La dévaluation a dû nous être imposée

Président du Centre d’études pour le financement du développement local (CEFDEL/MRLD), M. Abdourahmane Sarr, propose que la réforme du franc CFA passe par les monnaies complémentaires. Dans cette interview accordée à Loretlargent.info, il présente un diagnostic sans complaisance des enjeux du CFA.

Pourquoi le franc CFA a-t-il été dévalué par la France en 1994?

Le FCFA a été dévalué en 1994 parce qu’il était surévalué. Nous n’arrivions plus à financer les déficits de notre balance des paiements, les réserves de change nécessaires au maintien par nous-mêmes de notre parité de change étaient presque épuisées, et nous avions un endettement extérieur insoutenable que nous n’arrivions plus à honorer correctement.  La baisse des prix de nos produits exportés ainsi que nos déficits budgétaires élevés contribuaient à nos déficits commerciaux, à notre endettement extérieur, et aux déficits de notre balance des paiements. Pour toutes ces raisons, et à des degrés divers selon les pays, le niveau de notre monnaie était trop élevé pour assurer la soutenabilité de notre position extérieure.

Devant l’austérité budgétaire insupportable comme seul moyen de réduire nos déficits, l’endettement ayant atteint ses limites, la dévaluation était devenue nécessaire. Lorsqu’on dévalue, les prix augmentent, les recettes budgétaires nominales aussi, et si les dépenses publiques n’augmentent pas proportionnellement, on a une réduction du déficit budgétaire souhaité ainsi qu’une dépréciation du taux de change réel sans déflation. Par ailleurs, la dévaluation peut contribuer à améliorer la compétitivité des exportations, réduire les importations, et stimuler la production locale contribuant ainsi à la soutenabilité de la position extérieure, surtout si elle s’accompagne d’allègements de dettes comme ce fut notre cas.

La dévaluation a dû nous être imposée puisqu’elle était nécessaire et nous n’avions pas pu assurer la coordination et le leadership qu’il fallait pour la décider collectivement. Les populations étaient essoufflées par l’ajustement budgétaire, et les bailleurs ne pouvaient plus financer, ni rééchelonner nos dettes extérieures. On peut dire que la dévaluation était une prise de responsabilité forcée et salutaire.

Quelles ont été les conséquences au niveau national et local?

La dévaluation nous a permis de renouer avec la croissance, d’assainir nos finances publiques, et d’obtenir des annulations de dettes extérieures qui ont amélioré notre cadre macroéconomique. Un pays comme la Grèce qui a choisi de rester dans l’euro et de continuer l’austérité malgré un référendum contre, donnerait beaucoup pour voir une partie de sa dette publique extérieure effacée. Les institutions internationales la réclament d’ailleurs. De plus, il n’est pas dit que des réformes structurelles seront rapides et suffisantes pour que la Grèce soit compétitive dans la zone euro. Une sortie de la Grèce de l’euro pourrait être nécessaire si elle voulait en finir avec l’austérité et retrouver sa compétitivité. C’est ce que nous avons fait avec la dévaluation en 1994 après plusieurs années d’austérité et elle a été une réussite par rapport au statu quo de l’époque.

Cette politique de dévaluation monétaire a-t-elle fonctionné et pourquoi ?

La dévaluation a fonctionné comme mécanisme d’ajustement. Cependant, les pays de l’UEMOA auraient dû en même temps décrocher du Franc Français et donc à terme de l’Euro, car cette monnaie représente les fondamentaux de l’Europe, et particulièrement d’une Allemagne très productive et compétitive. Les Grecs ne diront pas le contraire, les Français non plus. La forte appréciation de l’euro dans les années 2000 qui est en partie à l’origine de la crise de la zone euro, a eu les mêmes conséquences – sinon pires – que dans la zone FCFA, qui est moins compétitive que ses partenaires européens. La croissance est redevenue faible, les exportations stagnantes, et les importations en provenance de l’Europe et d’autres pays d’Asie dont la Chine en hausse. Tout ceci a favorisé le chômage et l’émigration de notre jeunesse vers l’Europe. C’est grâce à cette émigration et les transferts de ces migrants que la valeur de notre monnaie est aujourd’hui considérée en conformité avec nos fondamentaux, sinon nous aurions besoin d’une dévaluation. Il s’agit là de fondamentaux indésirables.

Le FCFA joue son rôle de monnaie, mais elle est trop forte et trop rigide. C’est une unité de compte, une réserve de valeur, et un moyen d’échange stable car arrimée à une monnaie stable. La zone FCFA étant en parité fixe, elle permet d’imposer une discipline budgétaire et monétaire. Une discipline monétaire, car la planche à billets en régime de change fixe peut créer une inflation avec comme conséquence une appréciation du taux de change réel. Ceci se traduit facilement en des importations excessives, une perte de compétitivité des exportations, et à l’épuisement des réserves de changes pour assurer une parité avec à terme une dévaluation. De même, une indiscipline budgétaire en régime de change fixe, en alimentant la demande, peut contribuer aux déficits commerciaux, à l’endettement extérieur, à l’éviction du secteur privé pour financer les déficits publics, avec à terme l’épuisement des réserves de change nécessaires au maintien d’une parité fixe pour finir avec une dévaluation.

La fixité du FCFA a donc permis aux Etats de l’UEMOA de maintenir une discipline budgétaire relative ainsi qu’une discipline monétaire que des États fragiles sans une entité politique unifiée crédible auraient pu ne pas pouvoir réaliser. En vérité, sans l’influence de la France et des institutions internationales, je ne suis pas sûr que les pays de  l’UEMOA seraient restés ensemble au vu de leurs réalités politiques. On a vu ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Il suffit aussi de voir le sort de la monnaie CEDEAO en gestation qui n’arrive pas à voir le jour.

Nous avons pu préserver notre union et notre monnaie commune, ce qui est une bonne chose. Il nous faut maintenant envisager l’avenir avec sérénité et réformer le FCFA.

Pensez-vous qu’il faut plutôt abandonner le FCFA ou le réformer ?

Il faut réformer le FCFA et changer son nom. La seule chose qui différencie le FCFA d’une autre monnaie à parité fixe est le fait qu’une partie de nos réserves de change soit au trésor français et que nous avons en contrepartie une convertibilité théoriquement illimitée et un représentant français dans nos instances. Je dis bien théoriquement, car nous savons tous qu’en cas de nécessité, c’est une dévaluation qui va régler le problème comme en 1994, et pas la France qui a ses propres soucis budgétaires et n’a plus de banque centrale pour nous donner des euros. Cela veut dire véritablement que la France ne fait que nous maintenir ensemble, ce qui a pu nous être bénéfique comme noté plus haut, mais elle en tire aussi certainement des avantages politiques et dans une certaine mesure financiers.

La France a joué pour nous le rôle d’un état fédéral que nous n’avons pas et à une époque où nos marchés financiers étaient inexistants. De ce fait, par le biais du compte d’opérations, la France a pu certainement financer les besoins budgétaires de nos états à des taux concessionnels dans la mesure où nous n’avions pas de politique monétaire à cause du choix de discipline monétaire qu’impose la parité fixe. Par ce biais, nous nous sommes également volontairement maintenus dans une position de dépendance et d’asservissement dans la mesure où nos états n’ont pas toujours eu une discipline budgétaire avec comme conséquence un endettement extérieur insoutenable. Nos états ont également mené de mauvaises politiques économiques accompagnées d’une politique de crédits bancaires dirigés avec comme conséquences des faillites d’entreprises publiques et une crise bancaire. Il a fallu assainir nos banques et obtenir l’annulation de nos dettes pour repartir.

En somme, nous devons rester ensemble par nous-mêmes car nous avons déjà une monnaie commune et une banque centrale forte, des réserves de change suffisantes, et un cadre macroéconomique stable. Mais pour que cette option soit viable, il ne faudrait pas que cette monnaie soit unique comme l’euro qui ne sert plus les besoins de chacun des pays membres comme le reconnaissent beaucoup d’experts. Notre monnaie peut être commune mais pas unique. L’alternative serait que chaque pays crée sa propre monnaie pour accompagner son émergence. Notre monnaie commune doit être complétée par ce que j’appelle des monnaies nationales complémentaires dont les niveaux refléteront les fondamentaux des économies nationales et permettront l’inclusion financière de la majorité de nos populations.

Pourquoi cette option est-elle préférable ?

Tout d’abord, l’option de rester ensemble est préférable dans la mesure où elle nous permet d’avoir des économies d’échelle sur nos réserves de change, d’avoir une banque centrale forte et crédible qui ne dépendra pas du bon vouloir de politiciens d’un pays ou d’un groupe de pays, et enfin d’avoir un marché économique et financier commun avec des règles communes. Le régime de change de la monnaie commune peut être initialement fixe et modulable par rapport à un panier de monnaies à définir selon les besoins de l’économie régionale et de sa compétitivité extérieure. Cette option de rester ensemble peut s’étendre à la CEDEAO.

Ceci étant dit, pour éviter d’avoir le même problème que dans la zone euro qui a une monnaie unique, je suis pour une monnaie commune à l’UEMOA complétée par une monnaie nationale citoyenne unique pour chaque pays. Ceci serait à l’image de l’initiative de Chiang Mai en Asie où les pays membres contribuent à des réserves communes mais gardent leurs monnaies nationales. Nous avons déjà une monnaie commune, des réserves communes, et une banque centrale unique avec ses démembrements nationaux et des banques commerciales qui accompagnent ce système. Ce système n’atteint pas plus de 15% de nos populations et la valeur de la monnaie avec laquelle ce système travaille pourrait ne pas correspondre aux réalités économiques locales de chaque pays dans un contexte où la mobilité des facteurs de production et nos échanges sont limités.

Quelle pourrait être la solution pour que cette réforme puisse se faire ?

Cette réforme n’est pas difficile à faire. Il faut d’abord sortir nos réserves de change communes du trésor français et cela ne devrait pas poser de problème puisqu’il suffit de s’entendre sur les modalités financières. Il s’agit d’une négociation politique. Le niveau actuel de nos réserves de change nous permet d’assurer la parité de notre monnaie avec l’euro sans la garantie de la France. Nous pourrons ensuite décider du régime de convertibilité de notre monnaie par rapport aux mouvements de capitaux de notre balance des paiements. Ce régime est libre avec la France, et on peut y mettre un terme pour avoir le même régime avec tous les pays.

Nous pourrons ensuite changer le mécanisme de fixation de notre parité par rapport à un panier de monnaies si nous voulons préserver les avantages d’une parité fixe sans l’inconvénient de rigidité et apprendre à gérer des fluctuations pour à terme flotter. C’est un problème technique qui peut être décidé à tout moment par nos autorités et notre banque centrale est tout à fait prête à gérer cette transition.

En quoi une monnaie locale pourrait compléter l’utilisation du FCFA ?

La mise en place de monnaies nationales citoyennes ne change rien au fonctionnement du système financier classique que je viens de décrire et c’est là tout l’intérêt. Il suffit de mettre en place une société fiduciaire nationale dans chaque pays qui va agir pour le compte des membres du dispositif (individus et entreprises). Les membres du dispositif vont acheter la monnaie citoyenne chez la société fiduciaire à un taux de change à convenir par rapport à la monnaie UEMOA. Cette société fiduciaire détiendra de ce fait des réserves en monnaie UEMOA et pourra pour le compte des membres émettre de la monnaie citoyenne sans contrepartie en monnaie UEMOA sous forme de crédit aux membres et à titre non onéreux. Ces crédits sans contrepartie que ferait la fiducie pour le compte des membres seront l’équivalent de crédits inter-entreprises ou entre citoyens et entreprises sur des biens et services existants ou futurs. Ce mécanisme va favoriser l’inclusion financière et l’accès au crédit actuellement difficile et coûteux et va participer à soutenir la demande dans un moyen d’échange potentiellement plus faible dans un contexte de sous-utilisation des capacités.

Par ailleurs, il faut savoir que le système bancaire en zone UEMOA a des excédents de liquidités qu’il n’arrive pas à prêter au secteur privé. Ces excédents de liquidités, ainsi que la monnaie en circulation non bancarisée, ont leurs contreparties dans les réserves de change de la banque centrale. Si les banques réussissaient à bancariser la population et à prêter ces liquidités, le secteur privé aurait une option sur l’utilisation des réserves de change et pourrait avoir un rendement plus élevé sur ces réserves que la banque centrale sans affecter leur niveau. La société fiduciaire proposée, par son mode de fonctionnement, pourra bancariser toute la population et investir ses réserves en monnaie UEMOA dont la contrepartie est dans les réserves de change de la BCEAO pour le compte des membres en partenariat avec les banques classiques et les états dans des projets, notamment d’infrastructures, rentables. Le rendement sur ces projets couvrirait ses coûts.

Comment fonctionnerait-elle?

Ce moyen d’échange (sous forme papier et électronique) serait une monnaie complémentaire que les populations achèteraient et utiliseraient dans leurs échanges de tous les jours, épargnant ainsi la monnaie officielle non nécessaire à cet effet.  Ce moyen d’échange qui serait émis et qu’on pourrait appeler SEN au Sénégal n’aurait pas cours légal et libératoire, attributs exclusifs de la monnaie officielle UEMOA. Elle ne sera qu’un moyen d’échange et d’octroi de crédit entre membres et pour leur compte par une société fiduciaire dont les membres participeront à la gouvernance. De ce fait,  le SEN ne concurrencerait pas la monnaie UEMOA et la société fiduciaire serait en dehors du champ des activités bancaires régies par la banque centrale bien que sous supervision de l’état.

En émettant le SEN acheté ou obtenu à crédit à un taux de change plus faible (2 SEN pour 1 monnaie 1 FCFA par exemple) et potentiellement flottant, le SEN serait dévalué par rapport à la monnaie UEMOA. Il pourrait ainsi favoriser la jonction entre les capacités locales sous-utilisées et les besoins locaux dans des conditions de stabilité des prix (sans générer d’inflation). La monnaie UEMOA serait dans ce schéma une unité de compte et une monnaie commune accompagnée dans chaque pays de l’équivalent du SEN comme monnaie nationale complémentaire et compétitive sous le contrôle de citoyens financièrement inclus. Nous monétiserons ainsi nos économies sans créer de nouvelles banques centrales. Nous pourrons au besoin comme je l’ai déjà dit avoir une unité de compte commune dans le cadre de la CEDEAO pour gérer nos échanges sous régionaux et à travers elle nos échanges internationaux.

Des expériences en cours dans le monde nous montrent que ce que nous disons est possible. Les expériences de monnaies complémentaires à travers le monde (WIR Bank, etc….), et l’expérience de l’Irlande et de l’Ecosse où la monnaie physique qui circule n’est visuellement pas la livre sterling, nous démontrent qu’on peut avoir une monnaie nationale complémentaire (papier et électronique) à côté d’une monnaie officielle en y ajoutant notre propre touche. A défaut, il faudra que chacun de nos pays suive l’exemple de l’Angleterre, c’est-à-dire conserver sa propre monnaie pour accompagner l’émergence et le progrès social.

Loretlargent.info

Politique de la BCEAO: Monétaire ou Commerciale

La BCEAO qui n’a pas touché à ses taux d’intérêt directeurs depuis 2013 a décidé d’augmenter son taux de prêt marginal de 100 points de base depuis le 16 décembre 2016, le portant de 3.5% à 4.5%, officiellement pour dynamiser le marché interbancaire selon le communiqué du comité de politique monétaire.
Le taux de prêt marginal est le taux auquel les banques en besoin de liquidités qui n’arrivent pas à obtenir les fonds sur le marché interbancaire peuvent en dernier ressort, à leur initiative, emprunter à la BCEAO à un taux supposé plus onéreux que celui du marché. De façon générale, le taux du marché quant à lui est supposé être celui auquel la BCEAO injecte régulièrement les fonds nécessaires au marché monétaire dans son ensemble par adjudication (2.5%) minimum et 3.5% maximum) ce qui en fait un taux directeur qui en principe impacte les autres taux d’intérêt du marché financier. Les fonds nécessaires au marché étant supposés suffisants au taux directeur de la BCEAO, les banques en excédent devraient pouvoir prêter aux banques en déficit sans recourir à la BCEAO. C’est pour cette raison que le comité de politique monétaire justifie l’augmentation du taux de prêt marginal par la nécessité de dynamiser le marché interbancaire.

Malheureusement, en zone UEMOA, les principes ci-dessus énoncés ne fonctionnent pas et ne sauraient justifier la décision de la BCEAO qui au résultat sera plus commerciale que monétaire. La décision lui permettra d’augmenter ses recettes par la réduction d’une rémunération implicite qu’elle octroie aux banques depuis quelques années sur les dépôts excédentaires qu’elles ont chez elle. Par ailleurs, même si la décision devait être efficace du point de vue de la politique monétaire, elle renchérira le coût du crédit chez certaines banques en opposition à sa politique accommodante annoncée.

En effet, nous disions dans le dernier rapport CEFDEL d’Octobre 2016 que le système bancaire dans son ensemble a plus de dépôts à la banque centrale que nécessaire et n’a pas besoin de la banque centrale pour l’expansion du crédit. La banque centrale a permis aux banques d’utiliser ces excédents pour financer les états (disons à 6%) pour ensuite recouvrer ces mêmes liquidités en refinançant les titres d’états à la BCEAO (disons à 3%) et se retrouver avec le net (disons 3%). Le résultat étant que la BCEAO et les banques bénéficiaires se sont partagé les intérêts payés par les états. D’une part, la BCEAO a pu engranger des recettes qui sont venues en partie combler le manque à gagner qu’elle subit depuis quelques années du fait de la baisse des rendements sur ses réserves de change, et d’autre part, les banques ont pu avoir une facilité de dépôts rémunérés que la BCEAO n’avait pas dans ses instruments.

De ce fait, lorsque la BCEAO décide d’augmenter son taux de prêt marginal de refinancement et/ou de réduire les volumes de ses adjudications régulières de liquidité, elle ne fait en réalité que réduire le taux implicite de rémunération de la facilité de dépôts des banques qu’elle a synthétiquement créée. C’est de ce point de vue que la décision du comité de politique monétaire sera commerciale et non monétaire. Elle réduira la part des banques sur les taux d’intérêts payés par les états pour augmenter la part de la BCEAO.

La décision ne sera pas de politique monétaire car les taux de la BCEAO n’ont pas d’incidence sur les politiques de taux d’intérêt du système bancaire dans son ensemble. La raison comme précédemment expliquée est que le système bancaire a des excédents de dépôts à la BCEAO et n’a pas besoin d’elle pour l’expansion du volume de crédit. De ce fait, la BCEAO n’injecte ou ne retire de la liquidité du marché qu’au gré des besoins de banques spécifiques déréglant du même coup le jeu de la concurrence entre les banques. Sans cet activisme par rapport à des banques spécifiques, la banque centrale pourrait rester passive comme une caisse d’émission sans impact sur le marché financier.
Ainsi, lorsque la banque centrale réduit les montants qu’elle octroie lors de ses adjudications régulières de liquidité aux banques qui ont besoin d’elle, ces banques seront obligées d’aller à sa facilité de prêt marginal plus onéreuse pour compléter les liquidités dont elles ont besoin. Le taux moyen auquel la BCEAO injecte des fonds dans le marché augmente ainsi avec comme impact, soit d’augmenter le taux des crédits octroyés par ces banques ou de réduire leurs profits.

Par ailleurs, en zone UEMOA, les banques qui sont en excédent de liquidité prêtent en général aux banques qui sont en déficit à des taux plus élevés (4.5% environ) que le taux de prêt marginal qu’avait la BCEAO (3.5%) avant sa récente décision. La raison est que ces banques n’ont pas les effets nécessaires à donner en garantie à la BCEAO ou aux banques excédentaires pour payer moins cher et/ou ont atteint un plafond de risque au niveau de la BCEAO ou chez les banques prêteuses potentielles. Les banques excédentaires pour les besoins de la concurrence peuvent également ne pas prêter aux banques déficitaires. Il en résulte que les taux de la BCEAO ne déterminent pas les taux du marché.

A l’analyse, la décision du comité de politique monétaire sera donc plus commerciale que monétaire. La politique monétaire vis-à-vis des banques qui ont besoin de la BCEAO est devenue plus restrictive alors que la BCEAO veut sa politique accommodante. Dans un contexte où la banque centrale contribue à évincer le secteur privé par sa contribution aux crédits aux états, une politique monétaire restrictive qui augmente les taux d’intérêt pour réduire l’investissement privé est plus cohérente bien que non désirable et c’est ce que le comité aura fait tout en annonçant le contraire.

La BCEAO gagnerait à mener une politique monétaire plus active en retirant du marché les excédents de dépôts des banques chez elle pour faire en sorte que le système ait besoin d’elle pour l’expansion du crédit à partir de ce moment. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle assumera son rôle directeur et qu’elle responsabilisera les états si le retrait de ces liquidités devait avoir un coût que les états devront absorber. Ce n’est aussi qu’à ce prix qu’elle favorisera l’inclusion financière en laissant le jeu de la concurrence entre banques se faire sans son intervention pour des raisons qui au final risquent de lui être propres.

Dr. Abdourahmane Sarr
Président CEFDEL/MRLD

 

La BCEAO sous ajustement structurel

Comment une banque centrale comme la BCEAO assise sur 7000 milliards de FCFA en réserves de change investies peut-elle organiser une table ronde des bailleurs pour seulement 20 milliards afin de financer une stratégie régionale d’inclusion financière?

L’inclusion financière, essentiellement l’accès au crédit pour tous par des innovations adaptées dans une monnaie compétitive, est une alternative pour soutenir l’émergence de nos pays face aux contraintes d’exportations et d’ajustement budgétaire qui freinent la demande. Il aura fallu un séminaire en Septembre 2016 avec le directeur général adjoint du FMI pour entendre ce message cher au CEFDEL érigé en urgence: «l’inclusion financière est un pilier essentiel du développement économique…Il est plus impératif que jamais de s’attaquer à cette question étant donné non seulement les avantages à en retirer par vos pays, mais aussi les problèmes liés à l’évolution de l’économie mondiale…avec le ralentissement de la demande…» nous a dit M.Mistuhiro Furusawa.

La BCEAO est loin du contrôle démocratique des populations mais elle semble avoir peu de marge de manœuvre pour financer ce petit programme. En effet, nous disions dans notre rapport CEFDEL d’Octobre 2016, intitulé «Sénégal-Performances Economiques et Enjeux Politiques et Economiques» que la BCEAO n’a plus de recettes suffisantes sur ces réserves de change du fait des taux d’intérêt faibles dans les pays avancés. Pour combler le manque à gagner, elle a dû financer les états à travers les banques qui investissent dans les titres d’état au détriment du privé pour ensuite les refinancer à la BCEAO ce qui s’est traduit en un partage des intérêts payés par les états entre les banques et la banque centrale. Ce mécanisme a en partie permis à la BCEAO de préserver l’équilibre de son état des résultats mais cela n’a-t-il pas été au détriment d’une plus grande inclusion financière du secteur privé?

La responsabilité aurait exigé que nos états financent la stratégie régionale d’inclusion financière car elle est fondamentale pour la demande intérieure, l’investissement, et donc l’emploi si le FCFA est compétitif. Si les états mesuraient véritablement l’enjeu de l’inclusion financière, ils seraient les premiers à financer ce montant dérisoire de 20 milliards. Ils l’auraient fait sous leur contrôle soit en autorisant la BCEAO à puiser dans son capital ou en lui allouant des ressources budgétaires ou des titres à long terme dont le coût en intérêt serait moins d’un milliard l’an à partager entre 8 états (donc rien du tout).  Dans tous les cas, cette dépense s’ajouterait implicitement au déficit budgétaire des états de l’union.

C’est de ce point de vue que la BCEAO est en ajustement structurel en attendant que les taux d’intérêt étrangers augmentent ou qu’elle maitrise ses dépenses pour financer ce projet important qui gagnerait à être défini et mis en œuvre de façon plus inclusive. Les bailleurs ont cependant des urgences plus importantes à financer dans les déficits de nos états: l’éducation, la santé, et les infrastructures de base. A nous de prendre la gestion de notre système monétaire et financier et surtout l’inclusion financière en charge librement et en toute responsabilité pour en finir avec la culture de la main tendue. Nous en avons tous les moyens et la capacité.

Une politique monétaire plus active fait partie des préalables à des conditions de compétition sur le marché financier afin de promouvoir l’inclusion financière. A cela, il faudra ajouter une meilleure compréhension de la bancarisation qui ne se limite pas seulement à l’ouverture de comptes bancaires ou de comptes de monnaie mobile qui ne sont utilisés que pour des transferts ou paiements de factures périodiques. Les contraintes à l’accès au crédit en milieu rural sont un aménagement du territoire et une réforme foncière adaptés pour une révolution agricole. Les contraintes en milieu urbain sont l’absence d’une bancarisation véritable (utilisation effective de moyens scripturaux ou électroniques de paiement ou d’échange par tous avec comme résultat la monnaie officielle en banque à prêter ou investir), et pour l’accès au crédit des PMEs et des particuliers en milieu urbain, une faible valorisation des relations financières d’affaires nonbancaires déjà existantes entre ces acteurs qu’il faut monétiser et spécifiquement bancariser par l’innovation. Ces innovations, la BCEAO devra les découvrir et les encourager.

 

Dr. Abdourahmane SARR

President CEFDEL

Le CEFDEL dans le réseau international Atlas pour la Liberté

Le CEFDEL a rejoint le réseau Atlasnework pour la liberté en tant que partenaire. Atlasnetwork est un réseau mondial de « Think Tank » qui oeuvrent pour la liberté, les droits de propriété, le marché, et moins d’état.  Voir l’article ci-joint.

Le CEFDEL a comme mission de promouvoir des mécanismes de financement compatibles avec les valeurs d’autonomie, de liberté, de responsabilité et de libre solidarité. Pour ce faire, il défend un cadre macroéconomique sain, une décentralisaiton autonomisante, et soutient un mouvement citoyen MRLD ainsi qu’une entreprise sociale pour rendre ses idées et propositions effectives. Cette vision est partagée par son partenaire Atlasnetwork.

https://www.atlasnetwork.org/news/article/alleviating-poverty-in-senegal-by-enabling-economic-participation

AFRICITES-CEFDEL | Pour un Financement Alternatif du Développement Local.

La 6ème édition du Sommet Africités à Dakar avait comme thème «Construire l’Afrique à partir de ses territoires ». Dans ce cadre le CEFDEL a été invité par le Fonds Mondial pour le Développement des Villes (FMDV) à présenter sa vision devant divers acteurs (Représentants de l’Etat, des collectivités locales, de la société civile, du secteur privé, partenaires au développement)

A cette occasion, le CEFDEL a abordé la problématique  du financement endogène pour le développement urbain dans le cadre d’un partage d’expériences de villes d’Afrique et du monde.

Cette importante session était organisée par le Fonds Mondial pour le Développement des Villes (FMDV) et s’inscrivait dans le cadre des sessions spéciales du Sommet. La modération de cet événement était assurée par  Monsieur Carlos De Freitas, en sa qualité de Coordinateur de l’Institut Palmas Europe et responsable réseaux de diffusion du FMDV.

De notre point de vue la nécessité de changer de paradigme, et de trouver un modèle alternatif de financement du développement local se justifie des effets conjugués maîtrisés ou non de la croissance démographique et de l’urbanisation croissante qui augmentent les responsabilités des élus à satisfaire les besoins en biens et services publics essentiels des citoyens.

Nous avons développé notre vision du rôle des monnaies sociales complémentaires (MSC) comme moyen de financer des fonds urbains de développement.