionnelle à taux d’intérêt zéro, devient non concessionnelle dès lors qu’une dévaluation de taux de change devient nécessaire du fait de chocs extérieurs que le taux de change doit amortir pour soutenir l’économie locale.

De ce dernier point de vue, les droits de tirage spéciaux du Fonds Monétaire International alloués de façon appropriée en fonction des quotas des pays et qui ont leur raison d’être ne devraient pas être prêtés aux pays africains sans distinction de circonstances et favoriser leur endettement en devises à des taux même concessionnels. Nous ne pensons pas que les Etats-Unis soutiendront une telle démarche qui ne se justifie pas et qui dénaturerait l’objectif monétaire des droits de tirage spéciaux qui sont censés financer la demande mondiale sans endettement. Le FMI n’est pas une institution de financement du développement.

Le Président du Sénégal s’est exprimé en faveur de cette opération d’endettement de l’Afrique par les DTS, mais cette dernière n’est pas dans l’intérêt du Sénégal. Le Sénégal a une dette soutenable, a accès aux marchés internationaux et aux instruments classiques du FMI, et a besoin d’une autonomie monétaire et du leadership de ses petites entreprises ce qui ne l’empêche pas de saisir des opportunités d’investissements extérieurs. Si le Sénégal et la Côte d’Ivoire ne peuvent pas s’entendre sur cette stratégie, ils doivent se séparer pour ne pas répéter l’histoire d’options idéologiques différentes sans les instruments d’accompagnement. Nous devons innover et compter sur nos petites et moyennes entreprises et nos collectivités locales à financer de l’intérieur pour construire la nouvelle Afrique Post-Covid et nous le pouvons (voir notre contribution intitulée « Relance Economique Post Covid-Comment ? ».

De ce qui précède, nous souhaiterions donc lancer un message au Fonds Monétaire International où nous avons passé 15 années et avons eu le privilège d’être parmi les principaux initiateurs de son guide méthodologique d’analyse des Stratégies d’Endettement à Moyen Terme dans nos pays. L’hypothèse d’une capacité d’absorption d’un endettement plus élevé en devises à des taux concessionnels pour financer une croissance potentielle handicapée par la contrainte de financement extérieur est du déjà-vu. Elle s’est souvent soldée par des déficits excessifs et par l’augmentation des risques budgétaires même quand il s’est agi de projets en partenariat public privé qui souvent dans un contexte de pauvreté nécessitent un soutien financier des États aux marges limitées.

Il nous faut essayer l’alternative qui est le déblocage du potentiel de croissance de l’Afrique par l’inclusion financière de son secteur privé dans une monnaie nationale compétitive dans un cadre macroéconomique assaini faisant de l’endettement en devise l’exception et la liberté économique la norme. Pour que l’endettement en devises soit l’exception, il faut renforcer nos banques centrales, et donner confiance aux investisseurs étrangers qui souscriraient à nos bons et obligations d’état en notre monnaie du fait d’une gestion vertueuse. Nous avons développé cette thèse dans notre contribution intitulée : « Financement de l’UEMOA, Proposition Post-Covid ».

Librement

Dr. Abdourahmane Sarr
Président du CEFDEL

Macky Sall sur ses Rails accepte l’Alternative

Le Président Macky Sall a été fidèle à lui-même lors de son adresse à la nation à l’occasion de la fête de l’indépendance et a délivré un bon discours qui correspond à sa personnalité et à ses valeurs de socio-démocrate. Il a réaffirmé son voeu d’un « Sénégal de tous et un Sénégal pour tous ». De ce point de vue, il promet de réorienter le budget de l’état dans le sens des besoins des populations (santé, éducation, infrastructures de base) et surtout de la jeunesse à travers des filets sociaux et de réduire les dépenses en infrastructures lourdes.
Comme nous le disions à la veille du groupe Consultatif de Paris, les bailleurs ne sont pas les Sénégalais http://www.cefdel.net/2018/12/19/macky-sall-les-bailleurs-ne-sont-pas-les-senegalais/. Le Président Macky Sall semble l’avoir compris avec un Conseil Présidentiel de la Jeunesse en perspective sur la base de Consultations Territoriales et un discours nous appelant à prendre notre destin en main seul. Ceci ne veut pas dire que l’aide d’autres n’est pas la bienvenue, mais ne devra plus orienter notre destin.

Ce qu’il a déclaré est tout ce qu’il peut réellement faire dans son cadre institutionnel actuel, nous le disions évaluant son plan de relance dans un contexte d’ajustement (http://www.cefdel.net/2020/10/01/plan-dajustement-et-de-developpement-et-non-de-relance/.). De ce fait, les trois prochaines années seront bien utilisées s’il se colle à ce discours.

En perspective cependant, il nous dit qu’il adhère à notre doctrine « Moom Sa Bopp, Mënël Sa Bopp ». Nous en sommes très heureux. La matérialisation de cette vision devra être à moyen et long terme soit avec « un seul bloc » centralisé et déconcentré comme il le dit ou en plusieurs blocs décentralisés mais solidaires avec tous les instruments de gestion économique pour réussir. Ces options ne correspondent pas à sa vision antérieure http://www.cefdel.net/2018/12/06/macky-sall-a-choisi-socialisme-et-capital-etranger/ . .Sa préférence était l’émergence sous le leadership du capital étranger ou sous leadership d’états (Chine, Turquie, etc…) et une redistribution des fruits de la croissance qui en découleraient.

Librement

Dr. Abdourahmane Sarr

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp